Menaçant de recourir à la force : Bedoui hausse le ton contre les enseignants contractuels

La tension est montée d’un cran dans le traitement du dossier des contractuels de l’Éducation. En effet, alors que la ministre chargée du secteur, Nouria Benghebrit, a tenté, à maintes reprises, de convaincre ces derniers à passer le concours du 30 avril prochain, le ministre de l’Intérieur, lui, s’est montré menaçant à leur égard, en affirmant que des mesures seront prises «dans le cadre de la préservation de «l’ordre public».

En marge d’une séance plénière du Conseil de la nation, consacrée aux questions orales, le ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales, Nouredine Bedoui, s’est montré plutôt «virulent», à l’égard des contractuels. Selon ses propos relayés par l’APS, celui-ci a affirmé que des mesures seront prises dans le cadre de la préservation de l’ordre public, en cas de persistance du mouvement de protestation des enseignants contractuels à Boudouaou (Boumerdès). Tout en incitant les enseignants protestataires à réintégrer leurs postes de travail, le ministre a souligné que «le Gouvernement leur avait accordé suffisamment de temps pour parvenir à des résultats positifs par la voie du dialogue».
Aussi, il dira que le Gouvernement était, dès le début, très réceptif, et a montré une attention sincère à leur égard». Bedoui est allé jusqu’à accuser «certaines parties de faire dans l’instrumentalisation des préoccupations de cette catégorie à des fins douteuses». «Si cette situation persiste, des mesures seront prises», a-t-il encore mis en garde. Bedoui a déploré que l’approche participative, prônée par le Gouvernement, n’a pas été prise en compte par les enseignants contractuels protestataires, lesquels, a-t-il considéré, «n’ont affiché aucune volonté, ni intention d’aller au dialogue».
Le ministre a fait remarquer que le ministère de tutelle a, dès le début, ouvert grand les portes du dialogue, et de la concertation, à travers une série de mesures «incitatives», dont la dernière concerne la valorisation de l’expérience professionnelle qui permettra aux enseignants contractuels de gagner entre un et six points supplémentaires, selon les cas, lors du concours de recrutement. Outre la reconduction systématique du contrat de travail, lors de la prochaine rentrée scolaire au profit des enseignants qui ne peuvent pas postuler pour le concours.
La déclaration du ministre n’a pas laissé les représentants des contractuels indifférents. En effet, Idir Achour, syndicaliste du Conseil des lycées d’Algérie (CLA), présent aux côtés des marcheurs, depuis dimanche 27 mars, nous a affirmé, dans un entretien téléphonique, hier, regrettant que«les choses aient pris une telle tournure». Tout en dénonçant les intimidations de la police sur place, le syndicaliste a affirmé que ces pratiques ne font que «déterminer davantage les contractuels». Idir Achour a, entre autres, fait savoir que «l’accès au lieu, où campent les enseignants, est interdit, et n’y a aucun moyen pour y parvenir».
Il a signalé que même les lignes téléphoniques ont été coupées et parasitées. Par ailleurs, notre interlocuteur a exprimé ses craintes quant à une éventuelle intervention policière qui vise à disperser l’attroupement des enseignants contractuels et vacataires protestataires sur place à Boudouaou. Dans ce sillage, le syndicaliste a exprimé son souhait que les pouvoirs publics ne recourent pas à la violence dans le traitement du dossier. Selon lui, «le recours à la répression ne fera que compliquer les choses. Surtout que les contractuels sont déterminés à aller jusqu’au bout du combat».
«La campagne de dénigrement et d’intimidations, visant les enseignants contractuels, semble être le préalable à une intervention musclée des forces de sécurité», signale notre interlocuteur, qui avertit qu’une «réaction violente du pouvoir ne fera qu’envenimer la situation, et susciter une action des Syndicats de l’Éducation qui pourraient appeler à une grève générale illimitée».
D’un autre côté, même si les contractuels ont affirmé le boycott total de l’inscription, le chef de cabinet du ministère de l’Éducation nationale, Abdelwahab Guellil, annonce que «près de 90% des enseignants contractuels ont déposé leur dossier pour passer le concours.
963 602 candidats s’étaient inscrits jusqu’à jeudi matin, dans tout le pays».
Il a ajouté que 963 602 candidats s’étaient inscrits, jusqu’à jeudi matin, à l’échelle nationale, pour décrocher une place d’enseignant dans les différents paliers. Sur ce point, Idir Achour a estimé que la tutelle ne fait que «jouer avec les chiffres». Pour lui, il est «regrettable», que le ministère ne trouve pas mieux que ce genre de pratiques «frauduleuses», au lieu de recourir au «dialogue».
Enfin, dans la foulée du développement de ce conflit, et en l’absence d’une solution à l’horizon qui puisse convaincre les enseignants contractuels d’arrêter leur grève de la faim, il faudrait croire que la situation va connaître des complications dans les prochains jours. Le recours à la force n’est donc pas exclu. Le dossier est à suivre…
Lamia Boufassa