Déplacement curieux à Rabat

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La Libye n’est pas sortie de l’auberge. La crise politico-institutionnelle qui plombe le pays depuis son agression par une coalition des forces occidentales en 2011 persiste. Le pays est divisé entre deux camps rivaux. Le gouvernement de l’Ouest dirigé par Dbeibah et celui sous contrôle du maréchal Haftar à l’Est. Les deux belligérants continuent à se regarder en chiens de faïence. Le premier entretient, malgré lui, le statu quo et le second, plus enclin à la lutte pour le pouvoir, avance ses pions sur l’échiquier. Voyant ses ambitions estompées par l’incapacité biologique à influer sur le cours des événements, l’homme fort de l’Est a mis son fils Saddam sur l’orbite. Adoubé et porté au sommet de la hiérarchie militaire, l’héritier promu à la tête de l’ANL n’a pas déçu. Par ses mouvements et les rapprochements opérés, Saddam a démontré qu’il est le digne fils de celui qui a rêvé de prendre le pouvoir quitte à s’acoquiner avec les assassins des Palestiniens. Avec les Émirats, c’est un secret de Polichinelle. En 2021, Haftar a rallié l’aéroport de Ben-Gourion depuis Dubaï. Dans ses valises, une offre de normalisation de la Libye en échange d’une assistance militaire et diplomatique pour le clan de l’Est. Le plan a foiré et a buté sur la résistance du front libyen contre la normalisation. Mais Haftar revient. Aujourd’hui, il mise sur son jeune héritier, un chef militaire de 35 ans dont l’ascension fulgurante trahit ses ambitions pour le pouvoir. Le dernier déplacement de Saddam Haftar, du 14 au 15 octobre courant au Maroc, en dit davantage sur les tendances politiques et les alignements diplomatiques de l’homme. Il a été reçu à Rabat par le chef des FAR, Mohamed Berrid. Sur le papier, il est question de coopération militaire. Mais entre qui et qui ? Entre le Makhzen et la partie Est de la Libye ? Sinon que vient-il faire alors au Maroc pour un jeune chef militaire ayant hérité l’aile d’une armée qui reçoit des financements émiratis dans un pays en pleine crise politique et institutionnelle ? Vient-il pour quémander un soutien politique en prévision d’échéances électorales futures en Libye ? C’est une hypothèse improbable sachant qu’il n’y a aucun rendez-vous électoral actuel ou en perspective. Le déplacement de Haftat fils répond-il alors à un autre agenda ? Une mission pour des objectifs non avoués dans une région sahélo-saharienne objet de convoitises ? Les données actuelles ne nous permettent pas de tirer des conclusions. Mais les destinations choisies par Saddam Haftar pour ces déplacements à l’étranger en disent long. Les médias italiens ont révélé qu’à la fin du mois de septembre 2026, à Abu Dhabi, il a eu une rencontre avec le criminel de guerre Benjamin Netanyahou. Et là encore, si c’est pour avoir le soutien des sionistes pour accéder au pouvoir en Libye, en contrepartie de quoi ? La normalisation ayant déjà échoué avec Haftar père, tout porte à croire que Haftar fils a bel et bien été missionné à Rabat. Quant à son alignement sur l’axe Tel Aviv – Abu Dhabi – Rabat, il coule de source.
Farid Guellil