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24 février 2024
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Bouira : gros plan sur la ville et ses commerces

Une ville, c’est comme un kaléidoscope : en perpétuel mouvement, elle est toujours à la recherche de son centre de gravité. Le cas de la ville de Bouira est pour le moins atypique. En pleine expansion depuis son accession en 1974 au statut de chef-lieu de wilaya, elle ne cesse de se développer aux dépens de l’ancien tissu urbain qui n’arrive pas, lui, à soutenir ce rythme démentiel.

À la recherche du centre de gravité
Pour le voyageur, Bouira, avant qu’elle connaisse cette révolution urbaine à laquelle nous assistons, médusés, c’est-à-dire avant qu’elle ne devienne chef-lieu de wilaya suite au découpage administratif de 1974, Oued Dhous, au sud, le Château d’eau, au nord, et le centre-ville. Ces quatre points étaient reliés par une seule ligne, presque droite comme un I, la rue Larbi Ben M’hidi et qui avait longtemps coïncidé avec la RN 5 avant le contournement de la ville. La vie culturelle et commerciale s’était longtemps concentrée entre le stade Bourouba, la place des Martyrs et le square Si El Haouès. C’était là le cœur de Bouira. On trouvait dans ce périmètre restreint, de beaux magasins, deux pharmacies, deux librairies, une bijouterie, un service lavage dégraissage, une discothèque, quatre grands cafés où tout le monde se donnait rendez-vous. Et c’était tout. Puis, la ville ayant connu un développement fulgurant avec la cité administrative, le centre d’intérêt s’est déplacé vers ce quartier appelé Draâ el-Bodj, où s’ouvrirent de grands magasins et même un centre commercial. Entre temps, le quartier Ecotec a poussé fort miraculeusement et on a baptisé alors tout cet espace qui va du commissariat central jusqu’au nouveau pôle universitaire. C’est la nouvelle ville. L’hôpital et ce pôle devait assurer la consécration de ce titre. Des magasins, des restaurants, des centres commerciaux, des spécialistes, des laboratoires, des pharmacies et le luxe insolent propre aux nouveaux quartiers, des tours, des villas à perte de vue. L’ancienne ville tente aujourd’hui de relever le défi et de reprendre son ancien titre. Avec le pont Sayeh et la trémie, des centres commerciaux florissants ont surgi du néant et essayent de rejoindre les locaux commerciaux ouverts sur la rue jusqu’à l’ancienne agence de transport. Entre temps, beaucoup de haouchs ont disparu au profit de blocs et de locaux où le commerce se développe à grande vitesse. Jusqu’à l’hôtel Nassim, le long de la rue Larbi Ben M’hidi, ce ne sont que des boutiques, des cafés, des bureaux d’entreprises, des cabinets de médecins, des banques, et des salons de coiffure… Mais si l’on juge par les soirées et l’animation des rues, celle qui est en train de remporter le pompon, c’est la rue Mahdid Chadri qui va du commissariat à la CASNOS et qui débouche sur le grand boulevard qui va du lycée Sedik Benyahia, à la sortie ouest de la ville, à ‘l’université. Cependant, la concurrence commerciale qu’elle oppose aux rues les plus achalandées est si forte que toute la clientèle semble se concentrer sur cette voie. Les dernières nuits de Ramadhan où l’animation atteint son apogée, la circulation automobile se ferme au profit des piétons. Une seule artère réussit ce tour de force : le boulevard Zirout Youcef qui va du pont Sayeh à la sortie ouest de la ville. Cette clientèle avide de nouveauté et à des prix défiant toute concurrence se donne à cœur joie de faire tous les locaux ouverts des deux côtés de cette petite rue. On y trouve de tout, des articles féminins, des articles pour enfants, des produits de cosmétiques, de maroquinerie, des articles électroménagers, des articles de décoration, jouets pour enfants, etc. Et tout ce commerce aux activités si variées, qu’il est impossible de rendre compte ici, s’en va doucement rejoindre pour le long terme le pôle urbain où, lasse de tourner sur elle-même depuis des décennie, sans trouver son équilibre, la ville semble se stabiliser.

