Entrement

Hommage au père de l’ « industrie industrialisante » : Un pan d’Histoire s’en va…

Belaïd Abdesselam, devenu célèbre par ce surnom de « père de l’industrie industrialisante », a toujours été un homme affable. Quand on gagne sa confiance on ne la perd plus jamais. Il savait recevoir, aussi, dans son salon, où trônaient des friandises à faire saliver un diabétique en froid avec son régime. C’est le seul « luxe » que se permettait ce grand militant au cœur résolument ancré à gauche.

Son poste-cassette gris métallique de marque Panasonic, acheté aux Galeries nationales ne le quittait jamais. Il me rappelle irrésistiblement celui qu’avait acquis mon frère aîné. Son rire sonore, ponctuant chacune de ses tirades est un voile destiné à masquer la gravité de ses nombreuses révélations. Il en est ainsi de tous ces pontes du système venus plaider la cause du roi du RAB (rond à béton), en train de vider les caisses de l’État avec des complicités très haut placées. Belaïd Abdeselam paiera cher, et au comptant, un affrontement aussi homérique. Il ne s’en remettra donc jamais totalement. Mon grand regret est d’avoir dû renoncer à l’aider à écrire ses mémoires, comme il m’en avait fait la demande, pour y dénoncer ce « baron, contre lequel il avait constitué un dossier en béton, et embêtant aussi. Un journaliste honnête, qui vit au jour le jour ne peut hélas se permettre une année sabbatique pour mener à bien cette œuvre de salubrité publique. Je retiens aussi de cet homme hors normes sa propension à privilégier les solutions extrêmes. Normal qu’il ne se soit fait que des amis. Au plus fort de la crise algérienne, quand l’exFIS menaçait de faire voler en éclat l’État algérien, et que la mafia entretenait une entreprise de pillage systématique des ressources du pays, il avait eu une idée de génie. Une idée dont la simplicité se mesurait à l’aune de son extrême luminosité. Souvenons-nous, cela se passait pendant que le pays ne disposait encore que d’une semaine ou deux en devises pour financer ses importations de blé, de sucre, farine… pour ne pas mourir de faim. Cela se passait pendant que Belaïd Abdesselam était chef du gouvernement, que les caisses de l’État étaient vides, mais que les poches des voleurs et de (presque tous les puissants du moment) étaient pleines à craquer. Sans doute fallait-il être lui, et tout à fait lui, pour oser proposer de changer la monnaie du pays, quelques gros billets du moins. Cela aurait permis de renflouer les caisses au-delà de tout espoir. Mais cela a rendu fous de rage ceux qui ont risqué de trahir leurs immenses fortunes. En prenant d’assaut les banques, j’entends encore son rire sonore quand il me parlait du mauvais coup qu’il s’apprêtait à jouer à la mafia politico-financière, comme on disait à l’époque. S’il n’a pas fini son combat, sa mort aura été « acclamée dans certaines chaumières malfamées. Mais le peuple, qui mesure sa perte à l’immense vide qu’il laisse derrière lui, le pleure assurément !
Mohamed Abdoun