Un procès-test pour la justice

La cour de Sidi-M’Hamed a accepté le report du méga-procès qui devait se tenir lundi et dont le peuple attend impatiemment le verdict. Oui, méga-procès car nul n’a souvenance d’un procès réunissant autant de pontes d’un système, sous quelque latitude ou longitude que ce soit. Qu’on en juge : deux ex-Premiers ministres (Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal), quatre ministres (Abdeslam Bouchouareb, Youcef Yousfi, Mahdjoub Beda, Abdelghani Zaâlane), une ex-wali (Mounia Zerhouni) et trois des hommes d’affaires les plus puissants du pays (Ahmed Mazouz, patron du groupe éponyme, Mohamed Baïri, patron du groupe Ival, Hassan Larbaoui, patron de KIA Motors Algérie) et ce, pour des faits liés à la corruption et au financement de la campagne électorale pour un 5e mandat du Président déchu. Les prévenus qui attendent le jugement sont plus nombreux que ce premier groupe en attente de jugement.
Ainsi donc, le collectif des avocats a été unanime à estimer «impossible» la tenue d’«un procès dans la conjoncture actuelle», et sa demande de renvoi « dans un délai raisonnable» afin de «garantir les conditions d’un jugement juste et transparent» a été acceptée. La cour a décidé que deux jours étaient suffisants et a tranché pour aujourd’hui, mercredi, estimant, qu’on ne peut le reporter davantage, d’autant que le citoyen ne se contente plus du placement des prévenus sous mandat de dépôt. Il juge la justice selon la régularité des procès et la probité des verdicts.
«Il n’est pas question pour nous de bloquer le cours de la justice en demandant l’ajournement de ces procès », ont plaidé les avocats. Cependant, l’un d’eux, Me Abdelmadjid Sellini, a ajouté : « nous estimons que le contexte actuel ne permet pas de juger des affaires aussi importantes dans un climat de sérénitéx». Mais que signifie « contexte actuel » ? Ce terme n’est-il pas politique ? N’est-il pas contradictoire avec l’argumentation technique mise en avant par le collectif ? Nul ne le sait : attendons quelques heures encore pour être fixés.
Il est indéniable que dans tout procès «les conditions de sérénité et d’équité» doivent être réunies ; et celui-ci sera un test pour la crédibilité voire, pour l’avenir de la justice algérienne. Cependant, on ne peut réaliser «un procès juste et transparent» en le reportant indéfiniment car pour la justice le temps est précieux, d’autant que certains oligarques comptent sur ce paramètre pour qu’il n’y ait pas justice.

Par Ali El Hadj Tahar