Une halte à Dubaï
Tout un quartier de ville a surgi, donc, là où il y a à peine une dizaine d’années, exposé aux éléments de la nature, s’épanouissait le plus infâme conglomérat de taudis et de bidonville, que l’on désignait, dans le temps, par la cité Gouizi. Si la rue qui la desservait a conservé ses dimensions, en revanche, entretenue avec beaucoup de soins, elle est flanquée de part et d’autre de belles constructions ayant au rez-de-chaussée et au sous-sol les plus beaux magasins. On a, à droite, en allant vers l’OCOTEC, Chic Shop, Elégance, Calvira, une pharmacie, deux boucheries et quantités de boutiques spécialisée dans la chaussure ou la cosmétique. À gauche, on a England, Vénus, Mode, Solde… Et puis, à l’angle de la rue, sur la droite, deux centres commerciaux, les plus riches et les plus achalandés se dressent soudain devant vous, ne laissant voir qu’une partie du ciel au dessus de votre tête. C’est Maison Blanche et Dubaï. À eux deux, ils sont capables de concurrencer non seulement toutes les boutiques existantes alentours, mais même les plus grands bazars de Souk Errahma, à mi-chemin entre l’Ecotec et la cité Gouizi. C’est grâce à eux et à leurs magasins ouverts aux cinq étages que la rue Mahdid Chedri reste animée toute la journée. Se concurrencent-ils eux-mêmes ? Selon le patron de Dubaï, ils se complètent plutôt. La preuve de cette bonne entente, c’est que tous les commerçants ou presque ont débuté à Dubaï avant de passer à côté. Certains ont conservé leurs anciens locaux, de sorte qu’ils ont un pied à Dubaï et un autre à la Maison blanche. Ce que commerçants et clients trouvent à Dubaï ne le trouveraient nulle part ailleurs, assure le patron de ce centre. D’abord le loyer est abordable et puis il y a cette fameuse caisse de cent millions de dinars ouverte aux commerçants en difficulté financière. Ils peuvent y puiser à volonté à condition de rendre le prêt dans les deux ou trois jours. Pour les clients qui font de gros achats, le payement peut se faire par facilités, s’ils le souhaitent. Ceux qui achètent dix articles, par exemple, d’une valeur d’un million, se verraient remettre un cadeau dont le prix pourrait avoisiner les mille dinars. Enfin, il y a les soldats, assure notre interlocuteur en nous montrant un soulier dont l’ancienne étiquette portait mille dinars et qui est vendu à seulement six cents dinars : «Vous ne trouverez nulle part un article à ce prix, affirme-t-il, alors que quittant ce magasin spécialisé dans la décoration des maisons, au sous-sol, nous passons au rez-de-chaussée où se trouve le commerce de la chaussure.»
«Ici, pas de musique, pas de cigarettes, pas de querelles» fait-il observer en lançant un regard aux agents de sécurité postés dans les escaliers. Nous pénétrons dans la bijouterie qui vend toute sorte de produits en argent, copiés sur le modèle de Béni Yenni. Karim, un jeune, nous confie ce qui l’a amené à ouvrir à Bouira un atelier semblable à celui qu’il possède à Béni Yenni : ici le créneau est vierge et il l’a occupé. Le commerce est prospère et connaît une explosion en été, avec l’arrivée des émigrés. D’autres d’ailleurs, connaissant le magasin de réputation font des commandes à distance et notre jeune bijoutier leur envoie la marchandise commandée sous forme de colis. »Lorsque les clients ne trouvent pas ce qu’ils cherchent chez nous, nous les orientons vers la maison à côté » précise encore le patron de Dubaï pour illustrer la bonne entente régnant entre les deux centres commerciaux qui se jouxtent. Nous passons au premier et nous tombons sur des articles de literies, des couvertures, des couettes, des draps de grand luxe à des prix imbattables.
C’est des produits d’importation et le commerçant va les chercher à Alger. Au deuxième, des clientes se pressent autour du rayon où sont exposés des produits de beauté, ce que l’on désigne par la cosmétique. Le vendeur est affable et tout en servant ses clientes nous fournit moult explications concernant son commerce. Il va s’approvisionner à Alger, mais surtout à Oran où la gamme est plus large et de haute qualité. Les affaires marchent et il nous avoue que la marge bénéficiaire est assez belle pour lui permettre de pratiquer la vente au rabais concédant jusqu’à 15% du prix du produit. Sa clientèle se compose d’étudiantes attirées et par la qualité et par les soldes. Le magasin, juste à côté est tenu par un jeune commerçant spécialisé dans la vente d’articles de confection pour bébé. Il a en plus la responsabilité de la bonne gestion de tous les magasins de l’étage et de recueillir toutes les plaintes portées par les clientes contre les commerçants lorsqu’elles ne sont pas satisfaites de la qualité du service ou du prix qui ne varie que pour faire des réductions, jamais pour monter. Il ya un responsable comme celui-là au niveau de chaque étage. Ce commerçant lui aussi consent des réductions comprises entre 30 et 35% du prix de l’article, même s’il reconnait que chez lui, ce n’est pas la prospérité parfaite. Pourquoi Dubaï? Parce que, nous explique son patron, comme la maison blanche, le bazar du gros à Alger, chez lequel s’approvisionne le centre commercial qui porte ce nom. Né en 2007, le nom est déjà sur toutes les lèvres.

