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Ils comptent déléguer ses prérogatives au Bureau de l’APN : Les députés anti-Bouhadja ferment les portes du Parlement

Le ton monte d’un cran entre le président de l’Assemblée populaire nationale (APN) et les cinq groupes de la majorité parlementaire. Dans une sortie spectaculaire et inattendue, les députés FLN, qui mènent la fronde contre Saïd Bouhadja, appuyés par leurs collègues du RND, TAJ, MPA et les Indépendants, se sont dressés dès le matin devant l’entrée de l’hémicycle, pour empêcher le président d’y accéder.

Même le personnel a été sommé de quitter les bureaux devant le regard étonné des passants, alors que Bouhadja, attendu toute la matinée, ne s’est pas pointé. Signe que le conflit qui boucle ainsi sa troisième semaine, a atteint le point de non retour ; les députés de la majorité ont affirmé, hier, devant la presse, ne plus pouvoir accepter de travailler avec leur président, qu’ils vont empêcher à tout prix d’accéder à l’hémicycle Zighoud-Youcef. Après que des images de portes fermées, avec cadenas et chaînes en fer eurent circulé toute la matinée sur les réseaux sociaux, les députés en colère ont vite fait de faire disparaître les cadenas et ouvrir les portes, mais en restant mobilisés pour parer à une éventuelle tentative d’accès de Bouhadja, qui ne se pointe toujours pas. «C’est un sit-in pacifique pour prouver la véracité de nos signatures pour le retrait de confiance à Bouhadja », a fait savoir le député FLN, Si Affif Abdelhamid, poursuivant «c’est une réponse à Bouhadja qui a douté de la crédibilité des députés en les considérant comme des zéros ». Ils comptent par contre le faire substituer par l’activation du Bureau de l’APN qui se chargera des prérogatives du président de l’Assemblée jusqu’à l’élection d’un nouveau président. La veille, la direction du parti FLN, parti aussi de Bouhadja, a annoncé dans un communiqué que ce dernier ne porte plus la qualité de député FLN et qu’il devra comparaitre incessamment devant le conseil de discipline. Cette décision signifie, selon Si Affif, que le président de l’APN n’a plus l’appui de FLN, et donc il est «en incompatibilité » avec son mandat parlementaire selon le règlement intérieur régissant le Parlement car il est élu par son parti, soutenant que «Bouhadja doit partir parce que la majorité ne souhaite plus travailler avec lui». «Il devrait venir. Mais il ne viendra pas car il a peur de la vérité. Il a peur de se confronter aux députés. Le président qui évite ses députés n’a pas sa place parmi nous», soutient Si Affif, affirmant que la majorité a sa feuille de route» qui est le Bureau de l’APN et le règlement intérieur lui donne «le droit de gérer les travaux de l’Assemblée». «Nous protestons aujourd’hui à l’extérieur de l’APN pour exprimer notre refus de travailler désormais avec Bouhadja comme président. Nous tenons une réunion vers 15 ou 16 heures dans le cadre du comité de coordination et il y aura du nouveau», déclare pour sa part, le député et président de groupe parlementaire du MPA, Cheikh Barbara. Ce durcissement de position de la majorité contre Bouhadja a été vivement dénoncé par l’opposition. «Empêcher le président d’entrer à l’institution qu’il préside c’est vraiment le comble. On a vu tous les moyens utilisés pour lui barrer l’accès, c’est regrettable. C’est un précédent dans l’Histoire du pays. Rien dans les lois n’empêche le président de continuer son mandat», a protesté le député RCD, Ouamar Saoudi. «De quel droit on ferme les portes de l’Assemblée ? Ce sont là de graves dépassements … nous dénonçons le recours à ces moyens tout en comprenant leur droit de demander le départ du président de l’APN», lâche, de son côté, le député et président du groupe parlementaire du MSP, Ahmed Sadouk. «C’est très regrettable et cela donne encore une piètre image du Parlement. Les choses ont atteint une phase très critique. Les deux parties protagonistes campent sur leurs positions. Il faut que d’autres parties interviennent pour calmer les esprits et raisonner tout le monde», ajoute Sadouk.
Hamid Mecheri