DU DÉCLIN DES NATIONS À LA CRISE DE LA DETTE : Les signes d’un ordre mondial en mutation

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On ne peut arrêter le déclin des nations ni l’émergence de nouvelles puissances lorsque les conditions de ces transformations sont réunies.
Seule la sagesse, fondée sur la raison et l’anticipation, peut accompagner ces mutations. Ibn Khaldoun avait mis en évidence les cycles d’essor et de déclin des sociétés et des civilisations. Plusieurs siècles plus tard, Samuel Huntington, dans Le Choc des civilisations, soulignait le rôle croissant des identités culturelles dans la recomposition des rapports de force internationaux. Deux lectures différentes, mais qui invitent à réfléchir aux transformations profondes de l’ordre mondial. Aujourd’hui, les tensions financières viennent ajouter une nouvelle dimension à ces mutations. Aux États Unis, les rendements des obligations du Trésor à dix ans ont dépassé 5,3 % au début d’octobre 2026. En France, ils ont frôlé les 5 %, atteignant un niveau inédit depuis 2002.
Ces évolutions traduisent les inquiétudes des marchés face à l’endettement public, aux déficits budgétaires et aux incertitudes économiques et politiques. Ces signaux annoncent-ils une crise majeure du modèle économique dominant ? Sans prédire un effondrement imminent, ils révèlent une fragilité croissante : comment préserver durablement un niveau de vie élevé lorsque le coût de la dette augmente et que les capacités productives s’essoufflent ? C’est l’une des grandes contradictions de notre époque. Certaines économies avancées cherchent à préserver leurs acquis sociaux et leur niveau de consommation, alors même qu’elles doivent faire face au vieillissement démographique, aux besoins de financement et aux défis de compétitivité. Dans le même temps, de nombreux pays émergents doivent encore investir massivement dans la santé, l’eau, l’énergie, les infrastructures et l’éducation. D’un côté, la nécessité de préserver une prospérité coûteuse ; de l’autre, l’urgence de construire les fondements mêmes du développement. Parallèlement, la démographie, les capacités industrielles, l’intelligence artificielle et l’innovation technologique déplacent progressivement les centres de gravité de la puissance mondiale. Le monde émergent ne cherche plus seulement à rattraper son retard : il entend participer à la définition des nouvelles règles du jeu international. Le problème n’est donc pas le libéralisme en lui-même, mais les limites d’un modèle qui, dans certaines économies, a parfois privilégié la financiarisation et la consommation au détriment de l’investissement productif et de la création de valeur à long terme.
Pour l’Algérie et les autres pays émergents, cette recomposition représente une opportunité stratégique : transformer les ressources en valeur ajoutée, renforcer l’industrie, investir dans les technologies et le capital humain, et construire une économie capable de financer durablement son développement. L’histoire nous enseigne qu’aucune puissance ne conserve éternellement sa position sans adapter son modèle aux réalités nouvelles. La véritable question n’est pas de savoir si l’ordre mondial changera, mais si les nations sauront anticiper cette transformation avant que les déséquilibres financiers, économiques et sociaux ne deviennent une crise systémique. Car le développement ne peut rester le privilège de ceux qui ont déjà atteint la prospérité. Il doit devenir une possibilité réelle pour tous les peuples.
Par Abderrahmane Hadef, Consultant international en développement économique