Une conjoncture difficile
À la maison blanche, les clientes sont reines. On les reçoit dès le seuil avec un large sourire de bienvenue. Mais toutes ces reines ne viennent souvent que pour voir et juger des prix. Elles ne se décident que lorsqu’elles sont sûres de faire une affaire. Certaines ont dû, avant, visiter Dubaï, juste à côté. Celles qui ne s’y sont pas rendues le feront quand elles auront fini avec la quinzaine de magasins que compte ce centre commercial ouvert il y a trois ans. On sent combien la concurrence entre les deux maisons est féroce. Mais ni Aïssa, ni Slimane qui assurent la sécurité des lieux et auxquels nous nous heurtons dès l’entrée n’en soufflent mot. En revanche, ils incriminent la conjoncture commerciale actuelle. Selon eux, cette année, les affaires ne tournent pas aussi rondement que l’année dernière. Le commerce accuse le coup de la crise économique et financière qui touche toute la planète. Cependant, un simple tour à quelques magasins nous a permis de nous convaincre que si l’argent manquait, les produits de luxe abondent de telle sorte qu’ils débordent au-delà des surfaces d’exposition. À la maison -blanche, les plus petits coins sont exploités. On passe des rayons de tissus, à ceux de l’habillement féminin, de ceux des enfants à ceux des chaussures, de la cosmétique à la maroquinerie, de la literie aux jouets…Une véritable caverne d’Ali Baba. Ce qui se vend le plus ! Nos deux gardiens répondent sans barguigner : toute la confection pour femmes et pour enfants : foulards, robes, jupes, pantalons en Jeans, souliers, chemises et autres lingeries… Si les prix ne sont pas trop chers ? Moins qu’ailleurs en tout cas. Les pantalons en Jeans pour filles, par exemple, sont 2 200 et 2 400 DA, selon la qualité de la toile. Les sources d’approvisionnement restent Alger, Tizi Ouzou, Sétif…Les produits d’importation sont très recherchés. Ils viennent surtout de Turquie, du Maroc et de Chine, qui pratique la contrefaçon. À côté, le produit algérien se défend comme il peut en cassant les prix. Et cela marche, selon Mme Farida, une ancienne avocate convertie au commerce.

Au bonheur des dames
Le magasin situé au premier, à la maison blanche, et dont la patronne nous accorde cet entretien, évoque pour nous, par la féérie des couleurs et des coupes des produits exposés, cette caverne mythique, où la mode féminine semble avoir élu hardiment domicile. Mais parce que l’avis de cette ancienne «robe noire» va rejoindre ce soir celui des deux agents de sécurité, à savoir que les temps sont durs pour le commerce, elle ne cache pas une légère appréhension quant à la façon dont la situation évolue dans le commerce. Depuis tout le temps que dure l’entretien, seules deux ou trois clientes sont entrées. Comme Mme Farida, ainsi qu’elle se prénomme, a trois vendeuses à son service, et que ce soir, une l’aide à tenir le magasin, nous ne sommes pas trop dérangés dans notre travail. Spécialiste dans le prêt-à-porter pour femmes, elle expose une gamme de produits forts en vogue dans le ton «tigré» : robes, chemises, liquettes, pantalons. La robe foulard, autrement, la robe en mousseline, voisine, sur le même rayon, avec la robe à dentelle. Naturellement l’importation occupe la première place au niveau de la demande. Les clientes sont atteintes de cette maladie qu’on appelle en mode le snobisme et se précipitent sur tout ce qui est «étranger». Mais il y a aussi celles qui par dépit se rabattent sur le produit algérien parce que, sous estimé à tort, satisfaites autant par l’élégance de coupe et la qualité du tissu que par le prix fort bas. Et alors que celles de ces dames qui n’ont d’yeux que pour la robe turque ou syrienne acceptent de la payer 2 000 DA, les autres, celles dont le portefeuille est modeste, se contentent de la robe algérienne à 500 DA dans les différents styles qui existent. D’ailleurs même cette dernière catégorie de clientes peut, en faisant un effort financier supplémentaire, satisfaire ses désirs pour les produits d’importation où les Chinois semblent être passés maîtres en prenant pour modèle la robe turque. C’est pour eux qu’est destiné le deuxième choix.

Allier mode et tradition
Mais la patronne du prêt-à-porter a l’ambition d’aller plus loin. Elle veut concilier la mode avec la tradition. C’est dans cette optique que les rayons des costumes traditions s’inscrivent. On y trouve, en effet, les robes Fergani, par exemple, le karakou, le caftan et même la robe hindoue. Et c’est ce voisinage qui jette un pont entre deux mondes, l’un vivant, trépidant et cédant à tous les caprices de mode, l’autre révolu, mais encore ancré dans les mémoires, et créant suffisamment de nostalgie pour se rappeler à tous les souvenirs qu’ils ont du magasin de Mme Farida un carrefour où s’invitent toutes les modes et toutes les fantaisies. D’ailleurs pour être agréable à sa clientèle, la maîtresse de cette grotte d’Ali Baba a imaginé une autre formule : la location.
Ali D.

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