Le Makhzen a sûrement piqué une grosse colère après les révélations des deux enquêteurs Ronen Bergman et Stephen Smith, dont l’enquête « Affaire Ben Barka : la fin des secrets », a reçu le mardi 16 juin dernier à Paris, le prix Jean Daniel.
Plus de soixante ans après la disparition du leader et opposant marocain Mehdi ben Barka, dont la dépouille n’a jamais été retrouvée, le secret est levé sur cette sombre affaire fomentée, selon les révélations des deux enquêteurs, par le Mossad, Hassan II et des officines gaullistes. L’enquête revient sur les derniers instants avant la disparition de Mehdi ben Barka. « Le 29 octobre 1965, alors qu’il se rendait à un rendez-vous à la brasserie Lipp à Paris, il est enlevé pour ne plus jamais réapparaitre ». Son corps ne sera jamais retrouvé. Depuis plus de soixante années d’une enquête judiciaire qui n’est toujours pas terminée, l’implication des pouvoirs politiques marocain et français ainsi que des services secrets israéliens dans cet assassinat est aujourd’hui établie grâce au travail des deux enquêteurs. Dans ce contexte, il faut rappeler que Mehdi Ben Barka a été président de l’Assemblée consultative du Maroc de 1956 à 1959. Il avait initié de nombreuses mobilisations populaires visant à améliorer les infrastructures et à lutter pour l’alphabétisation de la population marocaine. Au gouvernement, avec des ministres qui lui étaient proches, comme Abderrahim Bouabid (ministre de l’Économie, puis de l’Agriculture et vice-président du Conseil en 1958), il avait tenté de mettre en place une planification de l’économie et défendre une réforme agraire. Ben Barka disait à cette époque : « il ne s’agit pas pour nous de faire cesser seulement l’exploitation de la période du protectorat, mais aussi l’exploitation qui a pu exister de l’homme marocain par l’homme marocain ». Ces projets se heurtent à l’hostilité des grands propriétaires terriens et de la famille royale. En novembre 1959 il a créé un nouveau parti qui s‘oppose frontalement aux positions défendues par la famille royale. Son nouveau parti UNFP (L’Union nationale des forces populaires) milite notamment pour le départ des forces étrangères (des troupes françaises étaient toujours présentes en territoire marocain avec l’accord du roi), une réforme agraire en faveur des petits paysans et pour le soutien à la révolution algérienne. Et c’est ce qui va pousser le roi à s’allier à De Gaule et le Mossad pour échafauder un plan visant à l’élimination de cet opposant. Pour fuir la répression qui s’était abattu sur lui et sur ses partisans, il a choisi l’exil en s’installant à Paris. Le 29 octobre 1965, Ben Barka est arrivé à Orly à 9 h du matin. Il a retrouvé en fin de matinée un étudiant marocain de vingt-huit ans nommé Thami El-Azemouri et son épouse dans un café des Champs-Élysées. Vers midi, le leader marocain et l’étudiant se font déposer par un taxi à Saint-Germain. À 12 h 30, Ben Barka est interpellé sur le trottoir devant le cinéma qui jouxte le drugstore Publicis par deux hommes qui présentent des cartes de police. Ils laissent partir El-Azemouri et font monter le leader marocain dans une Peugeot 403 banalisée qui disparaît dans la circulation. Dès lors, Ben Barka ne sera plus jamais revu. Le Makhzen et malgré les nombreux indices qui impliquent les services du Mossad et ceux du Maroc, a toujours tenté de favoriser la piste de la disparition volontaire de l’opposant en affirmant tantôt qu’il avait changé d’identité pour s’installer en Tchécoslovaquie. On lui prête même une collaboration avec les services secrets de ce pays, ou dans l’ex-URSS. Parfaite illustration du « journalisme littéraire » cultivé par Jean Daniel (1920-2020), journaliste écrivain et cofondateur du « Nouvel Obs », « l’Affaire Ben Barka » allie excellence de l’enquête et soin de l’écriture. « Quand je suis arrivé en France, il y a vingt-trois ans, je ne connaissais pas le français. Je suis donc plutôt satisfait du résultat », a ironisé l’Américain Stephen Smith. L’ex-grand reporter de « Libération » a rendu hommage à son coauteur Ronen Bergman, journaliste d’investigation au « New York Times » et au « Yediot Aharonot », et prix Pulitzer 2024 : « Il a fallu déchiffrer des centaines de notes inédites des services secrets israéliens qui commençaient à s’effacer. Et mon hébreu n’existe pas !». Au Maroc, cette enquête risque d’ébranler les fondements de la royauté, car elle constitue un élément de plus dans le dossier d’accusation contre le Makhzen désigné du doigt par la famille de l’opposant assassiné, par d’anciens collaborateurs des services secrets israéliens, français et marocains et par des politiciens qui étaient proches de la droite Gaulliste de l’époque. Elle vient dévoiler au grand jour, la nature criminelle de la famille royale qui s’est fourvoyé avec le sionisme international au point de lui céder la souveraineté du pays par un acte de soumission appelé normalisation et la nature servile du Makhzen prêt à satisfaire toutes les lubies de M6 et sa fratrie.
Slimane B.













































