Ould Abbes-Makri

Rencontre FLN-MSP : Ould Abbès met Makri en «liste d’attente»

Le FLN à reçu, hier, à son siège à Hydra une délégation du MSP, dirigée par son président Abderrezak Makri et des membres de Bureau national du parti.

La rencontre était importante à plus d’un titre. Pour le MSP, qui donnait l’image d’être la locomotive de l’opposition politique et qui fait des pas politiques intéressants avec sa «plate-forme consensuelle», alors que pour le FLN, parti hégémonique sur l’échiquier national, il était aussi important d’épingler un parti islamiste de cet acabit à un conglomérat politique de portée nationale.
Djamel Ould Abbès, a estimé au préambule que c’est «un grand honneur que d’accueillir des frères». «J’en dirais même le Hamas algérien et non pas le MSP», a-t-il lancé autour d’une table ronde composée, oûtre la délégation MSP, de membres du bureau politique nouvellement installés par Ould Abbés.
Objet de cette rencontre, selon le SG du FLN, «clarifier les points de vue quant à la nouvelle initiative du MSP d’un consensus national». Makri, président de MSP, pour sa part, a salué cette rencontre avec le FLN, qu’il a estimé «d’une grande importance, car il s’agit d’une rencontre entre un important parti dans l’opposition et aussi le plus important parti au gouvernement». «C’est un message à tous les Algériens que les Algériens peuvent se rencontrer et débattre. Le pays a besoin beaucoup plus qu’auparavant d’un dialogue et de débats. Et j’espère que nos pourparlers aboutissent et seraient très fructueux», a-t-il déclaré, tout sourire, devant Ould Abbès.
Makri a jugé utile même d’émettre des «précisions» : «Quand nous parlions du FLN, il y a le Front de libération nationale, qui nous rassemble tous comme Algériens et qui est la prolongation de tous les Algériens. Et le FLN d’après indépendance qui est un parti principal du pays. La relation et l’amitié entre le FLN et le MSP sont très intenses et très profondes. Nous avions beaucoup appris d’eux en politique et bénéficions de leur expérience au sein de l’APN». Juste avant la rencontre à huis clos entre les deux délégations, Ould Abbès intervient pour donner encore une fois «des rectifications» sur ses précédents propos sur Nahnah, le défunt chef fondateur du MSP. Une autre tentative de mettre fin à une polémique qui ne fait que se prolonger. Ould Abbès continue à nier encore. «À vrai dire, ce que j’ai annoncé, et j’en porte toutes mes responsabilités, est que Nahnah a été un ami très proche du président Abdelaziz Bouteflika et à moi-même. Jamais le Cheikh Nahnah n’a marchandé à l’époque avec Bouteflika», a-t-il déclaré. Le SG du FLN a mis même cette bourde au dos de la presse, l’invitant à «ne plus tomber et à rapporter les propos sans aucune erreur».
Ould Abbès a réussi à mettre fin à une polémique, pour en laisser de place à une autre. «L’amitié a été très grande entre moi et Nahnah. Ce qui nous a réuni remonte au loin, à la guerre en Bosnie-Herzégovine, je l’ai rencontré à travers le défunt Bouslimani, moi en tant que médecin à l’époque», a martelé Ould Abbès. Avant de voir Makri intervenir pour le court-circuiter avec «une rectification». «Nous étions en Bosnie-Herzégovine en tant que sympathisants à l’époque. L’Algérie n’a jamais participé à la guerre en Bosnie-Herzégovine», a rétorqué Makri, devant la stupéfaction et même des sourires de la part des deux délégations.
Jusque-là, Makri cumulait les points vis-à-vis d’Ould Abbès. Mais à la fin de la rencontre, celui-ci lui assène un très significatif «nous avons des réserves à formuler au sujet de la proposition politique du MSP». Comprendre qu’Ould Abbès veut se donner du temps pour voir plus clair. IL y a les «soutiens de la coalition» juste à côté, le MPA, Taj et les mouvements parapolitiques syndicaux et estudiantins ; puis il y a l’autre frère-ennemi, le RND, qui, on ne sait jamais, pourrait être utile en dernier ressort. Donc, le MSP peut attendre les suites à donner du FLN, puisque Makri a dit lui-même : «Nous avons beaucoup appris d’eux en politique !».
Si Makri est impatient de nouer des relations solides avec le FLN, pour au moins contourner le RND, son principal adversaire politique, Ould Abbès ne l’est pas. Il a des cartes à jouer, et les meilleures sont de son côté pour le moment. Donc Makri, même s’il sort grandi de cette «réunion au sommet», peut toujours attendre…
Hamid Mecheri/Imad Med Amine