Société civile

LE NOUVEAU PRÉSIDENT FACE À LA CONTESTATION DU HIRAK : Ce qu’en pensent des acteurs de la société civile

Après plus de 10 mois de marches populaires pacifiques organisées les vendredis et les mardis de chaque semaine, pour appeler à un changement radical du système en place, et après notamment plusieurs semaines de mobilisation pour exprimer le rejet à l’organisation d’élections présidentielles par le gouvernement jugé «illégitime», le scrutin a eu lieu et les résultats des urnes ont donné gagnant Abdelmadjid Tebboune, nouveau Président. Mais maintenant que les faits sont là, beaucoup de questions se posent notamment sur comment le nouveau Président compte-t-il faire face à la «Révolution du sourire » ? Hier, en tout cas, au moment de l’annonce des résultats préliminaires du vote organisé jeudi 12 décembre, les rues d’Alger étaient déjà bondées de monde, et une grandiose marche a eu lieu dans la capitale comme partout ailleurs dans les grandes villes du pays. Remettant en cause les résultats du scrutin, les Algériens sortis manifester ont laissé entendre à l’unanimité que la révolution se poursuivra jusqu’à satisfaction de toutes leurs revendications. Maintenant reste à savoir comment le nouveau président de la République va-t-il composer avec ce mouvement populaire qui ne faiblit pas. Maintenant qu’un nouveau locataire d’El Mouradia est élu, la cadence du Mouvement populaire et citoyen sera-t-elle maintenue, augmentée encore plus ou bien au contraire l’apaisement sera le nouveau mot d’ordre des autorités. Cela dépendra, notamment, du désormais président de l’Algérie, Abdelmadjid Tebboune, et de la méthode avec laquelle il va gérer la révolte populaire qui a cassé les murs de la peur et que rien ne semble plus jamais arrêter jusque-là. Pour la politologue, Louiza Aït Hamadouche, que nous avons contactée par téléphone ; la rationalité voudrait que le prochain président «tente de compenser son déficit de légitimité avec des procédures d’ouverture et  d’apaisements envers l’opposition». Selon elle; «renforcer la répression après le 12 serait allé à contre-courant de cette logique». De son côté, le secrétaire général du Syndicat des travailleurs de l’éducation et de la formation (SATEF), Boualem Amoura, le grand travail commence certainement après ces présidentielles. Il a affirmé à ce propos, que quelque soit le mot d’ordre du nouveau Président, «la société civile en tout cas continuera son initiative de rassembler des personnalités nationales, des partis politiques, des associations et des syndicats pour tenter de trouver une issue à la crise». Pour sa part, le sociologue Nacer Djabi exprime des craintes quant «aux menaces» qui guettent le mouvement populaire après le 12  décembre. Bien que le sociologue est convaincu de la volonté des Algériens «à poursuivre le combat pour un changement radical du système», car, selon lui, «ce n’est pas logique qu’ils s’arrêtent après 10 mois de mobilisation. Enfin, Nacer Djabi n’écarte pas en effet « la recrudescence de la répression».
Ania Nait Chalal