L’AIE prévoit une hausse de la demande de 6,9 MBJ d’ici 2023 : Les marchés pétroliers en furie

L’Agence internationale de l’Énergie (AIE) a, dans une publication de lundi dernier, annoncé ses prévisions à cinq ans sur le marché pétrolier mondial, estimant que la « demande devrait augmenter de 6,9 millions de barils par jour (mbj) d’ici 2023, à 104,7 mbj, tirée par la Chine ». Indiquant que les capacités de production mondiales devraient pour leur part progresser de 6,4 mbj pour atteindre 107 mbj à la même échéance, l’AIE précise que cette hausse viendra essentiellement de la production pétrolière des États-Unis. Le baril de Brent de la mer du Nord, pour livraison en mai, a terminé, hier, à 65,54 dollars sur l’Intercontinental Exchange (ICE) de Londres, en hausse de 1,17 dollar par rapport à la clôture de vendredi. Quant au pétrole côté à New York et à Londres, celui-ci a progressé, avant-hier, et sur le New York Mercantile Exchange (Nymex), le baril de « light sweet crude » (WTI) pour le contrat du mois prochain a pris 1,32 dollar, pour atteindre la barre des 62,57 dollars. Les marchés prendront connaissance aujourd’hui, des données de l’Agence américaine d’information sur l’Énergie (EIA) sur les stocks de brut des États-Unis, ce qui pourraient donner des éléments outre des indices sur la tendance du marché. Par ailleurs, sur les déclarations récentes du président américain, Donal Trump, sur les barrières douanières, Robbie Fraser de Schneider Electric a affirmé, dans ses déclarations aux médias, que «les menaces de barrières douanières et de guerre commerciale pourraient gêner les producteurs américains» de pétrole, selon lui.
Pour rappel, le locataire de la Maison Blanche, s’est défendu lundi de faire «marche arrière» sur sa volonté d’imposer des taxes à l’importation d’acier et d’aluminium et a fait pression sur ses partenaires mexicains et canadiens pour renégocier un accord de libre-échange nord-américain (Aléna). Expliquant l’impact des propos de Trump, sur la production américaine, Phil Flynn de Price Futures Group a avancé que, l ‘acier étant le métal le plus important dans la production d’énergie américaine, car utilisé dans toutes les étapes de cette industrie, «de la production, au raffinage en passant par la distribution (…) » il dira que « les taxes augmenteront le prix du pétrole et de l’essence » ce qui « pourraient freiner la production actuellement en plein essor » aux États-Unis, a-t-il expliqué. Autre avis exprimé, sur cette question, celui de Bart Melek, de TD Securities, qui estime que « le coût des infrastructures pourrait monter et faire baisser la compétitivité américaine», ralentissant de fait, souligne-t-il, la production qui «dépasse actuellement les 10 millions de barils par jour dans le pays» a-t-il noté.
Des données et des prévisions qui n’échappent pas , faut-il le noter, aux signataires, (membres et non membres de l’Opep) de l’Accord de réduction du niveau de production de pétrole, pour stabiliser le marché pétrolier mondial, souffrant de l’abondance de l’or noir, impactant négativement le prix du baril de pétrole. Si les prix ont été dynamisés lundi dernier, une des raisons principale, est l’interruption de livraisons de l’oléoduc libyen de Sharara, qui ne devraient reprendre, qu’hier, ont estimé des analystes de Commerzbank, indiquant qu’«un plus petit champ pétrolier libyen est déjà fermé depuis une semaine, ce qui signifie que la production libyenne est réduite de 400 000 barils par jour». Il est à rappeler que la Libye, membre de l’Opep, avait été escompté de participer à l’effort des signataires de l’Accord, en raison de la situation, difficile, dans laquelle le pays est plongé, depuis plus de sept ans. L’Opep et ses dix partenaires, dont la Russie, signataires ont décidé de proroger l’Accord de réduction des quotas de production de pétrole jusqu’à fin 2018 pour stabiliser le redressement des prix, après avoir réussi à surmonter les tensions politiques au Moyen-Orient, notamment entre Ryadh et Téhéran, membres de l’Opep. Comptant pour près de 60% de l’offre mondiale de l’or noir, les signataires continuent à tailler dans leur production à hauteur de 1,8 million de barils par jour au total, en vue de rééquilibrer le marché mondial du pétrole, un marché qui, selon Bart Melek, de TD Securities, «se rééquilibre progressivement» avant d’ajouter qu’il demeure « très sensible lorsqu’il est confronté à des perturbations.»
Karima Bennour