Un présidium totalement acquis et in allié, Hadj Djilani maintenu au poste de PS : Laskri sera-t-il le grand réconciliateur du FFS ?

La démission d’Ali Laskri de l’instance présidentielle du front des forces socialistes (FFS) en début d’année a plongé le parti dans une situation difficile et à haut risque, à tranchées personnelles et claniques.

Quelques mois après, ce même Laskri en sort vainqueur avec un contrôle total du présidium à l’issu d’un congrès national extraordinaire très délicat et qui s’est poursuivi jusqu’au tard dans la journée de vendredi dernier. Maintenant, avec un congrès national et les présidentielles attendus pour 2019, le plus dur pour le vieux parti de l’opposition est derrière. C’est également une solide position pour Laskri, lui permettant de se mettre sur la défensive et de se présenter comme le candidat irrévocable, «grand réconciliateur» et grand fédérateur des militants du FFS pour affronter ces échéances très importantes pour le parti.
Pourtant, personne n’aurait parié sur l’issue qu’a pris le congrès extraordinaire de vendredi dernier à Zéralda, dans la côte Ouest d’Alger, ou précisément détecter des éléments précurseurs de cette montée en puissance d’Ali Laskri. Il faudra attendre toute l’après-midi et une importante partie de la soirée pour voir les congressistes trancher sur l’unique point à l’ordre du jour de cette rencontre : élire une nouvelle instance présidentielle avec une liste consensuelle de 5 membres. Après l’échec d’une première rencontre le 9 mars dernier, la direction du parti s’est précipitée à travers un communiqué pour souligner qu’il s’agit de compléter la composante du présidium issue du 5ème congrès du parti de 2013. Réduit à deux membres après le départ de Saïda Ichalamène et l’écartement de Rachid Halet, les congressistes devrait élire deux autres membres en plus du maintien de Laskri, qui a renoncé de sa démission. À l’entame des travaux de cette rencontre, tenue à huit-clos, les divergences des camarades commencent à se manifester. Des militants se sont élevés pour remettre en cause l’ordre du jour de demander l’élection d’une instance complètement renouvelée. Dans la matinée, les travaux de cette rencontre extraordinaire du FFS ont été entamés par la présentation du bureau du congrès, suivie de la lecture de la résolution du Conseil national du 9 mars dernier, puis de l’ouverture des listes de candidatures à l’instance présidentielle. La séance matinale a été clôturée par l’installation de la commission de validation et d’élection, avant que les travaux ne reprennent dans l’après-midi par le dépôt des listes de candidatures.
Selon les informations du Courrier d’Algérie, la Commission de validation et d’élection de ce congrès est composée de Mohamed Amokrane Chérifi, Ali Laskri (tous deux membres valides au présidium), Mohammed Nebbou (député d’Alger), Tayane Karima (ex-député de Bouira), Mesbah Hamou (secrétaire nationale de Ghardaïa). Selon les mêmes sources, Saïda Ichalamène (membre démissionnaire de présidium) et Wajdane Hamrouche (ex-député de Constantine) ont toutes déclinées une invitation du secrétariat national du FFS pour siéger à cette commission en tant que délégués issus du dernier congrès du parti en 2013. À 14 heures, le congrès a poursuivi ses travaux, mais le poing de forcing a continué entre les deux clans : les partisans de Laskri et ceux de Balloul. Trois heures plus tard, la commission de candidatures songe à une solution médiane : proposer 2 listes et le vote se fera à bulletins secrets par les congressistes. La première liste est composé de Nebbou Mohammed, Aouchiche Youcef, Hadadou M’henni, Balloul Djamel et Ouadjani Karima, alors que la deuxième était composée de : Ali Laskri, Mohand Amokrane Chérifi, brahim Meziani, Hayet Tayatti et Sofiane Chouikh.
Ce n’est qu’aux environs de 20 heures que les résultats sont connus, donnant ainsi la liste de Laskri comme vainqueur. Dans une déclaration à TSA hier, le chargé de communication du FFS, Hassane Ferli, a affirmé que Hadj Djilani, actuel secrétaire national du FFS et proche de Laskri, est « fort probable» qu’il sera maintenu à son poste. «Je pense que Hadj Djilani sera confirmé à son poste de premier secrétaire», a-t-il indiqué, ajoutant que «c’est comme dans le schéma qu’on avait auparavant lorsqu’on avait un président du parti et un premier secrétaire. Maintenant, au lieu d’avoir un président nous avons une instance présidentielle».
À la fin du vote, Ali Laskri a prononcé un discours où il a appelé les militants à l’unité et à serrer les rangs pour préserver le parti. Il n’a pas hésité à prendre dans les bras Nebbou Mohammed comme signe de tourner la page des différences. Un vœu que souhaitent déjà les militants du FFS depuis longtemps. Mais malgré l’optimisme des camarades aux FFS, il y a des raisons qui poussent vers le scepticisme. La liste du clan Balloul, surnommée également « la boîte noire», qui a remporté 179 voix n’est pas loin de celle de Laskri (224 voix). Les Balloul, relativement conservateurs et soucieux que le parti doit rester recroqueviller sur son électorat à ses fiefs en Kabylie et qui entretient même des relations privilégiées avec la famille de son chef historique du parti, Hocine Aït Ahmed, conservent encore des marges de manœuvres. Ali Laskri, 62 ans, a remporté d’être député de Boumerdès après avoir remporté les élections législatives de 2017. Un long routier d’Aït Ahmed et fin connaisseurs des rouages du parti, il était premier secrétaire national du FFS avant d’atterrir au présidium.
Sa décision de démissionner du présidium a eu l’effet d’un coup de sabre pour les Balloul qui veulent imposer une certaine influence au parti et diriger sa ligne politique. Au sein du parti, on leur reproche souvent des positions alignées sur celle du gouvernement en recourant à l’écartement des cadres discordants comme Karim Tabou, Samir Bouakouir et d’autres. Cependant, le clan de laskri a mené une politique relativement distinctive : ses discours sur «l’appropriation du parti par ses militants», «le retour des militants» et «l’ouverture sur les classes populaires et luttes sociales ». Ce qui lui fait conférer le rôle de grand réconciliateur. Les échos très favorables et très calmes après son élections vendredi dernier vont peut-être confirmé, dans l’avenir, ce rôle. Cette réputation dont jouit Laskri aidera-t-elle le parti du FFS à retrouver une certaine sérénité jusqu’au congrès ordinaire et les élections présidentielles prévues en 2019 ? En attendant, les camarades du FFS devront prier pour qu’aucune autre démission n’intervienne aussi dans le nouveau présidium.
Hamid Mecheri