Demain sera un autre jour

Le Bac 2018 débute aujourd’hui, avec, déjà, des mesures sévères pour empêcher la triche, en coupant la connexion Internet sur les réseaux sociaux. Ce qui devait constituer une fête à la connaissance et au savoir se dessine comme une stratégie d’État contre la fraude, érigée depuis des années déjà en sport national.
L’Internet coupée pendant les premières heures des épreuves constitue en soi une aberration dont on se serait bien passé, puisqu’elle consacre une guerre asymétrique d’un appareil d’État contre des agissements nocifs souterrains.
Le problème est autrement plus profond que ces détails techniques, et concerne l’état d’esprit du futur étudiant algérien, qui doit être celui d’un chercheur mis dans de bonnes conditions de recherche, et non plus d’un adolescent jeté, tête la première, dans un univers à peine plus mûr que celui qu’il vient de quitter, malgré lui, et qui se résume en une « crèche pour adultes», pour reprendre la formulation d’un sociologue algérien.
Les candidats d’aujourd’hui sont appelés à devenir des proconsuls, des bâtisseurs, des dirigeants et des capitaines d’industrie de demain. Mais de la manière dont la préparation de ces futurs dirigeants se présente, il y a fort à parier que demain ne sera pas un autre jour.
Mais toujours est-il qu’il faut s’accrocher aux dernières lueurs d’espoir, puisque demain n’est que la projection des réalités d’aujourd’hui, et non pas la réalité ultime. Gageons que nous nous trompons tous sur toute la ligne, et que les hommes de demain sont ceux qu’on regarde dédaigneusement, aujourd’hui, aller, maladroits et gauches, aux épreuves du baccalauréat.
Mais reste quand même cet ineffable sentiment de la triche érigée en rampe de lancement pour se propulser, et qui dépasse de loin le fait des épreuves du baccalauréat pour s’insinuer dans tous les replis de la vie économique et sociale, générant des mœurs curieuses et des positions bizarres dans les échelles de la société.
F. O.