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MME BENHABYLES SUR LE PARTENARIAT AVEC LA CROIX-ROUGE CHINOISE : « Le CRA espère bénéficier de l’expérience de la CRC »

La présidente du Croissant-Rouge algérien, Saïda Benhabylès, aborde dans cette deuxième et dernière partie du long entretien qu’elle nous a accordé, l’importance de l’accompagnement des actions du CRA en direction des personnes vulnérables par l’écoute et l’échange avec elles, les perspectives de partenariat avec le Croissant Rouge et la Croix-Rouge des pays du Sahel, ainsi que la qualité des relations entre le CRA et la Croix-Rouge Chinoise, que la présidente espère voir se hisser davantage, au regard des relations historiques entre l’Algérie et la Chine en matière d’échange d’expériences dans l’action humanitaire et le renforcement de ce partenariat, notamment par l’élaboration de projets à caractère humanitaire.

Entretien réalisé par Karima Bennour

2ère partie et fin

Le Courrier d’Algérie : Qu’en est-il de la coopération régionale du CRA. Entendre l’action de solidarité et humanitaire avec ses homologues des pays enregistrant des besoins en la matière, notamment la Libye, le Mali, la RASD et la Mauritanie ?
Mme Benhabylès Saïda : Le Croissant Rouge libyen a pris contact avec nous et nous avons franchi une étape en matière de partenariat par la signature dernièrement d’une convention visant des actions de solidarité humanitaires, notamment à travers ce qui a été dégagé par le forum d’Alger entre des hommes d’affaires algériens et libyens. Bousculé par l’émergence de la situation du Covid-19 dans le monde, dont notre région, une action de solidarité est en cours de préparation. De notre côté, connaissant la situation sociale et les limites des capacités notamment en moyens, des Croissants-Rouges et des Croix-Rouges des pays du Sahel, nous avons saisi la Fédération internationale des Croix-Rouges et Croissants-Rouges (FICCR). Nous avons été destinataires d’un don de la FICCR et nous leur avons demandé de dégager un espace ou un cadre régional où se conjuguent et se conjugueront l’ensemble des efforts et les actions des Croix et Croissants des pays de la région du Sahel. Il ne faut pas oublier que la fédération est divisée en régions. Concernant la division MENA, celle-ci est appelée à marquer davantage son activité, qu’elle ne se contente pas de faire le constat ou bien de mener des actions ici et là.

-Et concernant, dans ce cas de figure, les perspectives du partenariat bilatéral entre le CRA et ses homologues dans la région ?
-Au départ du Covid-19 chez-nous, la demande et les besoins au fil des jours devenaient de plus en plus importants en matière de lutte contre le Covid-19 et sa propagation. Et dès que, notamment ces dernières semaines, nous sommes sur un rythme soutenu et continu dans nos actions, nous avons entamé la phase de nos actions en direction de ceux qui sont dépendants des aides humanitaires. Et là je pense aux réfugiés sahraouis et le peuple libyen qui est en état de guerre et dans une situation humanitaire dramatique. Pour les réfugiés qui, depuis plus de 40 ans, vivent des conditions humanitaires alarmantes, en raison du non-parachèvement par l’ONU du processus de décolonisation du Sahara occidental, leur survie est liée et conditionnée aux aides humanitaires, dont des donateurs de la communauté internationale, donc le CRA, qui est un partenaire traditionnel du Croissant Rouge sahraoui. Nous sommes en train d’organiser, même si la situation du Covid-19 est difficile en raison des mesures de confinement, une opération d’acheminement de dons. Les réfugiés sahraouis sont sur notre territoire et il est de notre devoir de leur apporter solidarité et soutien humanitaire, comme cela a été toujours le cas. Une action de soutien qui se veut l’expression de la solidarité populaire avec les réfugiés sahraouis, notamment en ce mois sacré, par l’acheminement des dons, sera lancée ce jeudi (l’opération s’est effectuée jeudi dernier au lendemain de cet entretien).

