Train

Trafic ferroviaire dans la banlieue algéroise : Deux heures de retard pour une «erreur» dans la signalisation

Heure de départ et d’arrivée préfixées, trajectoire inchangée et un coût économique. Voyager à bord d’un train pourrait être un excellent choix comme une mauvaise option.

Avantages: oublier les ennuis qui pourraient accompagner le voyage ou toute mauvaise surprise comme les bouchons et la fermeture des routes. Inconvénients: les retards fréquents et la surcharge des trains qui rendent les usagers du rail très furieux. 64 automotrices électriques, 416 voitures de voyageurs et une flotte vouée à la modernité et appelée à s’élargir. Voilà ce qui pourrait faire rêver le voyageur et dire que le train est le meilleur moyen de transport conçu pour voyager. Cependant, tous les rêves tournent au cauchemar quand régularité et ponctualité font l’objet de perturbations, surtout dans les heures de pointe. Une expérience que les usagers du train on vécu hier sur la desserte Thénia – Alger et vice versa de la banlieue Algéroise. Deux heures de retard sur le trafic ferroviaire a été constaté durant la matinée d’hier sur cet axe très desservi par les habitués du rail. Les voyageurs dans les stations de Thénia jusqu’à Boudouaou, qui prennent diverses destinations chacun en ce qui le préoccupe : université, poste de travail, soins, ont attendu très longtemps sans qu’un train ne se pointe sur les quais. Avec leurs billets de voyage, ils ont dû attendre près de deux heures sur les stations. Une situation rendue plus apparente vu le nombre important de voyageurs qui allait en hausse au fil du temps. Le comble, c’est que les guichets continuaient à vendre des tickets de voyage, mais sans formuler la moindre explication sur les raisons du retard accusé. Une situation d’anarchie alors a commencé à prendre forme dans toutes les stations ferroviaires. Visiblement désabusé et remonté, un voyageur déchire son ticket au vu et au su des agents de service. «On n’en sait encore rien. Ça devait être un train qui serait tombé en panne. On ne nous a rien communiqué», répond, impuissant, un guichetier aux clients qui l’interpellaient sur les raisons du retard.
La communication ne semble pas l’unique talon d’Achille de la Société nationale de transports ferroviaires (SNTF), la plupart des gares, notamment centrales, souffrent de disponibilité suffisante des agents de sécurité et patrimoine. Un état de fait qui engendre, dans la plupart des cas, des situations de confusion entre agents et clients. « Alors ! Vous n’êtes bon à rien. Personne pour nous dire pourquoi ces retards ! Mais, enfin, ce train viendra-t-il ?», demande, très remontée, une vieille dame à un agent sur place. Celui-ci répond sèchement et sans gêne : «Allah ghaleb, El-Hadja ! Ce n’est pas l’Europe ici. Si ça ne t’arrange pas d’attendre, tu peux toujours prendre un taxi !». Un autre usager, présent à la scène, grogne, lui aussi: «J’ai abandonné mon véhicule pour prendre le train en me disant que c’est plus efficace. Tu parles ! Il n’y a pas meilleur moyen pour arriver en retard que le train !». Ces derniers temps, la SNTF a multiplié les annonces sur les nouvelles acquisitions, en voitures et locomotives, mais la société semble oublier de résoudre le problème de ponctualité.
En attendant, la multiplication des retards reste le quotidien des usagers. Il faut savoir qu’en Algérie, le train est considéré comme à l’heure, si le retard ne dépasse pas une demi-heure ou parfois des heures entières, nous confirment des passagers sur place. L’horloge affiche 10 heures au niveau de la station de Thénia, Dieu soit loué, en voila enfin un train qui arrive. Chacun prétend qu’il est le premier à monter à bord car «le premier à s’être présenté sur la gare», hélas cela ne fait que retarder indéfiniment le départ du train. Les retards accusés par les trains engendrent en conséquence un autre problème: la surcharge . Et puis, ça ne s’arrête pas là, un autre souci s’ajoute au lot: d’autres retards et l’annulation des navettes suivantes, car la ligne est encore chargée et les horaires programmés sont donc tous chamboulés. Le train quitte la gare pour sa destination vers Alger, mais et après une circulation lente, il s’arrête à Réghaïa. En cause ? «Il doit faire demi-tour et retourner à thenia», annonce le conducteur sur de l’interphone du train. Un autre moment de panique et de désolation pour les usagers. En fait, selon les témoignages des voyageurs sur place, les trains en provenance d’Alger ont dû s’arrêter à Réghaïa eux aussi et faire demi-tour. Sans être confirmé officiellement, on souligne que ces perturbations sont dues à une éventuelle «erreur dans la signalisation» et «des travaux sur le réseau».
Quelques instants après, on annonce que le train en partance vers Alger sera là dans «deux minutes». Incroyable perception des notions du temps et de la ponctualité ! Le train arrive «un quart d’heure» après et les voyageurs sont priés encore une fois de monter à bord et reprendre leur destination. Assise sur son siège, une fille, une étudiante d’apparence, pliant entre les mains cahiers et polycops, regarde, la mine déboussolée, à travers la vitre du train quittant la gare. L’heure de l’exam est terminée, à quoi bon continuer à réviser, chuchotait un groupe de jeunes, assis juste à côté, qui trouvent paradoxalement le moment opportun pour l’anecdote dans ce wagon plein à craquer mais surtout brouillant.
Hamid Mecheri