Les Algériens et les mesures préventives face au COVID-19

Par Ali El Hadj Tahar

Musée du Louvre fermé, Salon du Livre de Paris annulé, semi-marathon de Paris reporté tout comme la rencontre du Championnat de France de basket entre Villeurbanne et Monaco a été reportée, alors que la rentrée scolaire, prévue lundi au retour des vacances d’hiver, a été reportée dans neuf communes de l’Oise…
Les risques de propagation du virus ont conduit les organisateurs du Salon Livre Paris à annuler la plus grande manifestation littéraire du pays, où quelque
160 000 visiteurs étaient attendus du 20 au 23 mars. Les centaines d’éditeurs et 340 auteurs qui devaient venir de plus de 50 pays ont été informés de l’annulation. L’intensification de l’épidémie a conduit les travailleurs du Louvre, s’estimant en danger, à débrayer dimanche. Le ministère français de la Santé a pourtant rassuré ne pas être « dans des mesures de fermeture des grands établissements, parce que la situation épidémiologique ne l’exige pas » car le virus « se transmet par les personnes qui éternuent, qui se mouchent et qui vous serrent la main, donc c’est vraiment du contact. Les activités en extérieur où vous êtes à deux mètres les uns des autres ne posent pas problème ». Selon cette déclaration, l’interdiction « touche potentiellement des centaines de salles de spectacles en France de plus de 5 000 places, et donc des milliers d’événements culturels ».
Dans cinq communes de l’Oise, d’où sont issus 47 cas, les habitants sont encouragés à limiter leurs déplacements et télétravailler. Dans ce même département, la commune de La Balme-de-Sillingy a interdit « tous les rassemblements jusqu’à nouvel ordre », tandis que les établissements scolaires et périscolaires de certaines communes resteront fermés jusqu’au 14 mars inclus. Dans d’autres villes, le marché hebdomadaire a été fermé par arrêté d’interdiction municipal. Avec 130 personnes infectées, dont 12 sont guéries, 2 sont mortes et 116 hospitalisées, la France est l’un des principaux foyers du coronavirus en Europe, avec l’Italie et l’Allemagne.
En France, nul ne trouve excessives les mesures prises pour freiner la contamination, tout comme en Italie d’ailleurs, où près de 1 700 personnes ont été testées positives depuis le début de l’épidémie. Des mesures draconiennes ont été également prises en Suisse où 24 cas ont été enregistrés dans 11 cantons. En vertu de la loi sur les épidémies, le Conseil fédéral suisse interdit les rassemblements de plus de 1000 personnes, de quelque ordre qu’ils soient. La ville de Coire va encore plus loin en interdisant tout événement rassemblant plus de 50 personnes. Ne parlons pas de la Chine, qui a mis en quarantaine des régions entières, reporté de plusieurs jours, la reprise du travail. Qu’en serait-il en Algérie si pareilles mesures venaient à être prises ?
C’est la levée de boucliers dès qu’une toute petite décision est prise. En effet, il a suffi que le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Chems Eddine Chitour, adresse une instruction urgente aux directeurs des établissements de son secteur afin que les professeurs et enseignants téléchargent les cours (TP et cours) sur des supports électroniques comme mesure préventive en cas d’une éventuelle propagation de coronavirus, pour que cela soulève un tollé. Or, les enseignants auraient dû, sans instruction aucune, réfléchir à la question pour permettre aux étudiants de continuer les cours par le biais de l’Internet en cas d’un évènement imprévu pouvant interrompre les cursus universitaires. Dans de nombreux pays du monde, même en situation normale, l’Internet et le téléenseignement constituent des outils majeurs du système universitaire. L’étudiant qui s’absente ou qui a mal suivi le cours peut le lire sur le site de l’université ou du professeur, voire, discuter avec lui sur une plateforme virtuelle et même concourir dans certains cas… Chez nous, on trouve anormal, pénible ou contraignant le téléchargement d’un cours… La société numérique s’oppose à des problèmes d’archaïsme et de mentalité, même dans des cas d’urgence et à l’université, de surcroît.
A. E. T.