Boumediène

Le secrétaire général du HCI, au « Forum du Courrier d’Algérie », hier : « Il est impératif de réformer l’enseignement des sciences islamiques»

Le discours et les fatwas de certains Machayekh, notamment ceux de l’Orient, promoteurs d’un islam réducteur, rejetant toute idée d’un Islam modéré, sa réussite à être pesant, sur la scène nationale, qu’il s’agisse des espaces religieux, publics, dans le secteur de la communication et l’audiovisuel et même au sein de certaines de nos institutions, trouve ses origine dans «notre faiblesse» à y faire face. C’est ce qu’a affirmé, le chercheur et philosophe Bouzid Boumedienne, secrétaire général du Haut conseil islamique, (HCI), invité hier, du Forum du Courrier d’Algérie. C’est en revenant, tout au long de son intervention, rythmée par les nombreuses et diverses questions des journalistes présents, hier, que l’invité du Forum s’est appuyé sur les fondements idéologiques, du salafisme et wahhabisme, extrémistes, pour décrypter son évolution et son impact sur la société en général. Mettant en avant que le wahhabisme des années 80, ayant été à l’origine des évènements tragiques survenus dans les années 90 dans notre pays, n’est pas celui qui est répandu chez nous, actuellement, le chercheur Boumedienne, avertit que «c’est une autre menace, plus sérieuse» qui guette le pays. Il s’agit, selon le secrétaire général du Haut conseil islamique, (HCI), des pensées de certains du «courant des frères musulmans», a-t-il précisé. Pour l’auteur du livre «Les Mouvements islamistes» édité, en juin 2012, la faiblesse et les carences du discours religieux en faveur du référent national et la non-prise en compte de la capacité de nos propres Oulémas et hommes de religion, ont ouvert grande la porte à ce que tout le monde s’accorde à dire « l’invasion » des idées, des discours, des concepts religieux et des fatwas, venus d’ailleurs, notamment de l’Orient. Un processus, qui au bout du compte, est à l’origine du «désordre» ambiant en matière des repères religieux et de l’interprétation même des textes sacrés et des hadiths. Et c’est au vu des conséquences désastreuses des idées et de l’idéologie islamiste extrémiste chez nous comme ailleurs, à l’origine de l’émergence des intolérances, du rejet de l’autre, et la violence notamment «la violence verbale» qui est, pour l’invité du Forum, « la plus violente» dans l’expression des violences, au vu de ce qu’elle induit comme impact, «gravissime» dans la société. Ne perdant pas de vue, le recul de la qualité de l’enseignement des sciences religieuses et ses conséquences sur ceux et celles, qui seront appelés, aujourd’hui avant demain, à jouer et à assumer leurs rôles et missions en la matière, notamment pour faire face à l’invasion évoquée auparavant. Regrettant l’état des lieux et le manque de qualité et du niveau de l’enseignement supérieur, lequel peine à «produire une élite »,du monde universitaire en général et celles des sciences islamiques, en particulier impératif, à la vue, notamment des menaces véhiculées par l’invasion des idées, des pratiques et des expressions extrémistes chez nous, lesquelles sont «porteuses de risques majeurs, sur « la cohésion sociale et le vivre ensemble» n’a cessé d’avertir, celui qui a publié, en 2009, un essai sous l’intitulé, «Le Patrimoine et les sociétés du savoir». Insistant sur l’impératif, de développer l’enseignement religieux, notamment par le lancement des réformes, il avance l’introduction impérative dans le cursus supérieur des étudiants des sciences islamiques, les sciences humaines, des langues et du savoir. Pour le SG du HCI, c’est par cette voie, notamment, que l’Algérie, renouera avec la qualité, la compétence et essentiellement la maîtrise des textes religieux, et se prémunira des discours et des fatwas des «intrus», d’ici et d’ailleurs, lesquels appellent à la rupture avec l’Islam sunnite modéré et traditionnel, à excommunier tout musulman non affilé à leur doctrine outre au rejet du progrès et du développement. Celui qui a été à la tête du comité scientifique consultatif de préparation de la manifestation « Tlemcen capitale de culture islamique 2011 » a insisté, par ailleurs, sur le rôle de la société civile, pour rendre imperméable notre société à l’envahissement des idées religieuses extrémistes et à ses impacts, citant notamment, à titre d’exemple, l’association des Oulémas musulmans, en invitant l’ensemble des acteurs, à user des nouveaux moyens de communication. S’agissant du rôle joué et que continue de jouer le courant wahhabite-takfiri, contre l’Etat-Nation, en faveur et en soutien des politiques et stratégies de pays puissants, en direction la région arabe et Nord africaine, citant les exemples de l’Irak, la Syrie et la Libye, certes, il n’est plus un secret que ce courant a enfanté des groupes terroristes dont ceux de daech, notre interlocuteur affirme que des puissances « exploitent » ces courants islamistes extrémistes, pour leurs propres intérêts. Avertissant, plus loin, dans son intervention, sur la menace véhiculée par la connexion entre, cite-t-il « le blanchiment d’argent, le trafic de drogue et des armes avec les groupes terroristes» comme c’est le cas dans la bande sahélo-sahélienne. Sans oublier d’attirer l’attention sur les risques induits par les liens entre « l’argent et la religion », lesquels se manifestent de plus en plus, chez nous selon Bouzid Boumedienne, n’écartant pas de voire cette relation «devenir de plus en plus forte, dans les années à venir» a-t-il averti.
Karima Bennour