Le sacre de l'hymne contre les armes à feu et le racisme de Childish Gambino

Grammy Awards : Le sacre de l’hymne contre les armes à feu et le racisme de Childish Gambino

L’ex-première dame des États-Unis Michelle Obama a fait une apparition-surprise sur la scène. Malgré sa récompense, Childish Gambino a boycotté la cérémonie.
Les stars mondiales de la chanson étaient réunies dimanche 10 février à Los Angeles. La soirée des Grammy Awards a rassemblé un parterre de stars mondiales, rappeurs et femmes en tête pour une cérémonie marquée par la diversité où Lady Gaga et Childish Gambino ont particulièrement été honorés.
Le show spectaculaire a été lancé à grand renfort de paillettes et de déhanchements par Camila Cabello et le rappeur Young Thug, bientôt rejoints par un très « caliente » Ricky Martin moustachu et J Balvin.

Invitée surprise
L’ex-première dame des États-Unis Michelle Obama a fait une apparition-surprise sur la scène, pour la première prise de parole aux côtés de l’animatrice de la soirée Alicia Keys et des chanteuses Jennifer Lopez, Lady Gaga et Jada Pinkett Smith.
« La musique nous permet de nous entendre les uns et les autres. [...] La musique nous montre que tout ça est important, chaque histoire et chaque voix, chaque note au sein de chaque chanson », a notamment lancé Michelle Obama, alors que les Grammy Awards ont régulièrement été accusés de privilégier les artistes blancs et masculins, au détriment des femmes et des minorités.
À la mi-parcours de cette cérémonie résolument portée par des messages féministes, la diva pop Lady Gaga avait déjà remporté trois prix, dont deux pour « Shallow », la ballade romantique enregistrée avec Bradley Cooper pour le film A Star Is Born, où elle joue également.
Elle se trouvait à égalité avec la chanteuse de country Kacey Musgraves et l’artiste pop-folk Brandi Carlile.

Cérémonie boycottée
Mais c’est Childish Gambino, alter ego musical du comédien Donald Glover (Atlanta), qui menait la course avec la première récompense majeure, « la chanson de l’année » récompensant les auteurs-compositeurs, pour son hymne politiquement incorrect « This Is America », également élu « meilleure performance de rap-chant ».
Sa vidéo-choc dénonçant le règne des armes à feu et du racisme aux États-Unis, vue par des dizaines de millions de personnes sur Internet, a aussi reçu le prix du « meilleur clip ». Il a toutefois boycotté la cérémonie et n’est pas venu chercher ses statuettes.

Une récompense pour Drake
Le hip-hop caracole en tête des nominations, avec huit sélections pour Kendrick Lamar, suivi de peu par son challenger canadien Drake. Kendrick Lamar, premier rappeur à avoir obtenu un prix Pulitzer de musique pour son album Damn, a déjà échoué à trois reprises dans la course à « l’album de l’année », mais est de nouveau dans la course pour cette 61e édition. Il a déjà reçu le Grammy de la « meilleure performance rap » pour son titre « King’s Dead » et reste en lice dans trois catégories plus prestigieuses pour la bande originale du film Black Panther, numéro un au box-office mondial en 2018.
Drake a, quant à lui, remporté le prix de la « meilleure chanson de rap » avec son tube planétaire « God’s Plan ».

84 prix
Outre les rappeurs, les artistes féminines sont présentes en force, cinq sur huit nominés pour « l’album de l’année », dans des genres très variés : la rappeuse gouailleuse Cardi B, la chanteuse rock-folk Brandi Carlile (déjà primée trois fois dimanche), l’exploratrice electro-pop Janelle Monáe, la prodige du R&B H.E.R. et la chanteuse country Kacey Musgraves. Et dans la catégorie de la « révélation de l’année », très suivie, six sur huit sont des femmes.
Au total, pas moins de 84 récompenses sont décernées par les Grammys, pour certaines dans des catégories parfois assez déconcertantes (« meilleur album au son immersif », « meilleur livret d’accompagnement d’album », etc.).

Invitation déclinée
L’ancien président Jimmy Carter (1977-1981) a ainsi gagné un Grammy pour le
« meilleur album parlé », tiré de son livre à vocation religieuse. La controverse n’aura pas attendu le début de la fête pour entrer dans la danse. Certaines superstars ont décliné, parfois avec fracas, l’invitation de la Recording Academy, forte de 13 000 professionnels de l’industrie musicale, qui organise l’événement. C’est le cas de l’idole des jeunes Ariana Grande, qui a sorti son nouvel album Thank U juste avant les Grammys.
Initialement prévue sur scène, elle a accusé le producteur de la soirée, Ken Ehrlich, d’être à l’origine de son retrait et d’avoir « menti » sur ses motivations. Elle a néanmoins reçu la récompense du « meilleur album vocal pop ».

Des icônes
Alicia Keys, qui animait la soirée de gala, a tenu parole quand elle avait promis cette année des performances « de malade » avec des shows de Lady Gaga et Cardi B. Elle-même détentrice de 15 Grammys, Alicia Keys a enflammé la salle en enchaînant – sur deux pianos à la fois – une sélection de tubes qu’elle aurait « aimé écrire », de Sting à Dr. Dre.
La soirée a aussi été marquée par la participation d’icônes de la musique américaine comme Dolly Parton (country) et Diana Ross, qui est montée sur scène pour une célébration de ses années Motown, et de son 75e anniversaire.