Hirak

48e VENDREDI DE MOBILISATION : Le Hirak ne décampe pas

Plusieurs milliers de manifestants ont répondu hier à l’appel à manifester pour le 48ème acte du Hirak dans plusieurs wilayas du pays, notamment dans la Capitale qui a vu un début de manifestation marquée par une série d’arrestations.

Vers 12H, rue Didouche Mourad (Alger), les premiers rassemblements qui ont commencé à se constituer ont été vite dispersés par les forces de police. Après les actes de répression, opérés vendredi et mardi derniers, l’appréhension d’une nouvelle vague d’arrestations parmi les manifestants a été vive chez les Hirakistes, dont beaucoup ont renoncé à ramener avec eux des enfants et personnes âgées comme d’habitude.
Le centre de la Capitale a été scrupuleusement quadrillé par les agents anti-émeute de la DGSN. La crainte et les inquiétudes ont été à tel point que la majorité des commerçants situés sur le parcours de la marche hebdomadaire ont préféré baisser rideaux. Les manifestants qui ont été sur place ont alors attendu jusqu’à la fin de la grande prière de vendredi afin d’être rejoints d’un grand nombre de marcheurs. Cependant, aux environs de 13H30, les policiers ont interpellé, à la rue Didouche Mourad, quatre personnes, dont une femme et sa fille – une trentenaire – arrivés de Béjaïa. L’émotion et la colère des autres manifestants ont été grandes. Ils se sont regroupés autour des locaux où ont été emmenés les manifestants arrêtés. La pression a fini par le relâchement de toutes les personnes arrêtées.
La marche s’est ébranlée ensuite. « Dawla Madanya Machi 3asskarya! », (Un État civil et non pas militaire !), « Makach Char3ya ! », (Il n’y a pas de légitimité [pour les élections présidentielles du 12/12), « Ya 3li 3ammar, Bladi F Danger. W Nkamlou Fiha La Bataille d’Alger ! », (Ô Ali Ammar [Ali la Pointe], mon pays est en danger!), « Nkamlou Fiha Ghir B Silmya! », (Nous poursuivrons notre mouvement pacifiquement !), « Cha3b T’harar, Howa I9arar. Dawla Madanya! », (Le peuple s’est libéré. Lui seul décidera : Un État civil !), sont les slogans qui ont fusé durant toute la marche par les manifestants. Ils ont dénoncé et crié également contre les arrestations policières opérées le matin et celles de mardi dernier : « Hagarine Talaba, Chyatine L3issaba! », (Les oppresseurs des étudiants !), « Ya Lil3ar, Ya lil3ar. 3assima Tahta Lhissar! », (Honte ! La Capitale assiégée !), pour marquer leur désapprobation devant un dispositif sécuritaire très renforcé alors que le Hirak a toujours su, pendant dix mois consécutifs, garder son esprit pacifique.
Pour ce 48ème acte du Mouvement populaire, les manifestants ont brandi les portraits de Didouche Mourad, martyr et leader de la Révolution nationale, pour lui rendre hommage au 65ème anniversaire de son assassinat, qui coïncidera avec la journée d’aujourd’hui. « Didouche Mourad, Allah Akbar! », ont répété les manifestants. Les Hirakistes ont réitéré leurs revendications, au lendemain des annonces du président Tebboune, qui a entamé récemment une série de consultations en vue d’un prochain amendement de la Constitution. « Jusqu’au bout ! », résume une pancarte soulevée par un manifestant. Les marcheurs ont insisté sur l’une de leurs principales revendications : « Libérez les détenus du Hirak ! ». Les portraits de l’étudiante Oggadi Nour El-Hoda, arrêtée lors d’une précédente manifestation des étudiants à Tlemcen, ont été brandis également. D’ailleurs, parmi les manifestants présents hier, figurent des détenus d’opinion relâchés récemment. « J’ai passé 4 mois à El-Harrach et je ne suis pas prêt à abandonner le combat », dit un détenu récemment libéré, un quadragénaire, à des manifestants venus le saluer.
Les noms des détenus politiques, à l’instar de Samir Belarbi, Karim Tabbou, Fodhil Boumala et autres, ont retenti parmi les manifestants. Sur le mur de la Fac centrale donnant sur l’avenue Audin, des dizaines de portraits de détenus d’opinion sont accrochés. La famille de Karim Tabbou et ses sympathisants ont formé un carré dans la marche, devancé par sa femme et ses enfants.
Des carrés ont été formés également par des chefs de partis politiques, issus essentiellement des forces du PAD, comme Ali Laskri (Présidium du FFS) et Mohcine Belabbas (président du RCD). Réagissant aux dernières mesures du président Tebboune sur la rédaction d’une nouvelle Constitution, les Hirakistes se sont montrés plutôt sceptiques : « Révision de la Constitution pour la reconstitution du système », a écrit un manifestant. Sur une autre pancarte, on lira : « La révolution se poursuivra. Ce peuple ne retournera jamais au passé », alors que le Hirak réclame que la nouvelle Constitution soit passée par «une Assemblée constituante». Le nouveau projet de loi criminalisant toutes sortes de discrimination, régionalisme, et haine, annoncé la semaine dernière, a été également fustigé : «Dans notre pays, il s’agit de légaliser la répression et la spoliation du peuple de son droit », lit-on sur une autre pancarte. Vers 16H, la mobilisation a gagné en force.
Hamid Mecheri