Ouyahia - Sellal

ALORS QUE DES MILLIARDS ONT ÉTÉ DILAPIDÉS ET DÉTOURNÉS DU TEMPS OÙ ILS ÉTAIENT À LA TÊTE DU GOUVERNEMENT : Ouyahia et Sellal plaident l’innocence

La journée d’aujourd’hui promet d’être mouvementée au niveau de la commune d’Alger Centre, qui vit, depuis mercredi dernier, au rythme du procès de corruption, dans lequel sont poursuivis plusieurs ex-dirigeants. En Effet, le verdict dans cette affaire devra être prononcé aujourd’hui, soit le même jour, coïncidant, avec le rendez-vous hebdomadaire de la manifestation des étudiants.

Après seulement 4 jours de procès, l’affaire de corruption relative au dossier de l’industrie automobile et le financement occulte de la campagne électorale de l’ex-président de la République, Abdelaziz Bouteflika, a été mise en délibération dans la soirée de dimanche à lundi, tandis que le verdict sera prononcé aujourd’hui. Au terme de l’audience, marquée par l’intervention du procureur de la République sur les plaidoiries de la défense, le juge a donné la parole aux prévenus pour faire leurs dernières déclarations. Sans surprise et malgré les lourdes accusations portées contre eux, les accusés ont clamé leur « innocence », faisant part de leur dévouement à servir la patrie.
« Je suis innocent et je demande à être acquitté. Je nie toutes les accusations portées contre ma personne », a déclaré l’ancien Premier ministre, Ahmed Ouyahia, d’un air sûr malgré la fatigue sur son visage. Abdelmalek Sellal a été, quant à lui, plus ému, faisant part de son «amour pour sa patrie», et son « dévouement et son abnégation dans l’accomplissement des missions qui lui ont été confiées dans son parcours professionnel ». Il a aussi nié, en bloc, toutes les accusations qui sont portées contre lui. « Je n’ai pas trahi mon pays, je suis innocent et Dieu en est témoin. Il ne me reste pas grand-chose dans cette vie.
Je n’ai jamais eu recours à la corruption ni au népotisme », a-t-il dit en essayant de convaincre le juge de l’acquitter. Ayant les larmes aux yeux, l’accusé a supplié le juge de l’acquitter. « Je vous en supplie, je suis innocent ! J’ai travaillé pour l’État pendant 46 ans et j’ai grandi avec le défunt Mehri.  C’est impossible, je ne suis pas un corrompu », a-t-il rajouté. « Je n’ai pas traité les dossiers de ces personnes. J’ai marché avec Bouteflika, et je me suis rendu compte que je n’étais pas sur la bonne voie. Le Président était malade et j’ai travaillé dans des conditions difficiles », a-t-il encore avoué. Pour sa part, l’ex-ministre de l’Industrie, Yousef Yousfi a, lui aussi, plaidé son innocence, se contentant d’indiquer que : «Tout au long de la vie, j’ai servi le pays avec fidélité et transparence ». Quant à lui, Mahdjoub Bedda, ministre de l’Industrie a déclaré que «durant toute ma carrière professionnelle j’ai cumulé deux mois et demi comme ministre. Je n’ai changé ni de cadre réglementaire ni d’opérateurs ». Pour se défendre, il a précisé avoir « travaillé avec des cadres sans expérience », en qui il avait fait confiance. Bedda a juré qu’il n’a jamais accepté de pots-de-vin ni demandé quelque chose à un opérateur. « La raison de mon limogeage c’est bien le dossier du montage automobile », a-t-il dit. L’ex-ministre des Travaux publics et des Transports, Abdelghani Zaâlane, poursuivi dans le cadre de l’affaire de financement de la campagne pour le 5e mandat de Bouteflika, a plaidé lui aussi pour son innocence. Assurant que sa participation à la campagne n’a duré que qu’une semaine, le ministre a défié quiconque d’avoir des « preuves qu’il a reçu de l’argent ». Pour sa part, l’ancienne wali de Boumerdès, Yamina Zerhouni, poursuivie pour avoir accordé une terre agricole de grande qualité au groupe Ival qui l’a transformée en foncier industriel, a précisé qu’elle ne « savait pas que celle-ci était cultivable ». Assurant que les dires de la directrice, ayant témoigné contre elle, sont faux, l’ex-wali a précisé que « celle-ci a participé à toutes les opérations ». Par conséquent, Zerhouni a, elle aussi, plaidé innocente.
À l’instar de Farès Sellal, fils du Premier ministre, Abdelmalek Sellal, Senaï Karim, Senaï Sofiane ainsi que des fonctionnaires du ministère de l’Industrie et des Mines, les hommes d’affaires poursuivis, Ali Haddad, Mohamed Baïri, Maazouz Mohamed, Achour Abboud, Hassan Larbaoui, Ferrat Ahmed, Hadj Malek Saïd et Nemroud Abdelkader ont demandé leurs acquittements, plaidant leur innocence des accusations qui leurs sont portées. Pour rappel, le procureur de la République près le tribunal de Sidi M’hamed (Alger) a requis, dans la matinée du quatrième jour du procès, une peine de 20 ans de prison ferme assortie d’une amende d’un (1) million DA contre les deux anciens Premiers ministres, Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal. Des peines tout aussi lourdes ont été requises contre les autres accusés. En attendant le verdict, qui comme par hasard sera prononcé au lendemain de la Journée internationale de lutte contre la corruption, la justice devra ouvrir dans les prochains mois d’autres procès tout aussi lourds.
Lamia Boufassa