Face à la raréfaction de l’eau et à la pression climatique croissante, l’Algérie, la Libye et la Tunisie franchissent un cap décisif. Réunis mercredi dernier à Tripoli, les trois pays ont posé les bases d’une gouvernance commune pour préserver une ressource aussi précieuse que fragile : les eaux souterraines du Sahara septentrional. Réunis le 29 avril à Tripoli, l’Algérie (représentée par notre ambassadeur Abdelkrim Rekaibi à Tripoli, ndlr), la Libye et la Tunisie ont officialisé la création d’un mécanisme permanent de concertation. Cette initiative s’inscrit dans la continuité de l’accord politique conclu en avril 2024 entre les dirigeants des trois pays. L’objectif est clair : instaurer une gestion coordonnée et durable d’une ressource transfrontalière stratégique. Le système aquifère du Sahara septentrional représente l’une des plus grandes réserves d’eau souterraine au monde. Il renferme plus de 40 000 milliards de mètres cubes d’eau fossile. Cette ressource est répartie à hauteur de 62 % en Algérie, 30 % en Libye et 8 % en Tunisie. Toutefois, son caractère fossile signifie qu’elle se renouvelle très lentement, ce qui rend son exploitation particulièrement sensible. Dans la « Déclaration de Tripoli », les trois pays ont insisté sur la nécessité d’une exploitation « rationnelle et équitable ». Ils ont également souligné l’importance du partage des données et du renforcement de la coopération technique. Ce cadre vise à prévenir les risques liés à la surexploitation et à la pollution, deux menaces majeures pour la pérennité de ces réserves.
Un mécanisme pour encadrer l’exploitation
Le nouvel organe de concertation reposera sur un suivi scientifique rigoureux. Des modèles mathématiques seront utilisés pour définir des quotas d’exploitation pour chaque pays. Les niveaux des nappes seront surveillés en continu, tout comme les risques environnementaux. La gestion sera assurée de manière conjointe, avec une présidence tournante actuellement confiée à l’Algérie pour une durée de trois ans. Cette coordination intervient dans un contexte régional marqué par une demande croissante en eau. Le changement climatique accentue la pression sur les ressources hydriques, notamment en Afrique du Nord. Les responsables libyens et tunisiens ont d’ailleurs insisté sur l’impact direct de cette situation sur la sécurité alimentaire et le développement économique. En Algérie, les eaux souterraines jouent déjà un rôle central. Elles couvrent une grande partie des besoins en eau, notamment dans les régions sahariennes. Des zones comme le Gourara-Touat ou Biskra ont développé une agriculture intensive grâce à ces ressources. À l’échelle nationale, les eaux souterraines représentent une part importante de la consommation, en particulier dans le sud du pays. La Libye, de son côté, dépend fortement de ces réserves. Plus de 60 % de ses besoins en eau proviennent de la Grande rivière artificielle, un projet majeur qui transporte l’eau fossile du sud vers les zones côtières. Dans ce contexte, une gestion concertée devient indispensable pour éviter les déséquilibres et préserver cette ressource vitale. En adoptant ce mécanisme, les trois pays voisins envoient un signal fort. Ils reconnaissent que la gestion des ressources naturelles ne peut plus être isolée, mais doit être collective et anticipée. Reste désormais à traduire cet engagement en actions concrètes et durables.
M. A. T.
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