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Oléiculture à Tizi Ouzou : Une wilaya engagée dans la restructuration de la filière

La wilaya de Tizi-Ouzou s’est engagée ces dernières années dans un processus de restructuration de la filière oléicole, visant à améliorer qualitativement et quantitativement la production en huile d’olive.

Région montagneuse à vocation arboriculture fruitière, Tizi-Ouzou offre un terroir idéal pour le développement de culture de l’olivier, a observé le Directeur local des services agricoles (DSA), Laïb Makhlouf, qui a tracé à son installation un plan d’action pour atteindre cet objectif en faisant participer à cette démarche l’ensemble des intervenants dont les professionnels, les organisations professionnelles, les instituts de formation agricole (ITAFV, ITMAS) et l’université. Pour la mise en place d’une stratégie de développement de cette filière, la DSA a organisé une série de réunions, clôturée par une journée technique sur la «Situation de la filière oléicole : contraintes et perspectives» tenue en juillet 2018 à l’Institut de technologie moyen agricole spécialisé en agriculture de montagne (ITMAS) de Boukhalfa, pour faire le diagnostic de la filière afin d’arrêter les points forts à valoriser et les erreurs dans le processus de production à corriger et ce, dans le perspective d’améliorer la production en huile d’olive ainsi que sa qualité, a indiqué à l’APS M. Laïb. Des recommandations ont été prises lors de cette journée et dont l’application sur le terrain a commencé à l’occasion de la saison 2018/2019. Le 2 mai dernier, une rencontre régionale sur le développement de la filière oléicole en Algérie qui a regroupé des spécialiste de la filière, qui a eu lieu à l’ITMAS, a été l’occasion de peaufiner le plan de promotion de l’oléiculture.
Ce Plan de développement de la filière oléicole s’articule autour de deux axes principaux pour améliorer la qualité de l’huile produite et augmenter la production. L’amélioration de la qualité de l’huile exige respect de certaines pratiques, notamment concernant la récolte (à la main au lieu du gaulage), la cueillette des fruits à temps lorsque la couleur des olives est verte tirant vers le violet, le stockage des fruits dans des caisses plutôt que de les entasser dans des sacs en plastique ou autres contenants pouvant causer le confinement et l’altération de la qualité des olives par des moisissures, et de les triturer dans les meilleurs délais idéalement 48h après la récolte. L’amélioration du rendement en olive passe par l’entretien des oliveraies, la pratique de la taille de fructification qui favorise l’augmentation de la production, l’extension des vergers par la réalisation de nouvelles plantations mais surtout par l’intensification du greffage d’oléastres, a indiqué le DSA qui a observé que «le greffage est une action à privilégier, car elle permet d’avoir des arbres robustes qui s’adaptent au terroir local».