-Le CRA compte-t-il renforcer son partenariat avec la Croix-Rouge chinoise, sur fond des liens historiques et forts entre l’Algérie et la République populaire de Chine qui se sont manifestés à travers des dons de Pékin et de la CRC pour notre pays en ces temps de Covid-19 ?
-Le CRA a bénéficié d’un don humanitaire de la Croix-Rouge chinoise (CRC) à travers l’ambassadeur de Chine à Alger. Un geste qui reflète l’expression d’amitié et des relations de qualité liant l’Algérie à la République populaire de Chine, notamment à l’occasion de nos fêtes religieuses ou bien par des actions, tel le transport scolaire pour un village rurale à Djelfa, pour ne citer que ces exemples. Avec la situation de la pandémie du Covid-19- et la Chine a été durement frappée-, la profondeur des relations historiques entre les peuples algérien et chinois, qui s’est consolidée au fil des années, ces liens forts ont rythmé les actions de solidarité, lesquelles ont été importantes et de qualité et qui se poursuivront. D’ailleurs, il faut espérer voir cette solidarité réciproque et l’expérience partagée, capitalisées, en vue de diversifier jusqu’à à prendre un nouvel élan. La Croix-Rouge Chinoise a une longue et riche expérience, on voudrait en bénéficier, notamment à travers la création de projets.
À notre niveau, nous cherchons comment renforcer les capacités du CRA pour accomplir au mieux nos missions et nos actions humanitaires, en tant qu’auxiliaires des pouvoirs publics. Les gens ont tendance à penser que le CRA est une association caritative, ce qui n’est pas le cas. Je rappelle que le CRA a été créé sur décision du Congrès de la Soummam en 1956, pour qu’il joue son rôle dans la lutte contre le colonialisme à travers l’action humanitaire, en apportant notamment aides et assistance au peuple algérien souffrant des conditions de vie intenables en raison du système colonial et ses actions militaires contre un peuple menant sa Révolution pour l’Indépendance. Et c’est de là que le CRA puise et devra continuer à puiser sa force et ses idées pour jouer son rôle pleinement. Le rôle d’apporter sa contribution à l’édifice, notamment en répondant aux besoins humanitaires, dans la durée et d’une manière efficiente, aux plus vulnérables, en vue de conforter considérablement le sentiment de cohésion sociale et de sécurité, en aidant ces personnes à ne pas être sous le poids des besoins, notamment en situation de catastrophes ou de temps durs.

-Pourriez-vous nous parler de l’approche du CRA pour adopter une démarche efficiente et, de ce fait, mener à bien des actions de solidarité et de soutien en direction des plus vulnérables, dont ceux des zones enclavées ?
-À une situation d’urgence, catastrophe naturelle, crise sanitaire, ou autre, le CRA doit apporter une réponse urgente aux attentes des personnes en difficultés ou en détresse, en amont de ce que l’État entreprendra dans ce genre de situation. Notre rôle, notamment par nos différentes actions, c’est aussi celui de tirer la sonnette d’alarme, être une force de propositions pour dégager les solutions adéquates à une situation donnée. Je citerais à titre d’exemple, l’expérience qu’a eu le CRA, d’ailleurs très significative et importante, au vue de la portée de la démarche que nous avons entreprise en direction des citoyens vulnérables, par leurs conditions de vie très difficiles.
Une démarche qui n’a aucun lien avec l’action de la charité, car c’est le sentiment et l’action de la solidarité qui anime le CRA et ses bénévoles en allant à la rencontre des familles et des personnes nécessitant soutien et assistance. De ce fait, ce qui importe le plus ce n’est pas ce qu’on leur fournit ou ce que nous donnons, mais la forme et la manière de leur fournir des dons et également le lien humain et fraternel qu’on tisse avec ceux et celles que nous rencontrons lors de nos actions sur le terrain. C’est nous qui allons vers et chez les nécessiteux et ce n’est pas l’inverse. C’est le CRA qui va vers eux, leur offre une écoute, échange avec eux leurs préoccupations, leurs attentes, leurs espoirs et rêves.
Et comme ces familles et personnes vulnérables, ces humbles gens, nous le disent souvent, la présence et l’écoute du CRA ce sont une aide morale et psychologique aussi importante que les autres aides que leur fournis le Croissant Rouge algérien. Les liens se tissent et se construisent, laissant installer la confiance entre ces familles et le CRA, confortant ainsi davantage la crédibilité du Croissant Rouge et ses actions.
Une expérience que nous avons vécue nombre de fois avec des familles des zones enclavées et vulnérables. Et à titre d’exemple, parmi tant d’autres, le CRA a été sollicité par nos citoyens de Tinzaouatine, pour apporter un soutien humanitaire à des familles. Celles-ci habitaient Kidal, au Mali, qui, en 2012, en raison de la dégradation de la situation sécuritaire, ont été obligées de quitter leur vie à Kidal, et venir à Tiziouatine, région frontalière avec le Mali.
Déjà organisés en association d’Algériens vivant à Kidal agréée par notre consulat à Gao (Mali), les membres de l’association ont exprimé leurs besoins et demandes d’aides et de soutien en direction de ces familles, et l’ensemble de leurs doléances à travers leur association ont été satisfaites. Des familles simples et humbles et les membres de l’association tenaient à être pris en charge par leur pays et patrie, l’Algérie, à travers notamment le CRA. Nos actions d’aide, d’écoute et d’assistance à ces familles, notamment par la réception par le CRA, à Alger, des membres de l’association, dont son président, ont été fortement appréciées par ces familles algériennes, qui ont insisté sur le fait qu’il ne peuvent recevoir d’aides ou de soutien que de la mère-patrie, l’Algérie.
K. B.