FFS-RCD

RENCONTRE ENTRE LE FFS ET LE RCD : Un événement «historique» sur fond de polémique

Mardi dernier, les dirigeants des deux formations, le (FFS et le RCD) se sont rencontrées. Un premier contact de rapprochement qualifié d’«historique», organisé au siège du parti de Mohcine Belabbas, pour «des concertations bilatérales». Ces deux partis, considérés pendant longtemps comme des «frères-ennemis » en politique, sont-ils en train d’ouvrir une nouvelle page dans leur histoire commune ?
Malgré le fait qu’ils partagent les mêmes combats démocratiques et identitaires, les relations entre le FFS et le RCD ont été marquées – dès la fondation de ce dernier, en 1989 – par des désaccords politiques, d’apparence passionnels, étalés sur la scène publique. Passons les rivalités partisanes et/ ou électorales propres à tout parti politique qui cherche le pouvoir. On se rappelle des rencontres à chaque fois avortées entre feu Hocine Aït Ahmed et le docteur Saïd Sadi. Mais, l’éclatement du Mouvement populaire du 22 février, qui a emporté sur sa route, le cinquième mandat de Bouteflika et jeté en pâture les hommes de son règne – ciblés par des poursuites judiciaires pour délits de corruption et de détournement de fonds publics – semble, plus que jamais, faciliter la tâche. La rencontre entre les deux formations politiques a été marquée, côté FFS, par une délégation de son Bureau politique, composée de Dalila Taleb, Nora Mahiout et Nabil Aït Ahmed et conduite par le premier secrétaire national, Hakim Belahcel. Côté RCD, qui a accueilli cette rencontre à son siège à Alger, le président Mohcine Bellabas, Fettat Sadat, Ouamar Saoudi et Nassim Yassa. Objectif affiché officiellement par le FFS, initiateur de cette rencontre : « poursuivre ses rencontres engagées en perspective d’organiser une conférence nationale de dialogue et de concertation »sur « la situation politique dans le pays ainsi que les perspectives de transition démocratique et la construction d’un État de droit ». Il convient de souligner que cette rencontre, avec le RCD, suivie d’une polémique du côté du FFS qui vit une crise de «légitimité» interne, a été précédée par d’autres rencontres similaires, faites avec des personnalités politiques, syndicales et des représentants de la société civile.
Parmi ces parties; Lakhdar Bouragâa, Mustapha Bouchachi, Nacer Djabi, Nourdine Bouderba et également le Dr Ahmed Taleb Ibrahimi, Maître Ali-Yahia Abdenour, Maître Zoubida Assoul ainsi que des représentants de la direction nationale du Parti des travailleurs. Le FFS a aussi consulté des experts en économie comme Smaïl Lalmas et Farès Mesdour ainsi que des représentants de la Coordination des syndicats autonomes composée de 13 syndicats et une délégation du Collectif de la société civile. Dans cette entreprise, le FFS a même franchi un pas considérable. Au début de la semaine, Belahcel et le coordinateur du comité d’éthique du parti,Yekhlef Bouaïchi, ont reçu au siège fédéral FFS à Tizi-Ouzou, Djamel Zenati, l’une des figures qui ont incarné longtemps le parti, également directeur de campagne lors des présidentielles du 1999 du fondateur du FFS, feu Hocine Aït Ahmed, qui a quitté le parti suite à des désaccords politiques. Défendant l’essence de ces consultations, Hakim Belahcel a souligné, dans un entretien à El-Khabar, qu’« à travers cette initiative politique, nous voulions d’abord faire valoir le principe d’une conférence nationale de consultations, sans conditions, qui réunira toutes les sensibilités politiques, sociales, les personnalités nationales indépendantes ainsi que des représentants de Mouvement populaire ». Les consultations du FFS se poursuivront toujours afin « d’expliquer notre initiative politique et échanger des points de vue sur la situation politique actuelle », a fait savoir Belahcel. Donc le rapprochement entre le FFS et le RCD ou avec même ses anciens militants ne seraient que salutaire pour l’ensemble de la base des militants d’un parti qui n’en finit pas de se déchirer et de sombrer dans des crises internes. Il faut souligner aussi que les facteurs qui rassemblent aujourd’hui sont beaucoup plus que ceux qui divisent. Sur la scène politique, une autre initiative, dont les islamistes du FJD d’Abdellah Djabbalah, font la promotion, tente, elle aussi, de réunir l’opposition. Il s’agit des «Forces du changement pour le triomphe du choix du peuple», qui regroupent plusieurs personnalités et partis politiques, qui s’apprête à organiser une rencontre nationale élargie à d’autres forces politiques vers la fin de ce mois. S’agit-il de calculs tacticiens opérées par le FFS ? Le plus vieux parti de l’opposition veut-il faire un contre-poids au conglomérat du bloc de l’opposition ? L’aile opposée à la direction d’Ali Laskri et Hakim Belahcel au sein du FFS, quant à elle, affiche un pessimisme. «Le problème n’est pas de rencontrer le RCD. Le FFS avait même demandé à le rencontrer en 2014 et avait essuyé un refus. Il a rencontré presque tous les partis et personnalités. Le problème, mais aussi le piège, c’est d’en faire un évènement », a écrit Hassen Ferli, cadre radié du FFS qui fut aussi son secrétaire à la communication.
Hamid Mecheri