MAKRI DOIT ÊTRE PRÊT POUR LA PRÉSIDENTIELLE : Le candidat MSP révélé vendredi prochain

Invité hier, au « Forum de Liberté », Abderrezak Makri, président du MSP, a considéré que les présidentielles prévues le 18 avril prochain présentent «vraiment une nouveauté», promettant que son parti sera bien présent, lors de cette échéance, malgré «des parties qui veulent l’exclure et le tenir à l’écart». Le Madjliss Échoura (Conseil consultatif) devra se prononcé ce vendredi, sur le candidat du parti.
Le Mouvement pour la société de la paix est «fin prêt» pour la course à la présidentielle. Son président, qui a passé hier, une très dure épreuve avec les journalistes, qui l’ont fait confronter à ses contradictions, s’est donné au jeu de questions-réponses au bout de trois longues heures. «Le candidat officiel du MSP sera désigné par le Madjliss Echourra (Conseil consultatif) la semaine prochaine. Il y a plusieurs candidats et j’en fais partie de ce groupe de cadres qui seront concernés lors des débats de cette session», a annoncé Makri.
Ses précédentes déclarations qui supposent un boycott de l’échéance par le MSP si le Président Bouteflika décide de se porter candidat à sa propre succession ont laissé perplexe les auditeurs : certains y vont jusqu’à dire que c’est pour faire pression sur le Conseil consultatif du MSP. «Non, au contraire, moi je ne fais que lui faciliter la tâche. On ne peut pas laisser le Conseil consultatif dans une situation d’ignorance totale de la situation politique. Si l’on irait à la session du Conseil consultatif sans y avoir entre les mains toutes les données nécessaires, cela signifie que l’on veut le mettre dans l’embarras et sera obligé d’écarter l’option de participer aux élections de ses calculs. Nous voulions le mettre à l’aise et lui prouver que l’option de participer est très possible et nous sommes prêts à 100 % », s’est-il défendu. Makri a-t-il reçu assez de garanties de la part du Pouvoir pour qu’il soit assez enthousiaste pour entrer dans la course présidentielle ? « Le régime algérien est comme une pieuvre. On ne peut savoir où il commence et par où il se termine. Et ce n’est pas parce qu’une personne parle au nom de l’opposition que cela signifie qu’elle n’est pas dans le pouvoir et ce n’est pas non plus parce qu’une personne parle au nom du pouvoir que cela signifie qu’elle n’est pas dans l’opposition. Notre régime politique est très complexe, il a des relais dans le pouvoir et dans l’opposition, c’est pour cela qu’on ne peut pas bien définir ses repères. Mais notre expérience et nos données confirment qu’il y a un grand débat actuellement à l’intérieur du pouvoir sur le candidat à présenter aux présidentielles», croit-il savoir.
Après avoir juré de toutes ses forces durant l’été dernier que  «le MSP  ne se présentera pas en cas où il y aurait un cinquième mandat pour Bouteflika», Makri a surpris ses interlocuteurs en considérant que «jusqu’à présent, personne n’est au courant si le Président Bouteflika sera ou ne sera pas candidat. Même s’il vient de se présenter, personne ne sait encore s’il va compléter ou pas son mandat». « Nous avons des échos que des parties, à l’intérieur du pouvoir, font en sorte d’exclure les partis politiques de la compétition électorale. Nous, au MSP, nous nous dressons contre ces plans et nous allons y prendre part. Il y a des parties qui sont agacées par la candidature du MSP», a-t-il dénoncé.
Toutefois, confronté aux reproches que lui a faites la classe politique, notamment d’avoir «rencontré et négocié avec des hauts conseillers du Président à El-Mouradia», Makri refuse de considérer la candidature du MSP comme étant un lièvre. Il rétorque : « nous étions toujours des adeptes du dialogue. Le dialogue ne se fait pas uniquement avec les gens de même ligne politique, sinon il ne s’agit pas de dialogue. C’est une question de culture politique. Ailleurs, des partis au pouvoir et ceux de l’opposition se rencontrent et se concertent toujours, même au Parlement». «Dans l’opposition, il y a deux courants : les jusqu’au-boutistes et les réformateurs. Nous, depuis le cinquième congrès du MSP en 2015, nous nous sommes mis d’accord sur le choix d’aller à une transition démocratique négociée», a-t-il expliqué.

«Le report de la présidentielle ne signifie pas une prolongation de mandat»
Makri est allé même plus loin, en reconnaissant la note interne du MSP, révélée tout récemment par le quotidien El Khabar, devant son secrétaire du parti à la communication, stupéfiait, qui avait démenti la veille toute existence de ce «supposé document». «À ceux qui ont fuité cette note interne, je dois dire merci, car avec une bonne intension ou non, ils ont prouvé au peuple que le MSP ne négocie pas des privilèges, le MSP ne marchande pas ses services. Le peuple a découvert que nous étions invités plusieurs fois à prendre part au gouvernement, mais nous avons refusé. Je défie quiconque de me dire qui est le parti qui a pu éprouver ce test», s’est défendu Makri, non sans l’assumer fièrement.
Il défend aussi que son initiative portant report de la présidentielle soit motivée par ce même courant «réformiste». « Le report ne signifie pas la prolongation de mandat. Nous avons joué sur le lexique pour apaiser et calmer les craintes de certains. Au lieu de dire une transition démocratique, nous avons dit une transition politique et puis nous avons proposé un report d’une année. C’est-à-dire une période de transition pour instaurer des réformes. C’est une tactique stratégique, nous ne voulions pas effrayer le régime», a-t-il indiqué. À la question de connaître son avis sur l’intrusion de l’argent sale ou la «chkara» dans les affaires politiques, Makri a considéré que le secteur privé occupe une grande partie de son programme politique, mais «le plus dangereux en Algérie est de voir les hommes d’affaires s’emparer de la sphère politique». «Nous observons chaque jour le désastre engendré par la chkara. Quand un homme d’affaires arrive au pouvoir, il y a absence de la sagesse, car l’homme d’affaires ne défend que ses intérêts, même le militaire et les partis politiques pourraient être alors achetés », ajoutant qu’une telle pratique «est une dérive pour la démocratie».
Hamid Mecheri