Libye : les choix difficiles de l’Algérie, selon le Dg de l’Inseg

La situation en Libye, son origine, son développement et surtout ses répercussions ont été décortiqués par le docteur Lyes Boukraâ, directeur général de l’Institut national des études de stratégie globale (Inesg), invité hier au forum du quotidien E’Chaâb. Évitant le concept de ‘scénario catastrophe’ M. Boukraâ a considéré le conflit en Libye, ayant toutes les prémices d’une guerre, d’extrêmement dangereux non seulement pour ce pays mais aussi pour tous ceux de la région. Les derniers développements en date, à savoir, le refus d’approbation du gouvernement par le parlement de Tobrouk et les bombardements américains viennent le confirmer, a-t-il soutenu avec pertinence. Il l’a même classé dans une liste de conflits complexes qualifiés de transnationaux, touchant à plusieurs groupes de populations et couvrant de larges espaces géopolitiques. Des conflits très difficiles à gérer et surtout à résoudre dans la mesure où ils portent en eux-même les éléments de leur reproduction. Parmi ceux-ci il a cité, dans la région arabe/nord Afrique, le conflit yémeno-saoudien, égypto-soudanais (corne de l’Afrique), syro-libano-jordanien et irako-iranien.

Pour le directeur de l’Inesg, la paix en Libye ne servirait pas les intérêts des parties concernées de près ou de loin par le conflit, d’où leurs manœuvres pour le faire perdurer davantage, allant même vers une guerre à la syrienne. Les puissances occidentales cherchent le pétrole libyen, l’Égypte utilise ce conflit pour maintenir son nouveau régime, l’Arabie saoudite en fait usage pour asseoir sa politique de prix sur le marché pétrolier et sa dominance dans le duel régional sunnite-chiite, le Maroc serait pour une guerre pour détourner l’attention internationale de la cause sahraouie, le Soudan y trouverait un intérêt en manipulant les groupes islamistes armés, la Tunisie qui serait contre ne pèse guère sur l’échiquier politique international étant dépendante des aides occidentales, a-t-il poursuivi.
Dans ce contexte, l’Algérie se trouve être le seul pays s’opposant clairement à la guerre en Libye et appelant à une solution politique mais elle ne peut pas, à elle seule, renverser la vapeur. Plus grave encore, cette position fait encourir des risques réels pour le pays, le débordement du conflit vers le territoire algérien non seulement à cause de la porosité de nos frontières et des flux migratoires donnant lieu à tous types de trafic mais aussi par les questions sensibles des mouvements touareg et des berbères, qui pourraientt être utilisés par plusieurs parties. Cela s’avèrerait plus contraignant si l’on sait que notre pays est en quête de stabilité et d’unité en vue d’une relance économique, a-t-il souligné.
Pour ce politologue, à ce conflit régional s’impose une solution régionale et pourrait trouver, dans un premier temps, un appui à sa position au sein de l’Union maghrébine si la question du Sahara occidental serait réglée. D’autres alliances et pactes avec des parties ayant les mêmes intérêts que l’Algérie lui seraient également des appuis précieux dans sa quête vers la paix régionale, renforçant celle obtenue au niveau national. L’orateur a déclaré qu’aujourd’hui l’Algérie ne peut plus rester en marge des évènements et doit par conséquent s’intégrer dans l’ordre international, sauf que la question qui se pose est pour quel camp opter? L’alliance occidentale qui serait contradictoire avec les fondements de la société algérienne ayant mené l’une des plus dures guerres contre un pilier de ce même occident. La Russie vis-à-vis de laquelle l’Algérie a pris ses distances depuis les années 90 et voudrait ne plus être taxée d’appartenance au bloc est. En dernier lieu la position chinoise basée sur l’expansion des intérêts économiques, qui serait fatale sur le plan sécuritaire pour notre pays. L’invité de la chaîne 1 a insisté sur le fait d’avoir une réponse claire à cette question, notamment en dépassant son passé. Il préconise, dans ce cadre, un débat national, engageant notamment les élites pour décider des actions à mener aussi bien à l’échelle national qu’internationale. Il y va de la préservation de la sécurité nationale et, par là même, de la pérennité de l’État-nation, a-t-il conclu.
Lyes Azizi