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Sellal remet les pendules à l’heure

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Égal à lui-même, le Premier ministre n’est pas allé avec le dos de la cuillère, hier, pour apporter des réponses claires sur des questions qui font agiter la classe politique, ces derniers jours, notamment celles inhérentes au retour de l’ex-FIS, la dissolution de l’APN, le gaz de schiste, ainsi que le projet sur la transition démocratique que propose la CNLTD.

Pour le retour de l’ex-FIS donc, Abdelmalek Sellal écarte, d’emblée, cette éventualité, coupant, ainsi, l’herbe sous les pieds de tous ceux qui soulèvent avec insistance cette revendication. «Les personnes qui ont été conviées aux consultations sont invitées en tant que personnes, et non en tant que responsables de partis», a martelé le chef de l’Exécutif lors d’un point de presse animé à l’issue de ses réponses aux sénateurs sur le plan d’action du gouvernement. Le message est, bien entendu, transmis aux «nostalgiques» des années 90, à leur tête l’ancien émir de l’AIS (Armée islamique du salut), Madani Mezrag et l’ancien dirigeant du FIS, Hachemi Sahnouni qui, après avoir accepté l’invitation de Ahmed Ouyahia, ont dévoilé leurs objectifs qui se résument, rappelons-le, dans le retour de ce parti sur la scène politique, ainsi que l’amnistie générale. À ce propos, le Premier ministre a fait savoir que ce point ne figure pas dans l’agenda du gouvernement.
«On n’a jamais parlé d’amnistie générale !», a-t-il lancé à l’adresse des journalistes. Une manière, comme une autre, pour lui d’infirmer les rumeurs ayant évoqué cette éventualité. Voulant apporter plus de précisions, Sellal a expliqué que la décision de la levée de l’interdiction de sortie du territoire aux anciens dirigeants islamistes, s’inscrit dans le cadre de la lutte contre la bureaucratie. «Il a été constaté que plusieurs d’entre eux (les dirigeants islamistes, ndlr) trouvaient des difficultés pour sortir du territoire -notamment pour le hadj ou la omra- étant donné que leurs passeports comportent une mention les empêchant de sortir du territoire (…). C’est la raison pour laquelle le président de la République a donné des instructions fermes pour lever cette interdiction», a-t-il poursuivi. En termes plus clairs, le conférencier réfute l’idée selon laquelle la levée de l’interdiction en question serait un prélude pour d’autres actions dans le cadre de la Réconciliation nationale qu’il qualifie d’un «problème civilisationnel». «Il faut que chacun accepte l’autre, tout en évitant de toucher à sa liberté», a-t-il insisté. Comprendre : la page de la réconciliation sera, certes, tournée, mais elle ne sera pas, toutefois, déchirée.

Pas de dissolution de l’APN pour le moment
Le Premier ministre oppose un autre niet, quant aux voix qui s’élèvent pour exiger la dissolution de la Chambre basse du Parlement. «Jusqu’à présent, nous n’avons pas encore parlé de dissolution de l’APN», a répondu Sellal, en rappelant que cette décision relève des prérogatives du président de la République. Pour lui, la priorité est donnée, actuellement, au projet de la révision constitutionnelle. Il faut dire, dans ce sens, que la réponse du chef de l’Exécutif a de quoi réconforter et consoler les députés de l’ex-parti unique qui se sont dits récemment, via leur secrétaire général, Amar Saâdani, contre cette option. L’homme fort du FLN avait, en effet, rappelons-le, critiqué acerbement les parties qui ont plaidé pour l’organisation de législatives anticipées et la dissolution de l’Assemblée populaire nationale. L’ancien président de l’APN avait, lui aussi, souligné que cette décision relevait des «prérogatives du Président». Il convient de noter, pour rester toujours dans le même ordre d’idées, que la première Dame du PT, Louisa Hanoune, et le secrétaire général du Mouvement populaire algérien (MPA), Amara Benyounes, avaient insisté, auparavant, sur la nécessité, pour ne pas dire l’indispensabilité, de l’organisation de législatives anticipées. La première avait motivé sa demande par le fait que l’actuelle Assemblée était issue d’une «fraude massive» et le second avait justifié sa position par le nouveau découpage administratif qui poserait, selon ses dires, le problème de la représentativité, ainsi qu’»une révision profonde» de la Constitution. Cela étant, d’autres personnalités politiques, à l’instar du numéro deux du FJD (le Front de la justice et de développement, ndlr), Lakhdar Benkhellaf, ne sont pas allés par trente-six chemins pour dire que ceux qui soulèvent la revendication inhérente à l’organisation de législatives anticipées «veulent arracher des quotas supplémentaires au niveau de la Chambre basse du Parlement». Dans un entretien accordé au «Courrier d’Algérie», le député du parti de Djaballah avait soutenu que la tenue de ce scrutin sans la mise en place d’une commission indépendante qui sera chargée de la surveillance du processus électoral de bout en bout, ainsi que la révision du code électoral «n’aurait aucun sens».

