Algérie- égypte, des vagues toujours et un séisme de 4,1 sur l’échelle de Saâdane : E-cheikh et mât

Le doyen des entraîneurs algériens se fait-il vraiment trop vieux ? Ne sait-il plus de quoi il parle au point de franchement «divaguer» ? Des vérités, ses «vérités», diversement accueillies et mal interprétées, mais à prendre très au sérieux car émanant d’une personnalité connue pour ne pas trop aimer s’imposer dans les médias. En décidant de parler, savait-il qu’il allait faire mal et entraîner, dans son sillage, du monde en visant très haut ? En pointant un doigt accusateur sur les hautes sphères des deux pays à une époque où, du côté du Caire, la rue grondait avant de finir par exploser et emporter le pouvoir en place dont la (présumée) demande, acceptée (par qui du côté algérien ?) devait le maintenir en place. Peine perdue et l’occasion, 9 ans plus tard, pour l’ancien maître à penser de l’E.N. de confondre un peu tout le monde. Sans nommer personne. On parle de vrai délire

Par Azouaou Aghiles

La drôle de casserole
Saâdane a dit. Et il y est allé très fort. Pas de main morte en provoquant un déluge de réactions. Un véritable tsunami qui n’épargnera finalement personne. En Algérie, comme ailleurs. Et la riposte des Égyptiens, où les révélations du vénérable cheikh ont eu l’effet d’une bombe, ne s’est pas fait attendre en soulignant la supériorité écrasante (un succès éclatant de 4-1 inscrit en lettres d’or sur les bords du Nil, dit-on chez le « frère-ennemi» ou «ennemi intime» avec lequel les confrontations resteront éternellement frappées du sceau de l’émotion pour ne pas dire du chauvinisme exacerbé) du onze national des «Pharaons» dans un match revanche néanmoins terni par un arbitrage camerounais scandaleux, les critiques du monde entier ne retenant, pour rappel, que la prestation du 23e homme et le naufrage en règle de «Verts» déjà pas au mieux de leur forme à l’occasion et jouant la majorité de la rencontre en infériorité numérique après que le sinistre Koffi Kodjia eut usé à volonté de la sanction suprême (des cartons rouges comme s’il en pleuvait) en renvoyant trop tôt trois éléments clefs de la défense algérienne aux vestiaires. Neuf ans plus loin ou plus tard, le N°1 de la barre technique nationale, Rabah Saâdane, décidément dans la tourmente et tirant sur tout ce qui bouge, sort l’artillerie lourde en prenant à témoin l’opinion publique sur une présumée combine qu’il ait tue, pour des raisons que lui seul connaît, durant près d’une décennie avant de la servir froide (ne dit-on pas que «la vengeance est un plat qui se mange froid» comme le dit si bien ou mal le dicton populaire ?) quitte à provoquer, au-delà d’un tollé quasi-généralisé et aux résonnances internationales, une intoxication difficile à soigner. Saâdane a parlé. Fait beaucoup de mal en mettant le doigt dans une drôle de casserole qui ne sert personne, alors que le monde entier (pas spécialement sportif) a le regard tourné sur notre football (en attendant les autres disciplines où les choses ne semblent pas mieux tourner, la violence et la corruption prenant également possession de lieux où les combinards de tous bords dictent leur loi et enfoncent chaque jour un peu plus le clou, alors que les résultats techniques, toujours en déclin, ne rassurent guère au plus fort d’une crise morale persistante), les révélations, tendancieuses ou pas (il n’y a pas de fumée sans feu, n’est-ce pas) se succèdent (pas seulement dans nos murs, de gros titres de la presse mondiale prenant le relais) à un rythme effréné au détriment de la réputation d’un sport national (le titre – «bienvenu au pays de la corruption» en Une de «France Football»- s’il fait sûrement très mal, en dit long sur le pourrissement et a cette faculté de réveiller les consciences, alors que de tous les côtés des voix s’élèvent pour exiger de réserver la réponse que mérite un tel dossier, parce qu’il s’agit de la crédibilité des hautes autorités du pays invitées à regarder de près un phénomène en nette progression et emportant les dernières illusions du public quant à une prochaine remise en ordre, pour ne pas dire moralisation dans un secteur où il ya à boire et à manger et tellement d’enjeux) à l’image définitivement ternie et relégué aux fins fonds d’une hiérarchie universelle en constante remise en cause.

