Marche

PAROLE AUX MANIFESTANTS : «Restituer le pouvoir au peuple algérien»

Le huitième vendredi de marche pacifique, qui s’est déroulé hier à Alger, a été rehaussé par des mots d’ordre, certains revisités et d’autres nouveaux. Que ce soit à travers les pancartes brandies par les manifestants, grands écriteaux suspendus sur le haut des bâtiments et les discussions intimes, les Algériens tiennent, communément, comme seul appel, à l’application des articles 07 et 08. C’est-à-dire, restituer la souveraineté et le pouvoir au peuple. Un désaveu de fait à la nomination de Bensalah et de là un rejet exprimé à sa démarche de transition politique. Interrogés sur ce qu’ils en pensent, des manifestants ont livré leurs impressions au chaud.

Propos recueillis par Mohamed Amrouni

Hacène, chômeur, venant de Béjaïa : «Enfin, la belle ambiance des vendredis précédents est de retour»
Rencontré hier sur l’esplanade de la Grande-Poste, à Alger , Hacène, chômeur de son état, venu de la wilaya de Béjaïa, pour participer à la 8e marche de vendredi, a livré son impression sur cette énième mobilisation populaire : «Ce 8eme vendredi est intervenu après une semaine mouvementée, et marquée par les marches des étudiants de mardi et celle des syndicats autonomes du lendemain, à Alger, et qui étaient réprimées par les forces de l’ordre.
Les manifestants étaient déjà sur place dès l’aube. Ils y ont passé  la nuit de jeudi à vendredi, ici-même, après avoir été empêchés de se rassembler pendant la journée.» Emmitouflé dans un grand drapeau national, Hacène qui a parcouru des kilomètres pour rejoindre la capitale,  a indiqué: «Enfin, la belle ambiance des vendredis précédents est de retour. Les forces anti-émeutes ont quand même tenté de nous disperser ce matin, mais elles se sont finalement retirées sous les sifflets des manifestants, rassemblés sur l’esplanade de la Grande-poste. Maintenant qu’on soit là, l’espoir nous est permis !»
Dans le milieu des scènes de contestations, des citoyens dégustent des gâteaux traditionnels offerts par des riverains bienfaiteurs. Des gestes exprimant un sentiment de solidarité envers leurs concitoyens. «Désirez-vous du café au lait ou du thé ? Prenez-en, y en a suffisamment pour tout le monde mon frère !», invitent-ils.

Kamel, agriculteur, venu de Batna: «Le peuple rejette une transition menée par les 4 B»
Kamel, exerçant comme agriculteur à Batna, est venu depuis les Aurès pour manifester à Alger. «Le peuple s’est mis d’accord sur une seule vision et d’une seule voix dit que l’application de l’article 102 est boudée par le peuple.»
Poursuivant que « le peuple ne cessera pas de manifester ses revendications soulevées depuis le 22 février dernier, tant que celles-ci ne sont pas encore satisfaites.» Ajoutant que « le peuple veut l’application de l’article 7 de la Constitution. L’article 102 a privilégié des changements de forme et non pas de fond.
Déjà que la démission d’Abdelaziz Bouteflika n’a rien changé», a-t-il estimé,  en lançant, à l’adresse de Bensalah, Bedoui, Belaïz et Bouchareb : «Dégagez!» Et c’est avec ces déclarations que nous quitte Kamel pour rejoindre l’emblématique Place Maurice Audin, au moment, notons-le, où un manifestant, muni d’un mégaphone, appelle ses semblables, regroupés à la Grande-Poste, à organiser le carré de marche et rester pacifique et vigilants.

Malika, enseignante universitaire à la retraite: «L’Armée algérienne doit veiller sur la transparence. L’Algérie recèle des personnes honnêtes»
Au fur et à mesure que nous marchions vers la Place Maurice Audin, nous avons constaté que les manifestants continuaient à affluer vers le cœur d’Alger. Certains, en solitaire, d’autres accompagnés de membres de leurs familles. Malika, enseignante universitaire qui est à la retraite, est accompagnée de sa fille et de ses petits fils. En voulant connaître ses impressions immédiates, cette dame renvoie d’un écrit aux capitales étrangères. «Non à l’ingérence de Washington, de Paris et des Émirats», a-t-on pu lire sur sa pancarte.
D’un ton acéré, Malika, interrogée, estime que « le peuple a exprimé aujourd’hui son attachement à l’unité nationale», ajoutant que « la gestion de la période post-Bouteflika doit se faire par des personnes  honnêtes.» Et d’ajouter : «Après deux mois de contestation citoyenne pacifique, les Algériens exigent, aujourd’hui plus que jamais, d’appliquer leur propre agenda: celui d’une transition réelle répondant aux aspirations démocratiques du peuple qui sont consacrées par la Constitution», renvoyant de fait à l’application de l’article 7.
« Du coup, les revendications populaires légitimes pour la mise en œuvre d’une feuille de route sont claires et le peuple exige  d’exclure toutes les figures apparentées au système politique en place», a-t-elle conclu.
M. A.