Tebboune entretien

RELATIONS ALGÉRO-FRANÇAISES : Tebboune crève l’abcès

Les relations entre l’Algérie et la France ont dominé l’interview accordée par le président Tebboune, au magazine hebdomadaire Le Point. Il a tiré au clair la position de notre pays vis-à-vis d’un certain nombre de dossiers bilatéraux. Le chef de l’État a tenu à faire l’éloge de la qualité des relations entre les deux pays depuis l’arrivée au pouvoir d’Emanuel Macron. Faisant une comparaison entre les initiatives des anciens présidents français et ce qu’a fait Macron (notamment pour le dossier de la mémoire), Tebboune a reconnu que « ce dernier a été le plus loin ». « Oui, on doit le rappeler et l’écrire, Macron a toute mon estime. C’est le plus éclairé d’entre tous. Les autres présidents avaient tous une histoire avec l’Algérie », a indiqué le président Tebboune, qui s’en est pris à ceux « qui en veulent à la politique de Macron envers l’Algérie, (lesquels) ne représentent qu’une infime minorité ». « Ils gardent des relais mais sont rejetés par l’opinion française en général, car la plupart des jeunes français d’aujourd’hui sont moins directement concernés par l’Histoire algérienne », a encore relevé le chef de l’État, estimant que si l’Algérie et la France « n’arrivent pas à jeter des passerelles solides entre les deux pays sous la présidence de Macron, cela ne se fera jamais et nos pays garderont toujours une haine mutuelle ».

Un partenariat gagnant-gagnant
Pour le président, les relations « ne se construisent pas de souverain à suzerain, mais d’égal à égal. Vous avez des intérêts que nous reconnaissons, que vous défendez, et nous avons des intérêts que nous devons défendre. Il faut sortir du mythe que les investisseurs français ont été malheureux en Algérie », a-t-il soutenu Exemples à l’appui, il a fait remarquer que les groupes français Renault, Legrand et Schneider ont prospéré en Algérie, alors que Lafarge et Knauf ont même exporté. BNP, SG, Natixis, Crédit agricole, Air France ont acquis des parts de marché aussi, a-t-il poursuivi en rappelant que plus de 450 PME françaises sont présentes en Algérie. « Je ne pense pas que le bilan soit aussi négatif », at-il commenté à propos du partenariat entre les deux pays Concernant le dossier de l’usine Peugeot en Algérie, le cher de l’État a indiqué qu’il est en cours de maturation. « Le mérite de Peugeot, c’est de ne pas avoir accepté de verser de pot-de-vin. Pour cette raison, nous avons beaucoup de respect pour ce partenaire », a-t-il déclaré. Seulement, l’usine projette une production de 76.000 véhicules/an alors que l’Algérie consomme un minimum de 350.000 véhicules par an, a fait constater Tebboune. Il a également rappelé que l’Algérie projetait d’augmenter le taux d’intégration afférent à cette industrie à 30-35%. Évoquant le partenariat entre les groupes Saidal et Sanofi Pasteur, il a noté qu’il est « en cours de concrétisation et que 80% de l’activité de Sanofi en Afrique est réalisée en Algérie », assurant « qu’il n’y a pas de contentieux avec cet associé ». Sinon, pour d’autres entreprises françaises, comme Suez ou la RATP, les partenariats « battent de l’aile », a-t-il reconnu. « Nous pourrions aller plus loin mais des lobbys français, très puissants, criminalisent pratiquement le fait de travailler avec l’Algérie. C’est une réalité et pas un complexe de persécution », a-t-il expliqué. Au sujet du report – décidé par Alger – du 5e Comité interministériel de haut niveau, Tebboune a déclaré que la réduction de la représentation française en est à l’origine. Composée de 10 membres du gouvernement, elle a été réduite à deux seulement pour travailler avec 10 ministres algériens. « La balle est dans le camp français pour organiser un autre rendez-vous », a-t-il dit.

« Reconnaissance totale de tous les crimes »
Le président a affirmé que les Algériens attendaient une « reconnaissance totale de tous les crimes » commis par la France coloniale, soulignant que le fait de « reconnaître ses crimes est une forme de repentance ». Il a fait remarquer que « tout cela ne concerne pas la génération du président Macron, ni celle de certains intellectuels français, qui sont irréprochables ». Il s’est demandé, toutefois, « pourquoi tient-on à la reconnaissance de ce qu’ont subi les Arméniens, les juifs, et ignore-t-on ce qui s’est passé en Algérie ». « Ce que nous voulons, c’est une mémoire apaisée, reconnue. Qu’on sorte de cette fable d’Algérie terra nullius où la colonisation aurait apporté la civilisation », a-t-il soutenu, ajoutant « ce n’est pas la France de Voltaire et des Lumières que l’on juge, c’est celle coloniale ». Pour Tebboune, une fois que le passif est réglé, il permettra « une amitié durable entre les deux nations » Entre réparations ou des compensations de la France concernant ses essais nucléaires effectués dans le Sud algérien, Tebboune a affirmé « nous respectons tellement nos morts que la compensation financière serait un rabaissement. Nous ne sommes pas un peuple mendiant, nous sommes un peuple fier et nous vénérons nos martyrs ». Il a demandé à la France de « nettoyer les sites des essais nucléaires car aujourd’hui encore, la contamination fait des victimes. Que la France soigne aussi les victimes des essais nucléaires en Algérie. Le monde s’est mobilisé pour Tchernobyl alors que ces essais qui ont eu lieu à ciel ouvert et à proximité des populations, provoquent peu de réactions », a-t-il tenu à rappeler.
Lyes Ayoub