Le secrétaire général de la résistance libanaise, Naïm Qassem, a affirmé hier qu’il n’existait « ni ligne jaune ni zone tampon » au Liban et qu’aucune ne serait acceptée, dans un contexte d’escalade militaire continue au sud du pays. Dans une déclaration approfondie, il a également estimé que toute négociation directe avec Israël constituerait « un service rendu » au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou ainsi qu’à l’ancien président américain Donald Trump. Selon lui, la situation actuelle ne peut être assimilée à un cessez-le-feu. « Il n’y a pas d’arrêt des hostilités au Liban, mais une agression israélo-américaine continue », a-t-il déclaré, dénonçant une intensification des frappes visant des civils, des villages et des infrastructures. Il a évoqué des bombardements ayant causé la mort de femmes, d’enfants et de personnes âgées, qualifiant cette phase de « critique » pour l’avenir du Liban et de l’ensemble de la région.
Dans son analyse, Naïm Qassem a décrit une conjoncture régionale particulièrement tendue, où les équilibres géopolitiques sont remis en question. Il a accusé Israël, avec le soutien des États-Unis et d’autres puissances, de chercher à imposer une nouvelle réalité par la force. Selon lui, cette stratégie vise à « confisquer les droits, occuper la terre et façonner l’avenir par la contrainte ». Face à cela, la résistance libanaise se présente, selon ses propos, comme un acteur déterminé à « libérer le territoire et défendre une cause juste ». Il a insisté sur le fait que, malgré les moyens militaires considérables mobilisés contre elle, cette résistance parvient à empêcher son adversaire d’atteindre ses objectifs stratégiques. Il a également souligné que la fermeté et la persévérance constituent des éléments clés pour l’avenir du Liban. « C’est la constance qui permettra de construire un avenir digne, fondé sur la souveraineté et l’indépendance », a-t-il affirmé.
Violations répétées des accords
Le dirigeant a longuement évoqué l’accord du 27 novembre 2024, affirmant que le Liban avait respecté ses engagements pendant quinze mois, notamment à travers le déploiement de l’armée au sud du fleuve Litani. En revanche, il a accusé Israël de ne pas avoir appliqué une seule des clauses prévues. Il a évoqué « plus de dix mille violations », faisant état de quelque 500 civils tués, de centaines de blessés, ainsi que de destructions massives d’habitations et d’infrastructures. Des milliers de personnes auraient également été contraintes de quitter leurs villages.
Selon lui, ces actions s’inscrivent dans une volonté d’imposer un fait accompli sur le terrain, tout en poursuivant un objectif plus large lié à ce qu’il a qualifié de projet d’« expansion ».
Toutefois, il a estimé que cette stratégie était vouée à l’échec, affirmant que « même avec le soutien des plus grandes puissances, l’ennemi ne parviendra pas à ses fins ». Sur le plan opérationnel, Naïm Qassem a expliqué que la résistance libanaise avait adapté ses méthodes de combat en fonction des évolutions du terrain. Il a mis en avant une approche fondée sur la mobilité, la flexibilité et l’effet de surprise. Selon lui, les combattants ne sont pas liés à une zone géographique précise, mais interviennent depuis différentes régions du pays, en utilisant des tactiques de harcèlement visant à infliger un maximum de pertes aux forces adverses. Cette stratégie repose notamment sur des opérations rapides destinées à empêcher toute installation durable des forces israéliennes dans les zones contestées. Il a insisté sur le fait que cette approche rend obsolète toute tentative d’imposer une ligne de séparation ou une zone tampon. « Il n’y a pas de ligne jaune, et il n’y en aura pas », a-t-il martelé.
Appel à l’unité nationale
Au-delà de la dimension militaire, le responsable a mis l’accent sur l’importance de l’unité interne. Il a appelé les différentes forces politiques et sociales à éviter toute division susceptible d’affaiblir le pays face aux défis actuels. Sans demander une adhésion totale à la ligne de la résistance libanaise, il a exhorté à ne pas « servir les intérêts de l’adversaire » en cette période sensible.
Il a également salué ce qu’il a décrit comme un « soutien populaire » et un « engagement collectif » face à la crise. Il a insisté sur le rôle de l’État, estimant que les autorités libanaises doivent œuvrer à renforcer la souveraineté nationale, assurer la sécurité des citoyens et répondre aux défis économiques et sociaux. Il a appelé à une application non sélective de l’accord de Taëf et au respect des principes constitutionnels.
Dans son intervention, Naïm Qassem a identifié quatre facteurs susceptibles d’aider le Liban à traverser cette période difficile : la poursuite de la résistance, le renforcement du consensus interne, l’exploitation des dynamiques internationales, notamment l’accord irano-américain, et enfin tout effort régional ou international visant à exercer une pression sur l’entité sioniste. Il a souligné que ces éléments doivent être mobilisés de manière complémentaire afin de créer les conditions d’une issue favorable.
Rejet des négociations directes
Abordant la question des négociations, il a exprimé son soutien à une diplomatie indirecte, qu’il considère comme plus efficace dans le contexte actuel. Il a cité comme exemple l’accord de délimitation maritime, qui aurait permis d’obtenir des résultats concrets tout en préservant les intérêts du Liban. En revanche, il a rejeté toute perspective de négociation directe avec Israël, la qualifiant de « concession gratuite sans contrepartie ». Selon lui, une telle démarche servirait avant tout les intérêts politiques de Benjamin Netanyahou, en lui permettant de présenter une image de victoire, ainsi que ceux de Donald Trump, notamment dans un contexte électoral.
Position iranienne et bilan humain en hausse
De son côté, le porte-parole de la commission de la sécurité nationale et de la politique étrangère du Parlement iranien, Ebrahim Rezaei, a affirmé, après une réunion avec le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi, que l’Iran soutenait un cessez-le-feu au Liban tout en se déclarant « prêt à tous les scénarios ». Par ailleurs, selon le ministère libanais de la Santé, le bilan humain continue de s’alourdir, passant de 2 576 morts le 30 avril à 2 679 le 3 mai, illustrant la poursuite des frappes et l’intensité des affrontements. Dans ce contexte tendu, les perspectives d’apaisement restent incertaines, tandis que les appels à l’unité interne et à une solution diplomatique indirecte se multiplient.
M.S.















































