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LE PLAN D’ACTION DE L’EXÉCUTIF DEVANT L’APN : Des réserves sur fond d’un débat préconçu

Les travaux en séance plénière de l’Assemblée populaire nationale se sont poursuivis hier, à l’Hémicycle Zighoud Youcef, pour débattre le Plan d’action du gouvernement présenté avant-hier devant les députés par le Premier ministre, Abdelaziz Djerad. Plusieurs députés de différentes tendances politiques se sont succédés hier, à la tribune, aux deuxièmes jours des travaux, qui pour cautionner la feuille de route gouvernementale, qui pour y apporter un semblant de grain de sel à la première mouture du plan du travail du staff de Djerad, dans une salle désertée par la plupart des parlementaires. Dans une déclaration à notre journal, en marge de cette rencontre, Abdelwahab Daïra, député du MSP, a relevé que « c’est pour la première fois, dans les annales politiques de notre pays, qu’un Plan d’action du gouvernement soit directement puisé dans les engagements d’un prétendant à l’élection présidentielle », en référence au Président actuel, Abdelmadjid Tebboune. « Ceci peut constituer un atout dans la démarche gouvernementale qui reflète la cohérence dans l’action à venir de l’Exécutif, mais cela est loin de signifier la signature d’un chèque à blanc au profit du Plan d’action car le parti a décelé plusieurs insuffisances », a tenu à préciser le jeune parlementaire de Annaba. À ce propos, M. Daïra, a souligné que ce n’est pas à l’État de préparer une nouvelle classe politique comme annoncé dans le projet du gouvernement, mais de préparer le terrain, sur le plan technique. Un terrain qui, ajoute la même source, « assure l’égalité entre toutes les forces politiques, la mise en place des lois qui protègent la voix des électeurs et les droits des candidats potentiels à travers la tenue d’élections propres et honnêtes, prélude au rétablissement de la confiance entre gouvernés et gouvernants en rupture avec les anciennes pratiques politiques ». Sur le plan économique, notre interlocuteur a décelé l’absence d’objectifs clairs , qui définissent la démarche à suivre dans le Plan du travail du gouvernement. « Tantôt on parle de projet quinquennal, tantôt de projets qui aillent jusqu’à 2030, donc il y un fossé entre ces deux visions qui rendent impossible la réalisation de ces projets », a précisé notre source.
Concernant le volet de l’Éducation, M. Daïra a assuré que « les points contenus dans le Plan de l’action ayant trait à ce secteur ne sont en fait qu’un non-sens, irréalisable sur le terrain », estimant que « l’ambition affichée pour ce volet dépasse de loin les capacités de l’État à les concrétiser, en raison de la crise économique qui secoue notre pays », d’un côté et la « marginalisation des professionnels du secteur, dont les enseignants, dans l’élaboration de ce projet », d’un autre côté. L’autre député du parti islamiste, Mohamed Laïd Aâtia, a jugé que le « manque du sérieux » du Plan du gouvernement est frappant, assurant toutefois qu’il est prématuré d’y porter un jugement définitif. Pour le parlementaire indépendant, Mohamed Abdelelhadi, le Plan de l’équipe de Djerad est pauvre en chiffres, en délais et mécanismes de réalisations ; ce qui constitue un handicap majeur pour atteindre les objectifs tracés, avant d’appeler à revoir le Smig pour garantir une vie décente au citoyen algérien et d’associer tous les producteurs dans la prise de décision concernant l’investissement. Même analyse auprès de cet autre député indépendant, Mohamed Smaïl, qui estime, quant à lui, que le Plan présenté manque de transparence et se focalise sur des intentions dénuées de tous fondements chiffrés, délais, mécanismes, ou priorités d’exécutions, en plus de l’absence de données sur les budgets disponibles.
De son côté, le député de Ahd 54, Samir Zibouche, a appelé à la protection des investisseurs en procédant à la mise en place d’une institution spécialisée dans ce domaine, au passage à l’administration numérique, et à l’installation d’un ministère délégué pour la prise en charge des personnes aux besoins spécifiques et autre frange souffrant d’un quelconque handicap. Plusieurs autres députés sont intervenus lors de cette séance, dont ceux de Taj de Amar Ghoul, du FLN et autres partis microscopiques sans réel ancrage dans la société algérienne. Après deux jours de débats marqués essentiellement par quelques fléchettes adressées au Plan du gouvernement, c’est aujourd’hui que le Premier ministre aura à répondre aux questions des députés, avant de procéder à l’adoption du plan du travail de l’Exécutif.
B. Oubellil