De la propagation des virus du Nord au Sud et non l’inverse

Par Ali El Hadj Tahar

Les moyens de transport ont démultiplié l’ampleur et la vitesse de propagation des microbes et des virus, mais les moyens de lutte contre les maladies et les épidémies ne sont pas demeurés en reste.
En effet, les avancées sont immenses depuis que la médecine est capable de faire face aux épidémies, notamment depuis 1957, quand le sous-type H2N2 de la grippe « asiatique  » a pu être rapidement isolé, et surtout depuis 1968, lorsque des antibiotiques plus efficaces ont permis de juguler des affections bactériennes opportunistes. Majeure aussi est la date de création en France du premier ministère de la Santé au monde. Ainsi, lorsque le 21 janvier 1920, Clémenceau crée le ministère de l’Hygiène, la décision française va susciter la création de ministères de la Santé un peu partout dans le monde. La création de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) renforce la lutte contre les fléaux sanitaires mais ses capacités sont réduites, et certains l’accusent même d’être au service du Big Pharma.
Alors que la surveillance des maladies dans les populations humaines et animales mise en place au niveau international permet de signaler, sur-le-champ, les urgences et de mobiliser rapidement les pouvoirs publics, l’OMS, qui a elle-même mis en place ce système de veille, fut la première à faillir en janvier 2020, en appelant les États à ne pas fermer leurs frontières, alors que le virus ne cessait de se propager en Europe. Le retard des Occidentaux à se confiner a permis la propagation du Covid-19 et la transformation d’une épidémie, localisée en Chine, en pandémie mondiale. Après le bateau, l’avion a vite mondialisé microbes et virus, les répandant à leur vitesse aux quatre points cardinaux.
La dernière épidémie (Covid-19) a fait à peine 20 jours pour toucher 5 continents, puis d’être déclarée pandémie mondiale. Or la grippe espagnole (entre 20 à 100 millions de morts) apparue le 4 mars 1918 au Kansas (États-Unis) se retrouve en avril à Rouen, puis en Grande-Bretagne, en Italie et en Allemagne mais elle n’atteint son apogée qu’en juin et ne frappe l’Afrique qu’en décembre. La grippe asiatique de 1957(2 à 3 millions de morts) a fait plus de 6 mois pour boucler le tour du monde. Partie de Singapour en février 1957, elle n’atteint Hong Kong qu’en avril et ne touche les États-Unis qu’en juin et l’Europe qu’en été. La grippe de Hong-Kong, apparue, quant à elle, en Asie centrale vers le mois de février 1968, n’est reconnue que lorsqu’elle touche la colonie britannique de Hong-Kong à partir de la mi-juillet, avant de frapper l’hémisphère Nord durant l’hiver 1968-1969 puis se propager en Europe de l’Ouest en 1969, touchant la France de décembre 1969 à janvier 1970 et y faisant 17 000 décès directs.
L’Amérique latine n’a pas été trop touchée par la grippe de 1918-1920 car elle n’était pas concernée par la Première Guerre mondiale, puisque ce sont des soldats étatsuniens qui ont amené le virus en France, d’où il a fait le tour du monde. L’Afrique, quant à elle, a été sévèrement touchée par la grippe espagnole avec la mort de 2,4 millions d’Africains sur une population totale de 133 millions d’âmes en 1918. Elle est venue avec les bateaux pleins d’Occidentaux contaminés et le retour des quelque 400 000 ou 500 000 soldats africains qui étaient engagés dans la Première Guerre. Ainsi donc, les pandémies qui font des ravages dans les pays faibles sont toujours venues du Nord. Et si elles n’ont pas été confinées dans les pays où les virus sont apparus, c’est souvent à cause de défaillances politiques ; puisque les moyens de les stopper existent depuis la nuit des temps, du moment que la quarantaine préconisée par le Prophète (Qsssl) est aussi mentionnée dans la Bible. En tout cas, elle a été mise en pratique en 1321 en France avec l’exclusion des lépreux, et surtout à Raguse (Croatie) avec la quarantaine maritime instaurée le 27 juillet 1377 par l’interdiction de l’accès de Dubrovnik et de son district à ceux « qui arrivent d’une zone infestée par la peste ».
A. E. T.