Libye : ballet diplomatique occidental, à Tripoli

Deux jours après la visite du chef de la diplomatie italienne, Paolo Gentiloni, arrivé, mardi dernier, à Tripoli ; jeudi, c’était au tour des ambassadeurs du Royaume-Uni, de France et d’Espagne de se rendre dans la capitale libyenne. Ballet diplomatique occidental dans la capitale Tripoli, qui reprend, deux ans après, la décision des pays de l’Union européenne (UE) de fermer leurs ambassades respectives à Tripoli, en 2014, et qui intervient, faut-il le rappeler, à moins de dix jours de la prise de contrôle de la capitale libyenne par le gouvernement d’union nationale de Faïz Serradj. Celui-ci, recevant, mardi dernier, le responsable italien Paolo Gentiloni, avait appelé à «un retour des missions diplomatiques à Tripoli le plus tôt possible», avait-il lancé, avant d’ajouter, «et aussi à la reprise des liaisons aériennes directes» entre la Libye et l’Italie. Arrivée à l’aéroport de Metiga les diplomates, britannique Peter Millet, français Antoine Sivan, et l’espagnol José-Antonio Bordallo, accompagnés de leurs attachés militaires respectifs, selon les médias locaux, se sont dirigés vers la base navale de la capitale libyenne, pour rencontrer le chef du staff gouvernemental libyen, Faïz Seradj. Le déplacement des ambassadeurs de ces trois pays de l’UE se voulait, outre de l’expression du soutien de Londres, Madrid et Paris à l’Exécutif libyen de Serradj, mais aussi de réaffirmer l’engagement des ces pays, et à travers eux l’UE, à apporter appui au gouvernement d’union nationale libyen. Ce n’est pas un hasard, si c’était au ministre des Affaires étrangères italien d’être le premier responsable européen, en particulier, et sur le plan international d’être le premier qui se rend à Tripoli. Ex-puissance coloniale, Rome, qui est membre de l’Otan n’ pas été au-devant de la scène, lors, du début de la crise libyenne, en 2011, vite transformée en conflit armé, précipitant l’intervention de l’Alliance atlantique dans ce pays. La France et le Royaume-Uni ayant été, au-devant de la scène, dans le traitement de la crise libyenne, survenue, en 2011, la gestion du dossier libyen, notamment, après installation du gouvernement d’union nationale, à Tripoli, sera assuré par les États-Unis et l’ex-puissance coloniale en Libye, l’Italie. C’est ce qui ressort, d’ailleurs, des déclarations du président américain, Barack Obama, acculant Paris et Londres, pour leurs rôles respectifs, dans le dossier libyen. Il a lancé à l’adresse de ses partenaires de l’Otan, au premier ministre britannique, David Cameron, et l’ex-président français, Nicolas Sarkosy, «je me demande pourquoi cela a mal tourné (le cahos libyen, ndlr), je réalise que j’étais convaincu que les Européens -étant donné leur proximité de la Libye- seraient plus impliqués dans le suivi», a déclaré Obama, sur la chaîne Fox News, le mois dernier. Moscou parle d’ordre du jour secret des Occidentaux Pour le locataire de la Maison-Blanche, «la pire erreur de sa présidence avait été le manque de suivi après l’intervention militaire de l’Oan en Libye en 2011», a-t-il déclaré. Après l’installation du chaos en Libye, depuis plus de cinq ans, situation qui a ouvert la voie à l’activité terroriste dans ce pays, dont celle de Daech, ces terroristes ont réussi à mettre sous leur contrôle des régions libyennes, pour ne citer que la ville Syrte. Washington, à travers la déclaration précitée du président américain, annonce, ainsi, qu’elle aura, en premier lieu, la gestion du dossier libyen, dont son plan s’articulera principalement sur la lutte contre le terrorisme de Daech. Si, durant trois jours, de mardi à jeudi, les diplomates occidentaux se sont concertés, à Tripoli, et ont rencontré les membres du gouvernement de Serradj, lesquels ont eu des discussions, deux jours avant, à Tripoli, avec le chef de la diplomatie italienne, Moscou a choisi de s’exprimer, sur la Libye, jeudi dernier, ce qui n’est pas un hasard. Une semaine avant le Sommet des chefs de la diplomatie de Russie, de Chine et de l’Inde, le ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, a déclaré que «les ingérences unilatérales dans les affaires intérieures d’États souverains nuisent à la stabilité du système international». Pour le responsable russe, ces ingérences unilatérale «mènent, de temps à autre, à l’apparition d’un vide, lequel est rempli par des extrémistes et des terroristes», indiquant, a-t-il poursuivi, «comme on le voit au Moyen-Orient et en Afrique du Nord», a souligné Lavrov, dans une interview.

Karima Bennour