Des raisons … politiques ?
Le monde nous regarde et Saâdane, une des boîtes noires de la vitrine de notre football, a décidé de se mettre à table en livrant à l’opinion quelques vérités qui ne l’épargnent pas, lui qui n’avait, en 2010, et alors que ses «Verts», forts d’une qualification historique au Mondial sud-africain, peinant toujours à redescendre de leur gros nuage d’Oum Dourmane, en laissant passer, en Angola (étrillés par l’Égypte avec la bénédiction d’un arbitre aux idées noires et totalement acquis à sa cause), une des plus belles occasions, depuis le seul et unique sacre de 1990 à Alger, de remonter à nouveau sur le toit de l’Afrique, rien trouvé à redire sinon de pointer un doigt accusateur sur le directeur de jeu l’accusant de partialité. Point de suggestion quant à un possible jeu en coulisses où, entre autres (la principale raison nous assène-t-il à demi-mots), la raison, politique l’aurait emporté sur l’aspect sportif. Ce que les statuts de la Fifa, qui a toutes les raisons de se pencher sur une «affaire» grave pour bien des raisons, ne laisse jamais sans suite. Saâdane a, pour les rares fois où il s’exprimait publiquement, jeté un pavé dans la mare où il s’agit d’une ½ finale de CAN (ni plus ni moins et c’est rare à ce niveau d’une compétition qui fait courir beaucoup de monde et à la limite de l’inaccessible pour bien de grosses cylindrées du continent et l’Algérie, mise à part le triomphe de 90, y figure en bonne place) arrangée. Grossièrement, l’argent n’étant pas (selon un des acteurs principaux de cette lourde punition) la source principale, les pouvoirs en place à l’époque au Caire et à Alger, ayant décidé de s’échanger des cadeaux d’un genre diplomatique nouveau (c’est l’interprétation, la seule, que l’on peut faire des propos de Saâdane et il doit assumer, en plus de traîner dans la boue des joueurs qui ont procuré tant de joie à leurs fans, sous sa direction en 2010, puis en 2014 sous le coaching de Vahid, et qui demandent, à l’image de Yahia qui s’invite dans le débat en porte-voix de ses camarades, à connaître la vérité et le mettent devant ses responsabilités de clarifier les choses en les appelant par leur nom) au moment où le régime Moubarak, en fin de règne, s’apprêtait à tomber sous les coups de boutoir d’une contestation signant la fin d’une époque. Une certaine idée de la politique que Saâdane nous livre froidement. Avec le sourire même. Sans se soucier des retombées et des dégâts collatéraux. Algérie – Égypte était combiné à la demande de personnes haut-placées dans l’État. Des deux côtés. En évitant d’en dire plus sur un «arrangement» à la limite du burlesque. Il dira, par exemple, que «l’élimination était préméditée à 100%», avant de préciser qu’«après avoir été éliminés de la course à la Coupe du monde, nos frères Égyptiens avaient besoin de gagner la CAN 2010 pour atténuer la désillusion et détendre l’atmosphère politique pesante en Égypte à l’époque. Et nous on allait disputer le Mondial donc on nous a demandé de les laisser passer en finale de la CAN.» Sans préciser toutefois la portée de ce «nous» où il suggère, indirectement et sans le savoir (,,,), qu’il a été mis au parfum. Que, par conséquent, il était partie prenante d’un déni où sa responsabilité semble entièrement engagée.

Entre étonnement et pure … affabulation ?
Et c’est tout naturellement, mais le cœur lourd, dans l’étonnement qu’on peut comprendre, que le super héros du Soudan, l’auteur du but de la qualification des «Fennecs», ira d’un tweet résumant l’ambiance du moment en exigeant que lui, ses anciens coéquipiers et tous les Algériens «connaissent la vérité complète de ces faits.» Des joueurs qui, dit-il, ne savaient rien de ce qui se serait tramé dans leur dos. «Nous encourageons le cheikh à dire ce qu’il sait, si bien sûr il aurait quelque chose à ajouter. Et je le répète encore, connaissant notre attachement au pays et à la sélection, on n’est au courant de rien. J’espère qu’on pourra avoir plus d’éclaircissements de la part du coach.» Saâdane a dit et savait sûrement la portée des ripostes qui ne se feront pas attendre. À l’exemple de Hamada, fils de Samir Zaher (président de la Fédération égyptienne à l’époque et aujourd’hui décédé), qui répond avec un gros point d’interrogation. Étonnement en trouvant la sortie de Saâdane totalement dénuée de fondement. Avec des mots justes, en s’arrêtant aux deux seuls responsables des deux fédérations (point de référence à une quelconque immixtion politique), en déclarant, avec des propos à la mesure d’accusations qu’il trouve étranges. On lit : «Accord entre Raouraoua et mon père ? Apparemment Saâdane a vieilli, c’est un vrai délire. C’était un match important pour l’Égypte. Un match de revanche. Il n’y a eu aucun accord. La personnalité des joueurs algériens (merci pour le respect et Yahia et ses camarades ne devraient qu’apprécier, ndlr) ne cautionnerait pas un tel accord. C’est de la pure démence.». La conclusion, c’est un membre du staff technique égyptien qui l’apporte en revenant sur les péripéties d’une confrontation qui revient aux devants de la scène par la lucarne de supputations laissant pantois. Il dira en substance, sûr de ses précisions, en assurant «n’avoir conclu aucun accord avec eux (ndlr, Algériens). C’est un pur mensonge. La preuve, si on s’était mis d’accord avec eux, comme le prétend Saâdane, on les aurait battus par un ou 2 buts. Je me souviens bien de ce match, l’Algérie a joué avec une grande agressivité, et le résultat : expulsion de 3 de ses joueurs. Je ne vois pas où sont ces buts qui ont dérangé leur sélectionneur». Qui dit vrai, qui déforme la réalité ? À Saâdane d’aller au fond de sa pensée en libérant une fois pour toutes sa conscience ou de se taire pour de bon. Le mal étant fait, force est de reconnaître (sauf rebondissements et preuves tangibles) que la thèse défendue par nos amis égyptiens est la plus proche de la réalité. La plus plausible. En attendant, du côté algérien (l’actuel président de la Faf, Zetchi, qui marque au passage son étonnement, ne veut pas, et il a raison, se mouiller sur un sujet qu’il ne maitrise pas, à charge, encore une fois, pour Saâdane d’apporter la preuve de ses dires et d’éclairer l’opinion alors que notre football, en crise, est frappé de plein fouet par une série d’affaires dont il faudra faire toute la lumière), on croise les doigts. Et on sait pourquoi. Ça craint sérieusement pour tout dire. Il y aura des suites mais pas une fin proche. Des remous en perspective. Aussi sûrement que ni la Caf, et encore moins la Fifa, aux aguets, ne se laisseront conter. Merci Saâdane pour le service rendu. Merci de nous apprendre que tout n’est pas beau. Même dans nos exploits.
A. A.