À Midrand, en Afrique du Sud, la session extraordinaire du Parlement panafricain (PAP), tenue du 28 au 30 avril 2026, n’a pas seulement redistribué des postes institutionnels. Elle a surtout révélé un basculement politique majeur au sein de l’Union africaine. Pour Rabat, l’épisode s’est transformé en séquence d’isolement diplomatique, marquée par une série de défaites symboliques et politiques face à ses voisins nord-africains et, surtout, face à la représentation sahraouie.
Le fait politique majeur de cette session demeure l’élection du candidat algérien, le Dr Fateh Boutbig, à la présidence du Parlement panafricain avec 119 voix sur 152, consacrant une victoire nette et incontestable. Son mandat, qui s’étendra jusqu’en 2029, dépasse le cadre d’un simple succès électoral. Il traduit la confiance accordée par les États africains à l’Algérie et confirme le poids diplomatique d’Alger au sein des institutions continentales. Dans sa première déclaration après son élection, le nouveau président du PAP a évoqué « une victoire d’une volonté africaine unie », soulignant que le continent exprimait par ce vote son attachement à l’unité et à la souveraineté africaine. « Il ne peut y avoir d’Afrique forte sans prendre en considération l’Afrique du Nord, ce pont civilisationnel et stratégique reliant le continent à son environnement méditerranéen et mondial », a-t-il affirmé, insistant sur le rôle moteur que peuvent jouer les pays nord-africains dans l’intégration politique et économique du continent.
Boutbig a également rappelé que « l’Algérie continue de jouer un rôle central dans le soutien aux causes africaines, la promotion de la paix et la consécration du principe des solutions africaines aux problèmes africains ». Une déclaration qui s’inscrit dans la continuité de la diplomatie algérienne menée sous l’impulsion du président Abdelmadjid Tebboune, dont l’action internationale renforce progressivement la position d’Alger comme acteur central de stabilité en Afrique.
Face à cette dynamique, la stratégie marocaine s’est heurtée à une réalité politique difficile. Rabat avait présenté comme candidat Lahcen Haddad, ancien ministre du Tourisme et vice-président de la Chambre des conseillers, sans parvenir à convaincre les délégations africaines. Le scrutin a ainsi mis en évidence les limites d’une influence diplomatique marocaine de plus en plus contestée au sein de l’Union africaine.
Pressions et manœuvres dans les coulisses
Selon plusieurs sources parlementaires présentes à Midrand, la délégation marocaine aurait tenté d’influer sur le déroulement du processus électoral. Conduite par Lahcen Haddad, elle aurait multiplié les démarches de pression lors des réunions du groupe régional de l’Afrique du Nord chargé de désigner le candidat unique à la présidence du Parlement panafricain. Des tentatives d’adhésion de dernière minute, des interventions répétées auprès du secrétariat de l’institution et des perturbations durant les délibérations ont été signalées. La tension aurait atteint un niveau tel que l’intervention des services de sécurité s’est révélée nécessaire afin de permettre la poursuite normale des travaux parlementaires. Ces pratiques, jugées inhabituelles par plusieurs délégations africaines, ont contribué à accentuer l’isolement politique du Maroc. Loin d’inverser le rapport de forces, elles ont renforcé la détermination des parlementaires africains à privilégier une élection transparente et consensuelle, aboutissant finalement à la victoire écrasante du candidat algérien.
La victoire sahraouie, symbole politique majeur
Cependant, le moment le plus révélateur de la session reste l’élection du rapporteur du bureau régional de l’Afrique du Nord. Après avoir échoué à la présidence du Parlement panafricain et vu la Tunisie décrocher la présidence du bureau régional ainsi que la Mauritanie plusieurs postes clés, la délégation marocaine a tenté d’obtenir ce siège stratégique. Pour y parvenir, Rabat a accepté une confrontation directe avec un candidat de la République arabe sahraouie démocratique (RASD), rompant avec sa politique traditionnelle de non-interaction avec les représentants sahraouis. Ce choix a provoqué la surprise générale parmi les parlementaires africains.
Le verdict des urnes a été sans appel : le candidat sahraoui s’est imposé clairement face au représentant marocain, remportant le poste de rapporteur par une large majorité. Cette victoire sahraouie a constitué l’un des moments politiques les plus marquants de la session.
Au-delà du poste lui-même, le vote a envoyé un signal continental fort. En battant directement le candidat marocain, la représentation sahraouie a consolidé sa légitimité institutionnelle au sein de l’Union africaine.
Plusieurs observateurs y voient une reconnaissance politique implicite, le Maroc ayant lui-même accepté la compétition électorale avec un représentant qu’il refuse pourtant de reconnaître sur le plan diplomatique. Cette défaite a laissé la délégation marocaine sans représentation au sein du bureau nord-africain, illustrant une série d’échecs successifs : face à l’Algérie pour la présidence du PAP, face à la Tunisie et à la Mauritanie pour les postes régionaux, puis face à la RASD pour le rapportariat.
Le Maroc reconnaît, malgré lui, le Sahara occidental
La session de Midrand a ainsi mis en lumière une contradiction politique profonde. Alors que Rabat prétend que son plan d’autonomie bénéficie d’un soutien international, les votes africains ont démontré une réalité différente au sein des institutions continentales. Le Maroc continue de siéger aux côtés de la RASD au sein de l’Union africaine et participe aux mécanismes institutionnels communs, tout en négociant sous l’égide des Nations unies avec les représentants du Front Polisario. À Midrand, cette coexistence institutionnelle s’est transformée en désaveu politique lorsque les parlementaires africains ont accordé leur confiance au candidat sahraoui. L’ensemble du processus électoral — depuis les consultations régionales où Boutbig s’était déjà imposé par 19 voix contre 4 pour ses concurrents — jusqu’au vote final, a confirmé le basculement du rapport de forces diplomatique en Afrique du Nord et au sein du continent.
À Midrand, le Maroc n’a pas seulement perdu des postes institutionnels : il a vu son influence contestée et sa crédibilité fragilisée par les urnes africaines elles-mêmes, tandis que l’Algérie et la représentation sahraouie consolidaient leur ancrage politique continental. Ainsi la session du Parlement panafricain aura marqué un véritable moment de vérité politique, loin des stratégies d’influence et au plus près du consensus africain.
Mohamed Amine Toumiat











































