Extraction des huiles essentielles

Extraction des huiles essentielles : Un domaine «prometteur» qui séduit les jeunes à Blida

Le métier de distillateur de plantes aromatiques et médicinales pour en extraire les huiles essentielles, une activité séculaire qui fait la réputation de la ville de Blida, enregistre ces dernières années un intérêt notable de la part des jeunes, notamment des universitaires ayant trouvé dans cette profession des «perspectives prometteuses» permettant à nombre d’entre eux d’investir les marchés mondiaux.

Depuis sa fondation par Sid Ahmed Lekbir, venu d’Andalousie au XVIe siècle, Blida, surnommée la Ville des Roses, a de tout temps été réputée pour l’abondance de ses plantes florales et aromatiques diverses, concentrées dans la chaîne de l’Atlas Blidéen, ce qui a permis le développement de ce type d’activité dans la région. A l’arrivée du colonialisme français, ce métier existait déjà dans la plaine de la Mitidja qui comptait alors plus de 40 distillateurs, selon l’agronome Hamid Chikhi, qui a affirmé que le colonisateur, «très intéressé» par cette activité, «a procédé à l’extension des espaces de culture de nombreuses plantes, telles que le géranium odorant et le jasmin, en les cultivant dans les champs de Boufarik qui s’étendent jusqu’à El Affroune, en passant par Beni Merad, Beni Tamou, Chiffa et Mouzaia», a-t-il souligné. C’est ainsi que les parfums français de luxe, tels que «Coco Chanel, N 5», étaient produits à partir d’huiles essentielles extraites de plantes de ces plaines, dont celles de «Haouch El Gros» de Boufarik, dont les entrepôts du colon «El Gros» témoignent du processus de distillation des roses, de même que la gare de Beni Merad, qui abritait dans le passé une unité de distillation des plantes aromatiques. Après l’indépendance du pays et la nationalisation des hydrocarbures, suivi par l’embargo commercial de la France et de ses alliés qui ont boycotté les produits algériens, dont les huiles essentielles, une décision a été prise pour supprimer les vignobles et les vergers de géranium odorant et de jasmin.
Cette situation a entraîné une réduction de ces superficies conduisant à un déclin de l’activité des différentes unités de production qui ont été dissoutes ou vendues à des prix symboliques, avant la quasi disparition de ce métier durant la décennie noire, pour n’être pratiqué que par un petit nombre de distillateurs de la ville, qui exercent cette activité dans un cadre familial.

Relance de l’activité de distillation des plantes et d’extraction d’huiles essentielles
De nombreux jeunes de la wilaya ont investi cette activité au début du millénaire, avec l’espoir d’assurer sa relance et son développement. Leur objectif étant de labelliser les produits de la distillation, selon les normes internationales en vigueur, et d’intégrer les marchés mondiaux. C’est le cas du jeune universitaire Hamid Chikhi, ingénieur d’État en sciences agronomiques et propriétaire d’une unité de confection de produits cosmétiques et d’hygiène corporelle, qui, a-t-il déclaré à l’APS, s’est spécialisé dans la distillation des plantes aromatiques et médicinales et entend développer ce métier par la valorisation des produits forestiers non ligneux. Ce jeune homme, qui a créé son entreprise en 2018 dans le cadre des dispositifs de soutien à l’emploi, se procure, pour son activité, les plantes aromatiques et médicinales des forêts de la chaîne de l’Atlas blidéen, sur la base d’une autorisation délivrée par la Conservation des forêts de la wilaya. Les plantes, dont l’eucalyptus, le pin et le cyprès, sont d’abord triées, avant leur distillation. «C’est l’étape de valorisation au cours de laquelle ces plantes, considérées comme ordinaires, sont traitées pour en extraire les huiles essentielles d’une grande valeur», a-t-il expliqué. Cette jeune entreprise, qui a déjà commercialisé ses produits (huiles essentielles) en Allemagne et en France (Marseille plus précisément), dans une première expérience, assure le traitement des plantes aromatiques et médicinales, avec une moyenne de deux tonnes/Jour, a souligné le jeune entrepreneur, déplorant le «manque de couvert végétal, souvent endommagé par les incendies récurrents, à chaque saison estivale». Pour Djamila Bouchareb, propriétaire d’une marque privée d’huiles essentielles, il est nécessaire, voire impératif, «d’accorder davantage d’intérêt à cette filière, en intensifiant les opérations de reboisement de ce type de plantes, notamment la rose musquée qui faisait la réputation de la ville des roses, de manière à assurer la disponibilité de la matière première». Observant que les huiles essentielles sont des molécules aromatiques très volatiles, Mme Bouchareb a fait savoir qu’il faut distiller entre six et sept quintaux de fleurs de géranium odorant pour produire seulement un (01) litre d’huile essentielle de cette plante. D’où l’impératif, a-t-elle estimé, de penser à «la création de coopératives dont la mission est de planter ces espèces productives d’huiles essentielles et de définir une cartographie pour assurer leur disponibilité permanente». Mme Bouchareb, également ingénieur d’État en chimie organique, a souligné les multiples domaines d’exploitation des huiles essentielles à l’heure actuelle, tels que la santé, la cosmétique, le bien être physique et moral, en plus de leur utilisation dans la lutte biologique contre les ravageurs agricoles aux fins de réduire l’utilisation des pesticides nocifs à la santé humaine.

Engouement des jeunes pour les formations en distillation des huiles essentielles
Selon la présidente du Conseil interprofessionnel de la filière des plantes médicinales et aromatiques, Djamila Bouchareb, cette activité attire beaucoup de jeunes universitaires et de diplômés, notamment dans les spécialités de la chimie, l’agronomie et la biologie, qui concrétisent ainsi leur rêve de création de micro-entreprises et contribuent à l’économie nationale. Cette ingénieur a signalé l’organisation, depuis 2019, date de la mise en place de ce Conseil interprofessionnel, d’un nombre de formations au profit des jeunes universitaire dans ce domaine. «Ces sessions de formation ont attiré des dizaines de jeunes», a-t-elle assuré, signalant leur «interruption en raison de la pandémie, avant leur reprise, cette année, par la formation de plus d’une vingtaine de jeunes». M. Chikhi, qui œuvre au transfert de son savoir-faire aux jeunes désirant se lancer dans cette activité, à travers des stages de formation sur le terrain en coordination avec la Conservation locale des forêts, a, quant à lui, fait part, de l’animation, depuis le début de l’année en cours, de sessions de formation de haut niveau au profit de 25 jeunes, couronnées d’un diplôme agréé par l’État, ouvrant droit à son détenteur de bénéficier des différents dispositifs étatiques de soutien à la création d’emploi. «Il s’agit d’un domaine fertile, où les passionnés peuvent réussir et contribuer ainsi à la réduction de la facture de l’importation de ces produits, qui s’élevait, en 2017, à 270 millions de dollars en «huiles essentielles et végétales», a considéré M. Chikhi.