LA DISPARITION DE NIHAL EN PROIE À LA SUSPICION : La voix du procureur fortement souhaitée

De notre Envoyé spécial, à Aït-Abdelouahab, Farid Guellil

Il n’y a toujours pas de nouvelles au sujet de la disparition tragique de la fillette, Nihal Si-Mohand, survenue le 21 juillet dernier, au village Aït-Abdelouahab, dans la daïra d’Ouacifs (Tizi-Ouzou). Treize jours après la malheureuse tragédie, le même état d’esprit anime la population locale. Selon des membres de sa famille rencontrés sur place, hier, les folles informations qui circulent au sujet de la disparue ne sont que des affabulations.

En effet, plusieurs médias de la presse nationale écrite et audiovisuelle ont diffusé des informations selon lesquelles, une partie d’un corps humain calciné aurait été retrouvée par la Gendarmerie nationale, non loin du domicile, près duquel Nihal a disparu des radars. Or, rien de ce qu’a été rapporté à ce sujet ne concorde avec la réalité sur le terrain, à en croire les personnes interrogées sur ces dépêches médiatiques, tombées tel un couperet, à Aït-Abdelouahab, en cette journée de mardi. Ces informations n’ont fait qu’attiser les tensions d’autant plus qu’aucune voix officielle n’est intervenue pour confirmer, ou infirmer, ces mêmes dépêches, attribuées à des sources émanant des services de sécurité. Les témoignages recueillis peuvent d’ailleurs sonder l’authenticité de ces rumeurs. En effet, l’atmosphère générale  qui rège au sein de cette bourgade n’a pas connu une évolution particulière. La population et les proches parents de la fillette disparue en particulier, caressent toujours l’espoir de voir Nihal rentrer au bercail, retrouver la chaleur familiale, et se blottir dans les bras de ses parents, laissés sans voix depuis son éclipse furtive, il y’a presque deux semaines. La maman et le papa de la fillette demeurent sous le choc, et subissent une terrible pression lorsqu’encore les récentes informations rapportées au sujet de leur enfant, n’ont fait qu’attiser leur chagrin. Sur place, l’on a constaté que la mobilisation des villageois reste intacte. Les habitants, parmi eux les jeunes notamment, tiennent toujours une permanence aux alentours du domicile familial.
Même si le mystère demeure entier au sujet d’une disparition qui a fait couler beaucoup d’encre, il n’en demeure pas moins que les recherches pour retrouver Nihal «saine et sauve» se poursuivre, au même rythme que celui enregistré durant les premiers jours de ce drame.  Sur un périmètre de plusieurs centaines de mètres autour des lieux de la disparition, l’on aperçoit des éléments de la Gendarmerie nationale et de la Protection civile, munis de chiens pisteurs sillonner les buissons et les massifs boisés de cette contrée. Plusieurs véhicules de la Gendarmerie sont dépêchés sur les lieux. Ils y’en aurait environ une vingtaine qui apparaissent de loin, alors que les éléments aux tuniques bleues accoudés par des troupes de la Police judiciaire et les agents de la Protection civile investissent les parages. Ils poursuivent les recherches, en compagnie des citoyens qui leur servent de guides, en bons connaisseurs des lieux. Un peu loin du lieu de campement de la Gendarmerie, on peut reconnaître deux véhicules de la Protection civile comme l’atteste la couleur rouge. Les agents secoureurs aussitôt arrivés, qu’ils s’apprêtent déjà à relancer les recherches, sur un vaste champ, d’apparence désert, et lequel est délimité par une ligne d’arbustes et parsemé de quelques rares maisons. Le périmètre est franchi par une route carrossable qui débouche sur la commune d’Agouni Gueghrane. Les familles continuent d’affluer vers le domicile des grands-parents de Nihal, dont certaines sont là pour assister leurs proches dans cette rude épreuve et d’autres se sont montrées disponibles à apporter main forte aux actions de recherches sur le terrain.
La détermination est de mise, si ce n’est, visiblement, les dernières rumeurs qui ont affolé la famille de l’enfant disparue et perturbé la sérénité qui empreint l’état d’esprit des villageois, qui croient dur comme fer de retrouver la fillette.
«Pourquoi rapporter ce genre d’informations blessantes, tant pour les parents de Nihal, ses proches que la population de la région ?», s’est interrogé, offusqué, l’oncle de l’enfant, Omar Ouali, qui se montre disponible à communiquer la moindre information au sujet de sa nièce à la presse. Le proche parent de Nihal fait allusion aux informations colportées par-ci, par-là, et selon lesquelles, une tête aurait été retrouvée dans les parages, ce qui aurait supposé une piste  à privilégier par les enquêteurs en charge de cette affaire. Une telle supposition aurait amené à connaître la vérité au sujet de cette disparition, aussi suspicieuse qu’elle puisse paraître. Un jeune, assurément exténué par des nuits de sommeil qu’il a consacrées aux recherches de sa petite cousine, dira, quant à lui, qu’«au lieu de raconter n’importe quoi, qu’on médiatise notre appel à la mobilisation pour retrouver la fillette. Ce n’est pas du cinéma, encore moins un fait divers. Il s’agit d’une vie humaine innocente. C’est un drame familial», a-t-il clamé à gorge déployée. Pour mettre un terme aux doutes, quelques personnes sur place partagent l’avis selon lequel, le procureur général doit intervenir pour faire le point au sujet du développement de l’affaire.

La piste de l’enlèvement se précise
Près de deux semaines donc après la disparition, mis à part les informations communiquées par les proches parents de Nihal, les autorités civiles et militaires, quant à elles, n’en jugent pas jusque là de l’utilité de rendre publics les premiers éléments d’information au sujet d’une affaire qui suscite moult interrogations. En effet, selon la loi en vigueur, c’est le procureur général en charge de l’enquête qui est habilité à informer l’opinion publique à ce sujet. S’il est vrai que l’enquête n’a pas encore déterminé les circonstances exactes de cette disparition, à même de mettre un tant soit peu la lumière sur les zones d’ombre qui l’entourent, tant qu’aucune piste n’a été mise à profit, il reste que les plus folles rumeurs continuent d’alimenter la suspicion. Nihal a-t-elle été enlevée par des ravisseurs ? En tout cas, cette hypothèse reste plausible, si l’on tient compte d’un témoignage. Encore faut-il que les investigations prennent cette déposition au sérieux, lors de la constitution du dossier de l’enquête. En effet, selon un jeune qui dit avoir été là au domicile familial, aussitôt les recherches de la disparue ont commencé, l’un des bambins qui jouaient avec Nihal quelques instants après sa disparition a accouru vers sa génitrice pour lui lancer : «maman, Nihal a été kidnappée par el wahch (l’ogre, ndlr)».  Cette déclaration a été faite par la sœur cadette de l’enfant éclipsée qui est âgée de près de deux ans, a précisé notre interlocuteur.
Farid Guellil