Théâtre régional d’Oran : Abdelkader Alloula revient cette semaine sur scène

Abdelkader Alloula était un dramaturge moderniste à l’esprit novateur. La scène était pour lui un espace d’expérimentation, marquant ainsi l’histoire du quatrième art algérien d’une empreinte inaltérable.
La seconde édition des « Rencontres Alloula », prévues du 10 au 12 mars prochain, permettra aux jeunes comédiens, amateurs de théâtre et autres dramaturges, de découvrir tout l’esprit créatif et les techniques scéniques de ce génie de l’art dramatique. En effet, cette rencontre permettra aux jeunes troupes participantes de mieux connaître, d’apprécier, voire de s’inspirer de l’œuvre d’Alloula dans ses dimensions multiples, dans ses expérimentations qui ont donné au théâtre algérien une dimension si particulière. « La reprise des œuvres d’Alloula par de jeunes troupes amatrices permettra de revisiter son travail avec un nouveau regard qui ne peut être qu’objectif, puisque ces artistes ne connaissent le défunt que par la richesse de son legs », avait indiqué le dramaturge, Mourad Senouci, lors de la première édition des « Rencontres Alloula », il y a deux ans. Sur un autre plan, à travers ses ouvrés et les témoignages de ses proches et amis, les jeunes comédiens et amateurs de théâtre pourront mieux connaître et s’imprégner des valeurs humanistes de Alloula qui était constamment à l’écoute de son prochain et vouait un grand amour, une abnégation sans faille aux enfants malades du cancer. Ses visites ponctuelles au centre des enfants cancéreux d’El Hassi (Oran) étaient d’autant de moments particuliers et de joies intenses pour ces petits rongés par le mal incurable.

Un artiste aux multiples facettes
Alloula a été tour à tour auteur, traducteur-adaptateur, scénographe et acteur. De Berthold Brecht à Koltes, en passant par les grands classiques tels Molière et Shakespeare, ainsi que les auteurs maghrébins, le barde Abderrahmane El-Majdoub, Allalou à Kaki, la « Commedia Dell’arte » ou en adaptant des textes de Gogol, Goldoni, Aziz Nesin et autres écrivains, Alloula a puisé dans le patrimoine local, maghrébin et universel, son but étant de parachever un nouveau théâtre algérien à valeur universelle.
Son mérite est d’avoir su adapter la langue parlée des Algériens, tout en lui donnant la puissance du jeu théâtral. En même temps, il a voulu moderniser les traditions des « goual » et de « la halqa ». L’expérience de la Halqa, cette tradition ancestrale très répandue dans les souks et sur les places publiques dans les campagnes de l’Algérie profonde, a débouché sur plusieurs œuvres théâtrales, notamment sa célèbre trilogie « Lagoual » (Les dires) 1980), « Ladjouad » (les généreux) (1985) et « Litham » (Le voile) (1989), pour lesquelles Alloula a revisité à sa manière la Halqa et le meddah, tout en élaborant un langage inspiré de la langue populaire des Algériens, la langue vivante par excellence, lui donnant ainsi une dimension artistique. Les œuvres d’Alloula marquent également une rupture avec le théâtre aristotélicien où le spectateur reste passif.
Il en a fait de ce spectateur un élément dynamique du spectacle. Toutes les composantes de la pièce comme le décor, la lumière, la musique, les chants jouent un rôle essentiel dans la compréhension de l’histoire et dans l’évolution de l’intrigue. Rien n’est mis en place par hasard.