Passer de 38 650 ha à 50 000 ha de superficie oléicole en 5 ans
L’augmentation de la superficie oléicole est un des objectifs du plan d’action de la DSA pour développer la filière oléicole à Tizi-Ouzou, une région oléicole par excellence de par son relief montagneux qui se prête à des plantations rustiques et qui recèle un savoir-faire, des potentialités, un parc huilerie et un nombre d’oléiculteurs importants. à ce titre, la DSA a prévu d’augmenter dans les 5 prochaines années la superficie du verger oléicole locale qui est actuellement de 38 650 ha, à 50 000 ha, a annoncé M. Labi. La chargée de la filière oléicole à la DSA, Hadji Samia, a observé que l’oliveraie de Tizi-Ouzou dominée par la variété Chamlal (qui occupe 90% de l’oliveraie de la wilaya), occupe 70 % de la superficie arboricole de la wilaya. Le nombre des exploitations oléicoles est de 39 181, avec une taille moyenne de moins de 2 ha/exploitation. Un objectif qui sera atteint grâce au programme de plantation et de greffage accordé à la wilaya par le Ministère de l’Agriculture, du développement rural et de la pêche, sur la base d’une demande des agriculteurs. Ce programme porte sur le greffage de 181 000 plants d’oléastres et la plantation de 340 000 oliviers. Ces deux opérations ont nécessité la mobilisation par les pouvoirs publics sur le «Fonds national de développement rural et d’appui aux éleveurs et aux petits exploitations agricoles», d’une enveloppe totale de 95,240 millions de DA, selon les chiffres communiqués par la DSA. En plus de l’augmentation de la superficie oléicole, il est aussi prévu d’améliorer le rendement en huile par olivier, a souligné M. Laib. Selon ce responsable, un olivier produit quatre litres d’huile. La wilaya de Tizi-Ouzou compte plus de 4 415 263 oliviers. «Si nous parvenons à augmenter le rendement d’un litre par arbre et obtenir 5 litre d’huile par olivier au lieu de quatre, nous obtiendrons 4 millions de litres d’huile supplémentaires. Ainsi, la production de la wilaya passera de 12/13 millions de litres d’huile/an, à 17 voire 18 millions de litres/an», a-t-il insisté. Cet objectif peut être réalisé par la pratique de la taille de fructification, l’entretien des vergers, la lutte contre les ravageurs, mais aussi en récoltant rapidement les fruits à la main pour ne pas abimer les bourgeons de la prochaine saison, a-t-il expliqué. Les instituts spécialisés tel que l’Institut technique de l’arboriculture fruitière et de la vigne (ITAFV) et l’ITMAS, l’université et les conseils interprofessionnels qui sont des partenaires de la DSA, seront mis à contribution dans cette démarche, a-t-il dit. La DSA ambitionne aussi de réduire à son minimum le phénomène de saisonnalité et ce, à long terme, grâce aux bonnes pratiques culturales et de récolte, un travail de sensibilisation et de formation de longue haleine pour inciter les oléiculteurs à changer certaines pratiques qui nuisent au rendement, ayant déjà été entamé. Selon Mme Hadji, ce phénomène d’alternance de la production caractéristique de l’olivier est un phénomène physiologique qui est accentué par plusieurs facteurs dont le manque d’entretien des vergers (fertilisation, taille, travaux du sol, traitements phytosanitaires et irrigation), l’utilisation du gaulage (destruction des jeunes pousses porteuses de la prochaine production), des conditions climatiques défavorables. L’ITMAS de Boukhalfa, considéré comme un acteur incontournable dans cette démarche, participe à cet effort en assurant régulièrement des formations en oléiculture sur plusieurs thématiques, a rappelé le directeur de cet établissement, Tamène Saïd. D’ailleurs, c’est en raison de son implication «effective» dans la promotion de l’agriculture et de la filière oléicole notamment que cet institut a été proposé par l’ITAFV pour abriter un laboratoire d’analyse et de certification de l’huile d’olive, a ajouté M. Tamène. Ce volet formation a été aussi une des principales préoccupations du Conseil interprofessionnel oléicole de Tizi-Ouzou, qui a créé en janvier dernier, cinq champs-écoles sur l’oléiculture ayant pour but l’amélioration de la production oléicole locale. Ces écoles-au-champs sont implantées dans les localités de Makoua, Béni Douala, Aziza, Boghei et Mâatkas. Il s’agit de sites de formation et de démonstrations régionaux au profit des agriculteurs qui pourront y apprendre les bonnes pratiques pour améliorer la rentabilité de leurs oliveraies et produire une huile de qualité. Ils sont animés par des spécialistes qui assurent des cours sur plusieurs thèmes dont la fertilisation, le labour, l’irrigation, la taille, le traitement phytosanitaire et la récolte, a expliqué le président de ce Conseil, Mourad Abdel. Le développement de la filière oléicole et notamment de la qualité de l’huile d’olive pour qu’elle soit aux normes défini par le Conseil oléicole international (COI) pour la production d’une huile vierge et extra vierge, permettra à l’huile algérienne de se placer sur le marché internationale, a observé Labi Makhloof. Dans cette perspective, la DSA a déposé auprès du ministère de tutelle, en décembre 2018, une demande de labellisation pour l’obtention du label d’Indice géographique (IG) de l’huile d’olive des Ath Ghovri sous la dénomination géographique «Achvali n’Ath Ghovri». Elle concerne l’huile produite dans une aire géographique englobant neuf (9) communes réparties sur les daïras de Bouzguène et d’Azazga et présentant un potentiel oléicole de 3 294 ha d’oliveraies, 41 huileries et une production annuelle moyenne de plus de 1,5 million de litres d’huile d’olive, a rappelé Mme Hadjih, membre de la commission de labellisation. Cette labellisation implique les producteurs (oléiculteurs et oléifacteurs) dans un processus de production d’une huile aux normes internationales à travers un cahier des charges définissant l’itinéraire technique de production, telles que la taille, la récolte qui doit se faire selon les normes pour obtenir une huile vierge ou extra vierge, la période de récolte qui doit se faire au stade véraison du fruit (vert-violet), le stockage dans des caisses, une trituration qui doit intervenir dans un délais idéal de 48h, le processus de trituration dont le malaxage qui doit se faire entre 30 et 45 minutes et à une température de 27 à 28 C , a-t-on appris de même source. Le Directeur local des services agricole, qui a rappelé que des exportations d’huile d’olive produite à Tizi-Ouzou ont déjà eu lieu à titre individuel, a souligné que l’organisation de la commercialisation pour aller vers l’exportation est le dernier maillon de ce plan de développement de la filière oléicole. Pour cela, il a insisté sur l’importance de la mise en place de coopératives qui vont acheter l’huile aux producteurs adhérents et assurer un suivi des pratiques de production.