La Terre est ronde, cela chacun le sait depuis Aristote. On savait moins que, dessinée sur une feuille plate cette terre ronde (pour faciliter la navigation maritime) comme l’a fait le géographe flamand, Gérard Mercator, en 1569, la projection comprenait des défauts de proportions. Lesquels défauts sont considérés comme majeurs par l’Union Africaine (UA). Depuis vendredi dernier, l’Assemblée générale de l’ONU a décidé, par 164 voix pour, une (celle des États-Unis) contre et six abstentions (Estonie, Géorgie, Lituanie, Moldavie, la Serbie et l’Ukraine), de corriger l’anomalie et soutenir le remplacement de la cartographie de Mercator. La résolution « prend acte de la décision de la Conférence des Chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine relative à l ’initiative « Corriger la carte de l’Afrique sur le globe », adoptée en février 2026 à Addis-Abeba…Affirme que les distorsions cartographiques relatives à la taille des continents, héritées de l’histoire, ont des répercussions sur les plans cognitif, éducatif, culturel, géopolitique et socioéconomique et constituent des biais historiques dont la correction favorisera la reconnaissance, la justice et le développement, en particulier en ce qui concerne le continent africain… ». À titre d’exemple sur la cartographie de Mercator, le Groenland est de même taille que le continent africain qui est, en réalité, quatorze fois plus grand. D’où cette remarque onusienne « derrière ce débat en apparence technique se joue une question plus politique : une carte conçue pour les navigateurs européens du XVIe siècle a-t-elle fini, au fil des générations, par déformer non seulement la géographie, mais aussi la perception de l’Afrique ? ». Le Togo, chargé par l’UA de présenter le dossier à l’ONU, a indiqué qu’il s’agit de « justice cognitive et de réparation mémorielle » en précisant qu’une « carte juste ne change pas la géographie du monde, elle change notre façon de voir le monde ». Enfin les Nations unies considèrent que « le vote de vendredi donne un soutien international massif à une idée défendue avec une insistance croissante par les pays africains : une carte n’est jamais tout à fait neutre. Les choix qu’elle recèle finissent aussi par façonner, génération après génération, notre représentation du monde ». Ceci dit, l’ONU n’a pas défini une nouvelle cartographie. Elle a seulement reconnu que l’actuelle est marquée par des disproportions favorables aux pays du Nord. Comme il est dit plus haut, la cartographie du monde est éminemment politique. C’est pourquoi toutes les cartes officielles présentées à l’Assemblée générale de l’ONU lors des travaux distinguent nettement le Sahara occidental comme territoire séparé du royaume marocain. Ce qui l’inscrit sur la liste de l’ONU parmi les 17 territoires en attente de décolonisation. Avec cette victoire, l’Union Africaine réaffirme sa détermination à corriger toutes les mauvaises représentations répandues par les empires coloniaux. Quant à notre pays, l’Algérie, il reste toujours le plus grand d’Afrique !
Zouhir Mebarki