L’exploitation du gaz de schiste, un faux problème
Autre point abordé par Abdelmalek Sellal : le gaz de schiste. Selon lui, la polémique suscitée, quant à l’exploitation de cette source d’énergie, représente un «faux problème». Le chef de l’Exécutif a, donc, laissé entendre que certaines parties font du bruit sur ce sujet pour faire croire à l’opinion publique que l’État ne pense pas à l’avenir de ses enfants. Tout en soulignant que la décision des autorités algériennes, dans ce sens, s’inscrit dans le cadre de la «stratégie énergétique internationale», le Premier ministre a rappelé que ce projet n’est pas pour demain. Il a aussi indiqué qu’un travail de sensibilisation sera mené pour expliquer aux citoyens que l’exploitation du gaz de schiste ne représente, en aucun cas, un problème. «Nous pensons à l’après-pétrole. Nous pensons aux générations futures», a-t-il encore enchaîné. Pour conforter ses propos, le conférencier fera remarquer que le nombre des postes d’emploi qu’un puits de gaz non conventionnel va créer sera dix fois plus que celui du gaz conventionnel. C’est dire, a-t-il dit, que notre vision s’inscrit dans le long terme. Continuant sur la même lancée, Abdelmalek Sellal a ajouté que des conventions seront signées entre le ministère de l’Énergie et celui de l’Enseignement supérieur pour former des cadres et les préparer pour ce projet.

«Mais pourquoi une transition ?»
S’agissant de la Conférence nationale pour la transition démocratique programmée par la Coordination nationale pour les libertés et la transition démocratique (CNLTD) pour l’après-midi d’hier au niveau de l’hôtel «Mazafran» de Zéralda, le chef de l’Exécutif a indiqué que «les initiateurs étaient libres de faire ce qu’ils voulaient». Cela étant, Abdelmalek Sellal ne s’est pas empêché de tacler ces derniers en laissant entendre qu’ils ne sont pas des hommes de dialogue.
«Demander l’amélioration de la qualité des services publics, oui ! Dialoguons, oui ! Mais, parler de transition, je ne vois pas l’intérêt», a-t-il poursuivi. Et de s’interroger : «À quoi bon de parler de transition ?» Donnant l’air de ne pas «apprécier» la démarche de la CNLTD, le chef de l’Exécutif a par ailleurs souligné que le chef de l’État a été élu «démocratiquement par la majorité du peuple algérien», et ce, a-t-il dit, «avec la reconnaissance de toute la communauté internationale». Auparavant, dans ses réponses aux sénateurs, le Premier ministre avait décoché des flèches à l’encontre de ceux qui changeaient de camps en fonction des circonstances. Allusion faite à ceux qui accablent le pouvoir alors qu’ils en faisaient partie avant. «C’est un peu comme un employé d’une entreprise qui, après la retraite, critique cette dernière», avait-il ironisé.

«Pas d’Armée algérienne en dehors des frontières !»
Dans ses réponses aux questions des sénateurs, le chef de l’Exécutif a, sur un autre chapitre, démenti les informations relayées par certains organes de presse faisant état de la présence des éléments de l’ANP sur le sol libyen. «Soyez rassurés ! Aucun élément de l’ANP ne peut sortir de nos frontières», a-t-il affirmé. Et de poursuivre : «Il faut que vous sachiez aussi que nous n’allons laisser personne toucher à notre souveraineté !». «La non-ingérence dans les affaires internes des pays est un principe cher à notre pays, car nous savons bien ce que cela veut dire. Nous, qui avons fait la Révolution», a-t-il encore ajouté. «Nous pouvons aider nos voisins. Mais, nous ne pouvons jamais franchir les lignes rouges».

«Le nouveau découpage administratif ne posera pas problème»
Interrogé par un journaliste sur le nouveau découpage administratif et les problèmes que celui-ci peut engendrer, Abdelmalek Sellal a estimé que cela ne posera aucune contrainte. «J’ai vécu l’expérience (le découpage, ndlr) de 1971 et celle de 1984, donc je sais de quoi je parle», a-t-il indiqué. Toujours dans le même contexte, le Premier ministre a évoqué certaines wilayas qui seront concernées par ce nouveau découpage, à l’instar de Ghardaïa, Ouargla et Tamanrasset pour ne citer que celles-là.
Soufiane Dadi

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