L’ »Aouchem » : le patrimoine algérien dans l’art plastique moderne

L’ »Aouchem  » (Tatouage) ou l’expression artistique par des signes puisés du patrimoine ancestral algérien, a marqué l’art plastique moderne, lui donnant une identité maghrébine particulière, a indiqué, mardi, l’artiste peintre, Belhachemi Noureddine.

Ce professeur des Beaux-Arts, enseignant-doctorant (université de Mostaganem), qui a animé une conférence sous le thème « La peinture algérienne, les Aouchems, ou l’expression par les signes », dans le cadre du salon Djurdjura des arts plastiques, qui a débuté lundi à la maison de la culture de Tizi-Ouzou, a observé qu’Aouchem, un mouvement artistique et littéraire engagé post indépendance, est « fondé sur une démarche qui relie le patrimoine populaire ancien à l’art universel contemporain ». L’art plastique algérien a connu avec l’indépendance, « un tournant culturel important qui s’est traduite notamment par l’éclosion d’une nouvelle expérience artistique ». « Les artistes se sont trouvés confrontés à la problématique du quoi et comment peindre dans l’Algérie libre », a expliqué M. Belhachemi, qui est aussi chercheur associé au Centre national de recherche en anthropologie sociale et culturelle (CRASC) d’Oran. La démarche, du groupe Aouchem (mouvement composé de neuf artistes déjà connus à savoir Mesli, Adane, Saadani, Martinez, Baya, Benbaghdad, Zerarti, Dahmani, et Abdoun), revendique l’existence de la modernité dans l’art algérien traditionnel bien avant son apparition en Europe, a-t-il ajouté.
Les motifs peints des poteries berbères, ou tissés de la tapisserie, les tatouages des femmes, les graphismes muraux des maisons traditionnelles sont, entre autre, l’expression de cet art algérien, a observé le conférencier. Belhachemi a ajouté à ce propos que « la peinture a beaucoup emprunté aux signes du patrimoine populaire, qu’avait introduit la mouvance Aouchem dans ses expérimentations artistiques ». C’était pour les artistes, une première approche avec la symbolique populaire dans le contexte des arts plastiques, a-t-il souligné. Aouchem qui s’est construit sur des motivations culturelles locales pour s’orienter avec le temps à une forme symbolique maghrébine, marquera les annales de la peinture algérienne.
Une démarche « si ésotérique pour certains par son aspect folklorique, et si choquante pour d’autres, allant jusqu’à faire décrocher leurs toiles des cimaises », a-t-il rappelé. Ce mouvement constitue également une problématique intéressante pour les historiens et chercheurs sur l’identité culturelle et l’aliénation occidentale, a relevé ce même intervenant.