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L’ALGÉRIE ET LE VATICAN DÉLIVRENT UN MESSAGE FORT DANS UN MONDE MINÉ PAR DES CONFLITS : « Dialogue et coexistence »

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La visite historique du pape Léon XIV en Algérie aura jeté les jalons d’un monde nouveau bâti sur les valeurs de justice sociale, de paix, de liberté, de dialogue et de coexistence.
Premier pape à mettre les pieds en Algérie, Léon XIV est arrivé, hier, à Alger, pour une visite officielle, à l’invitation du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, qui l’a accuilli à l’aéroport international d’Alger. Après avoir écouté les hymnes nationaux de l’Algérie et du Vatican, le président Tebboune et le pape Léon XIV ont passé en revue des détachements de différentes forces de l’Armée nationale populaire qui leur ont rendu les honneurs. La cérémonie d’accueil a été marquée par une charge de 21 coups de canon tirés en l’honneur du pape, qui a, ensuite, salué les hauts responsables de l’État venus l’accueillir. De son côté, le président Tebboune a salué la délégation accompagnant le Souverain pontife. Peu après, les deux parties ont eu des entretiens en tête à tête au salon d’honneur de l’aéroport.

« L’Algérie est forte de ses racines »
Deuxième point à l’ordre du jour de cette visite, le pape, comme le veut la tradition, s’est rendu à Maqam El-Chahid (Sanctuaire du Martyr), où il s’est recueilli à la mémoire des martyrs de la Guerre de libération nationale. Il a, ensuite, déposé une gerbe de fleurs devant la stèle commémorative et observé une minute de silence à la mémoire des martyrs du 1ᵉʳ novembre. Dans une allocution prononcée au pied des escaliers du monument emblématique, et devant les membres de délégations présentes sur l’esplanade de Riadh El-Feth pour l’accueillir, le pape prononce ses premiers mots repris par les médias du monde entier. Et quelle entame forte du discours ! « L’Algérie, forte de ses racines et de l’espoir de sa jeunesse, est capable de poursuivre sa contribution à la consécration de la stabilité et du dialogue au sein de la communauté internationale et sur les deux rives de la Méditerranée », mettant en exergue « le riche patrimoine que possède l’Algérie », lequel « a soutenu son cheminement dans les moments difficiles et continue d’orienter son avenir ». Prochaine étape, le Souverain pontife a eu droit à un accueil officiel au palais d’El Mouradia où il a été reçu par le président Tebboune. Un moment immortalisé par une séance photo devant les objectifs et les caméras des médias nationaux et étrangers. Léon XIV s’est rendu, par la suite, à l’imposant Djamâa El-Djazair (Grande mosquée d’Alger), à Mohamadia, où il a été accueilli par le président de la République.

« Digne porteur du flambeau des valeurs humaines et spirituelles »
Au niveau du Centre culturel du somptueux édifice religieux algérois, les deux dirigeants se sont exprimés devant un auditoire composé des hauts responsables de l’État, des membres de la délégation du Vatican, des représentants du corps diplomatique accrédité à Alger, ainsi que des médias nationaux et étrangers.  Le président Tebboune prend la parole pour affirmer d’emblée la disponibilité de l’Algérie à poursuivre la coopération avec le Vatican et ce, au service du dialogue et de la paix dans le monde. « Je réaffirme la disponibilité totale et inébranlable de l’Algérie à poursuivre sa coopération étroite avec le Vatican afin qu’ensemble, nous fassions prévaloir l’esprit de compréhension sur la division, le dialogue sur la confrontation, et la coexistence et la coopération sur l’hostilité et la discorde », a-t-il déclaré, ajoutant que « Sa Sainteté le Pape est le plus digne porteur du flambeau des valeurs humaines et spirituelles rassembleuses : celles de la liberté, du dialogue et de la coexistence pacifique », soulignant que « l’Algérie mesure pleinement le sens profond et la portée durable de ces valeurs authentiques, qui constituent l’âme même de son identité nationale. Elle reste résolument engagée à les soutenir et à les promouvoir dans tous les espaces régionaux auxquels elle appartient, et bien au-delà de ses espaces ». Le Président a également souligné que notre pays, tout au long de son histoire, « a été une terre d’harmonie, d’interaction authentique et de symbiose féconde, en offrant un refuge sûr aux opprimés, aux persécutés et aux démunis, en défendant sans relâche la dignité sacrée de l’être humain, et en se tenant fermement aux côtés de toutes les causes justes dans le monde, qu’elles soient en Afrique, en Asie, en Amérique latine ou même en Europe ». Pour le Président, « telles sont les valeurs rassembleuses dont nous partageons avec vous, Votre Sainteté, la foi en elles, l’attachement envers elles et l’engagement à œuvrer sans relâche afin qu’elles triomphent, tant au niveau régional qu’international : les valeurs de justice sociale, de paix, de liberté, de dialogue et de coexistence », a-t-il mentionné.

