Medjahed3

Le général à la retraite, Abdelaziz Medjahed, au « Forum du Courrier d’Algérie » : «La stratégie des puissances n’a pas changé !»

Fin connaisseur des questions géostratégiques dans le domaine sécuritaire, le Général-major à la retraite, Abdelaziz Medjahed, a animé, hier, le traditionnel «Forum du Courrier d’Algérie». «Les puissances sont les mêmes, les actions de ces puissances n’ont pas changé.

Le fond, le but et la finalité sont les mêmes si ce n’est la forme qui diffère», analyse le haut gradé de l’ANP qui n’en fait pas une exception des derniers développements sécuritaires dans la région. Autrement, l’histoire qui se répète.
«Vous me parlez du Sahel ? Il faut savoir qu’il s’étend du Sahara occidental jusqu’en Somalie. Vue de l’occident, il est appelé le Croissant de crise. Il s’étend jusqu’au Pakistan. L’axe est la frontière qui sépare l’occident des autres civilisations», comme carte géopolitique présentée d’emblée par le conférencier pour «comprendre ce qui se passe aujourd’hui. Ainsi, depuis la Conférence de Bandung en 1955, tenue en Indonésie, et qui a réuni une trentaine de pays asiatiques et africains dont l’Algérie s’est faite représentée par une délégation du FLN, c’est «l’eternel recommencement». «L’occident craint la montée en puissance de la Chine et les pays du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud). L’occident s’oppose à l’émergence de concurrents nouveaux aux leurs. Vous le voyez aujourd’hui au Sahel, où nous sommes le théâtre d’opérations et de luttes contre l’avancée de la Chine en Afrique», explique l’analyste géopoliticien.
Dans ses plans, l’occident adopte des stratégies affichées pour certaines et indirectes pour d’autres. Medjahed en a énuméré au moins trois. Sur le plan financier, d’abord, il a rappelé l’affaire des pickups de marque Toyota, qui passent par la Turquie et Israël, pour finir entre les mains des éléments armés de l’organisation dite «État islamique». Un exemple qui répond à la question de savoir «à qui profite le terrorisme dans la région du Moyen-Orient». Sur le plan idéologique, aussi avérées ou cachées soient-elles les velléités, «heureusement que la vérité finit toujours par éclater», estime Medjahed qui renvoie de ses propos à l’instrumentalisation de l’organisation terroriste Daesh. Sur ce, l’officier supérieur à la retraite tient une certitude : «L’occident à reconnu lui-même avoir été le créateur de Daesh et Al-Qaeda. Récemment, le roi héritier de l’Arabie saoudite, Ben Salman, a reconnu que le wahhabisme a été créé par Ryadh sur instigation de l’ancien empire de la Grande-Bretagne avant que les États-Unis ne prennent le dessus». L’objectif ? Celui de «contrer la Révolution arabe» alors qu’à l’extrême Orient, l’empire britannique «a créé des États sur des bases religieuses», tel que c’était le cas pour le Pakistan. Là encore, pour le spécialiste algérien des questions géostratégiques, il s’agit de casser la Révolution de Gandhi.
La troisième arme de l’occident s’appuie aussi sur l’empire médiatique mondial, qui se trouve «sous le contrôle du sionisme» et ses alliés parmi «ceux qui prétendent être arabes et ceux qui prétendent être musulmans», avance le conférencier.
Un tour d’horizon pour Medjahed, nécessaire, pour comprendre la situation prévalant aujourd’hui dans le Sahel, dont l’avènement du plan de l’occident s’est rendu visible au lendemain de l’anéantissement de la Libye après l’intervention de la France de Nicolas Sarkozy. Un acteur, parmi tant d’autres, dont certains sont visibles et d’autres le sont moins, qu’il faudra chercher dans ce jeu pour comprendre la situation dans la région. Une région dont Medjahed a rappelé les ressources naturelles qu’elle recèle et qui ne cessent de susciteR la convoitise de l’occident. Puis, il y a aussi le projet de l’UMP de Sarkozy destiné à «contenir» toutes les forces opposées à l’occident pour assécher les ressources énergétiques de la Libye. Au Sahel, le gisement se trouvant entre l’Algérie et la Mauritanie est au cœur des tensions. Là encore, la présence de Sonatrach et ses partenaires chinois «dérange» et n’arrange pas les affaires de l’occident, comme éléments de réponses avancées par l’hôte du Forum. «Et comme par hasard, c’est toujours là où il y a des richesses», analyse le conférencier, qui donne l’exemple des tensions au Nigéria et en Afrique Centrale et l’instrumentalisation de «Boko Harem». Là encore, c’est l’axe Alger-Abuja-Pretoria et son initiative- en faveur de la paix au Mali et la lutte contre le terrorisme- «qui a été visé par la France» ayant tenté de faire avorter le projet.
Aujourd’hui, toutes ces manœuvres ont fait dire au Général-major de l’ANP que «la France-Afrique n’est pas morte» et qu’«elle est toujours là». Outre le terrorisme comme moyen de pression sur les États africains et au Sahel notamment, la drogue est l’autre arme utilisée par l’occident, rappelle notre invité. Le meilleur exemple viendra du voisin de l’Ouest, le Maroc, qui «pourvoit» l’Algérie en la matière avec toutes les retombées néfastes de la consommation de ces substances sur les jeunes algériens.

«Gare aux vulnérabilité internes»
Au-delà des stratégies classiques connues de tous, les puissances étrangères «exploitent les vulnérabilités des États et des sociétés», prévient l’ex-commandant de l’Académie militaire interarmes de Cherchell (AMIC). La stratégie consiste à s’ingérer dans les affaires internes sous prétexte de «démocratiser» les pays de la région. «Cette démocratie est un Cheval-de-Troie. On a vu le modèle de démocratie tel que prôné par l’occident en Arabie-saoudite et le Qatar…», se démarque Medjahed. «Nous voudrions bien qu’il y ait démocratie, mais pas cette démocratie qui nous vient d’ailleurs», dénonce-t-il pour évacuer un prétexte fallacieux justifiant l’immixtion dans les affaires internes des États. Si maintenant les intentions des puissances ne sont plus à démontrer, faut-il encore faire en sorte de «renforcer le front interne», suggère-t-il pour ne pas citer le cas de notre pays. Car, «lorsque vous défendez vos intérêts, c’est bien, mais lorsque vous relâchez, ils (puissances) vous exploitent», met en garde l’invité du Courrier d’Algérie.
Farid Guellil