« Bienvenue en terre de saint Augustin »
Après avoir souhaité la bienvenue à Sa Sainteté sur la terre d’Algérie, « terre de civilisation millénaire, carrefour historique des cultures, et terre d’authenticité profonde et d’ouverture enrichissante et constructive », le Président a considéré que « la présence, aujourd’hui, de Sa Sainteté le Pape parmi nous constitue un jalon historique majeur », rappelant que cette visite « est la première d’un Pape du Vatican en Algérie depuis son indépendance, ce qui lui confère une résonance unique et profondément symbolique ». S’adressant au convive de l’Algérie, le Président a déclaré : « Dans son essence même, votre visite incarne tant d’aspirations et tant d’ambitions qui nous unissent. L’Algérie est cette terre généreuse qui a donné naissance à saint Augustin, votre père spirituel et l’un des esprits les plus lumineux de l’histoire de la pensée humaine. Natif de Thagaste, l’actuelle Souk Ahras, et évêque d’Hippone, aujourd’hui Annaba, il demeure un fils authentique de cette terre, après avoir été son premier berceau, a fièrement accueilli sa première demeure éternelle ».

De saint Augustin à l’Émir Abdelkader…
Poursuivant, il a exprimé la fierté de l’Algérie pour l’héritage impérissable de saint Augustin, en tant que « chapitre indissociable et profondément enraciné de notre histoire plurimillénaire, comme elle est tout aussi fière de l’héritage visionnaire du fondateur de l’Algérie moderne, l’émir Abdelkader, un homme d’État, un homme de foi et un penseur éclairé qui a porté avec force les valeurs éternelles de tolérance, de dialogue et de coexistence ». Le Président a indiqué que « notre monde n’a jamais eu autant besoin de s’inspirer de l’héritage de ces deux phares resplendissants à partir de la terre algérienne, en cette époque marquée par une accélération des transformations, une multiplication des défis et un effritement progressif des repères moraux qui devraient guider l’humanité toute entière », relevant que « dans une conjoncture aussi délicate, la voix de Votre Sainteté revêt une résonance exceptionnelle et une autorité morale singulière. Elle incarne les plus hautes aspirations de notre humanité commune et transmet des messages spirituels d’une noblesse rare et d’une profondeur remarquable ». Il a ajouté à l’adresse du pape: « Vous êtes aujourd’hui, Votre Sainteté, l’un des plus ardents défenseurs de la justice sociale, à l’heure où le gouffre des inégalités économiques s’élargit dramatiquement à l’échelle mondiale, particulièrement entre le Nord et le Sud, et au moment où les disparités de développement se creusent davantage, tant entre les nations qu’au sein même des sociétés. » Dans cette optique, il a souligné que notre pays « demeure parmi les nations les plus profondément et durablement attachées à la justice sociale. C’est au nom de cet idéal qu’elle a mené sa guerre de libération », rappelant que, depuis son indépendance, « l’Algérie en a fait un principe cardinal et inébranlable de sa marche vers le développement, une pierre angulaire de ses Constitutions successives, et le socle même sur lequel reposent toutes ses politiques nationales ».

« Votre position sur Ghaza est courageuse »
Pour le président de la République, « cet engagement profond résonne en parfaite harmonie avec votre noble et constant message en défense de tous ceux qui sont privés des moyens de vivre dans la dignité ». « Nous nous considérons comme vos partenaires fidèles et résolus dans la poursuite de cette noble mission », a-t-il dit. Le président de la République a indiqué, en outre, que le pape Léon XIV constitue aujourd’hui « la voix la plus convaincante de la paix dans le monde, à un temps où les conflits continuent d’ébranler la sécurité et la stabilité de nombreuses régions, au premier rang desquelles le Moyen-Orient ». « Nous puisons une profonde consolation dans votre position courageuse face à la tragédie de Ghaza, face aux développements graves qui affectent la cause palestinienne dans son ensemble, et face aux nombreuses souffrances qui ont frappé la région du Golfe », a-t-il ajouté. Le président de la République a, enfin, déclaré : « En unissant notre voix à celle de Votre Sainteté et à celle de toutes les consciences éveillées du monde, nous appelons à ce que justice soit rendue au peuple palestinien : qu’il puisse recevoir sans entrave l’aide humanitaire qui lui est destinée, que cessent les crimes systématiques commis à son encontre, et que son droit inaliénable à l’établissement d’un État indépendant et souverain soit consacré ». « Notre voix se joint à la vôtre pour plaider en faveur d’une sécurité et d’une paix durables dans la région du Golfe, et pour que le Liban surmonte les épreuves injustes qu’il continue d’endurer », a-t-il conclu.

« Le noble peuple algérien »
Lui emboitant le pas, le pape a affirmé, dans son allocution, que le peuple algérien n’a jamais cédé aux épreuves, car étant profondément enraciné dans les valeurs de solidarité, d’acceptation de l’autre et d’esprit collectif, louant son hospitalité et sa grande générosité. Le Souverain pontife a indiqué être venu « avec un vif enthousiasme à la rencontre du noble peuple algérien », soulignant que « son profond sens religieux est le secret de la culture de rencontre et de réconciliation dans un monde marqué par les conflits et les malentendus », indiquant, à cette occasion, être venu « en témoin de paix et d’espérance, auxquelles le monde aspire profondément et pour lesquelles le peuple algérien a toujours œuvré, lui qui n’a jamais cédé aux épreuves, car enraciné dans les valeurs de solidarité, d’acceptation de l’autre et d’esprit collectif, tissées dans le quotidien de millions de personnes humbles et bienveillantes, des personnes fortes et tournées vers l’avenir, celles que ni la force, ni la richesse n’aveuglent et qui ne sacrifient pas la dignité de leurs compatriotes pour des intérêts personnels ou ceux d’un groupe ». Dans ce sens, Léon XIV a rappelé que le peuple algérien « a montré, à maintes reprises, sa grande générosité », laquelle se manifeste à travers « le sens de l’hospitalité profondément enracinée, considéré comme une valeur sociale fondamentale ». « Les évènements historiques tragiques survenus par le passé ont doté l’Algérie d’une vision profonde et perspicace des équilibres mondiaux, la rendant solidaire avec les souffrances de nombreux pays, proches comme lointains », a souligné le Souverain pontife.

« Le Vatican entend contribuer au bien commun en Algérie »
Il s’agit là, selon lui, « d’une expérience en mesure de contribuer à promouvoir davantage de justice entre les peuples » et de faire de l’Algérie « un acteur clé d’un nouveau cours de l’histoire, non fondé sur l’aggravation des incompréhensions et des conflits, mais sur le respect de la dignité humaine, plus nécessaire que jamais face aux violations persistantes du droit international, et aux conflits à caractère néocolonial ». Il a rappelé que ses prédécesseurs « avaient clairement mesuré la portée historique de ce défi ». Le pape Benoît XVI considérait que « les processus de mondialisation, s’ils sont correctement compris et orientés, offrent une possibilité sans précédent de redistribution des richesses à l’échelle mondiale, mais que, mal dirigés, ils peuvent entraîner une aggravation de la pauvreté et des inégalités, voire déclencher une crise mondiale ». Dans cette optique, le Souverain pontife a affirmé que l’Église catholique « entend contribuer au bien commun en Algérie et renforcer sa propre identité en tant que passerelle entre le Nord et le Sud, entre l’Est et l’Ouest et entre la Méditerranée et le Sahara ». Le pape a insisté sur la nécessité de « prôner l’écoute, le dialogue et la confiance afin de voir dans l’autre un compagnon de route et non une menace », pour conclure son discours.
Farid Guellil

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