SOLIDARITÉ AVEC LA PALESTINE : L’Amérique latine se mobilise, l’Occident face à un tournant culturel et politique

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À l’occasion de la mobilisation internationale prévue du 9 au 11 octobre, plus de 200 organisations issues de plus de 60 pays appellent à renforcer la solidarité avec le peuple palestinien.
En Amérique latine, des marches populaires, des rassemblements, des initiatives culturelles et des rencontres universitaires sont programmés. Parallèlement, la guerre génocidaire menée par l’entité sioniste contre Ghaza continue de peser sur les débats politiques et culturels en Occident, où la question palestinienne occupe une place croissante dans l’espace public.
L’Amérique latine s’apprête à accueillir une nouvelle vague de mobilisations en solidarité avec le peuple palestinien. De Mexico à Buenos Aires, en passant par Lima, Quito et São Paulo, des organisations de la société civile, des syndicats, des mouvements sociaux, des associations étudiantes et des institutions culturelles préparent des initiatives dans le cadre de la mobilisation internationale prévue les 9, 10 et 11 octobre. Selon les chiffres communiqués par les organisateurs, plus de 200 organisations de plus de 60 pays participent à cette campagne coordonnée par la Global Alliance for Palestine, une coalition internationale engagée dans la défense des droits du peuple palestinien. L’objectif affiché est de dénoncer les violations commises à son encontre, d’exiger sa protection et de renforcer les mécanismes de reddition des comptes conformément au droit international. Cette mobilisation se distingue par la diversité de ses formes, associant manifestations de rue, rencontres publiques, activités artistiques et débats universitaires. Elle témoigne de la persistance de la solidarité avec la Palestine sur le continent latino-américain, où les initiatives populaires s’inscrivent dans une dynamique internationale plus large.

Des mobilisations populaires de Mexico à Lima
Au Mexique, plusieurs organisations sociales, syndicales et groupes de solidarité ont appelé à une marche dans la capitale, Mexico, le samedi 10 octobre. Le cortège doit partir des environs du monument à l’Ange de l’Indépendance pour rejoindre la place de la Palestine libre, avec des activités politiques et culturelles prévues en marge du rassemblement. D’autres initiatives sont annoncées dans les villes de Guadalajara, Pachuca, Morelia et San Cristóbal de las Casas. Des organisations de défense des droits humains, des mouvements sociaux et des collectifs locaux doivent y prendre part afin de réaffirmer leur soutien aux droits du peuple palestinien. Au Pérou, la capitale Lima accueillera également une marche au départ des environs du Palais de justice. Plusieurs organisations étudiantes et groupes de solidarité sont annoncés, notamment la Fédération des étudiants de l’Université pontificale catholique du Pérou (FEPUC) et le collectif « Palestine libre – Pérou », aux côtés d’autres associations et initiatives citoyennes. Dans la ville d’Arequipa, des groupes locaux préparent, eux aussi, des actions de solidarité dans le cadre de cette journée mondiale de mobilisation. En Équateur, Quito doit accueillir des activités le 10 octobre, avec la participation de collectifs locaux, dont le groupe « Équateur avec la Palestine ». La capitale chilienne, Santiago, figure également parmi les villes concernées par cette mobilisation internationale. En Colombie, des organisations syndicales ont intégré des initiatives de solidarité avec la Palestine à leurs programmes annoncés. L’ensemble de ces actions illustre l’ancrage de la cause palestinienne dans différents espaces de la société latino-américaine, au-delà des cercles militants traditionnels.

Au Brésil, la rue et la culture au service de la solidarité
Au Brésil, la mobilisation prendra notamment la forme d’une manifestation populaire à São Paulo. Le Front palestinien de São Paulo et plus de 100 institutions brésiliennes et palestiniennes, ainsi que des organisations partenaires, ont appelé à un rassemblement prévu samedi à 14 heures sur la place Roosevelt. Une marche doit ensuite rejoindre le Théâtre municipal, dans le centre-ville. Des mouvements sociaux, des organisations populaires et plusieurs collectifs solidaires devraient participer à cette initiative, qui s’inscrit dans le cadre de la journée mondiale d’action pour la Palestine. À Salvador, capitale de l’État de Bahia, la mobilisation se déclinera davantage sur le terrain culturel et artistique. La ville accueille une « Semaine de la Palestine », comprenant des projections cinématographiques, des débats et des rencontres culturelles. Certaines activités sont notamment prévues à la bibliothèque Terra Libres et au cinéma Glauber Rocha. Cette programmation entend maintenir la question palestinienne au cœur du débat public en mobilisant d’autres espaces que celui de la contestation politique. Elle souligne également le rôle du cinéma, de la culture et des échanges citoyens dans la diffusion des revendications palestiniennes et la sensibilisation aux conséquences de la guerre à Ghaza.

L’Amérique centrale et le cône Sud élargissent la mobilisation
En Amérique centrale, des institutions et des organisations de jeunesse préparent des activités de solidarité au Honduras et au Salvador le 10 octobre. Ces initiatives s’inscrivent dans la dynamique de mobilisation internationale destinée à attirer l’attention sur la situation du peuple palestinien et à réclamer le respect de ses droits. En Uruguay, la Coordination pour la Palestine a organisé une marche nationale à Montevideo le 8 octobre, dans le cadre d’une série d’actions prévues tout au long de la semaine. Le programme comprend également un événement culturel intitulé « La Gran Palestina » (« La Grande Palestine »), annoncé pour le 10 octobre avec la participation de membres de cette coordination. En Argentine, des collectifs culturels et des organisations de solidarité poursuivent leurs initiatives à l’occasion de la Semaine de la cause palestinienne, programmée du 7 au 11 octobre. Les activités visent à entretenir la visibilité de la question palestinienne et à renforcer les liens entre les mouvements solidaires. Au Venezuela, la mobilisation réunit des institutions, des associations et des mouvements populaires. Parmi les organisations citées figurent le Mouvement vénézuélien de solidarité avec la Palestine, la communauté palestinienne du Venezuela, l’Union palestinienne d’Amérique latine (UPAL), le Mouvement de la dignité des femmes palestiniennes, la Campagne mondiale du retour en Palestine et le Centre arabo-palestinien, ainsi que d’autres collectifs. La diversité des acteurs mobilisés témoigne de l’existence d’un réseau de solidarité qui associe initiatives communautaires, actions politiques et activités culturelles, dans le prolongement des mouvements organisés à l’échelle régionale.

Les universités investissent le débat sur les droits palestiniens
La mobilisation latino-américaine ne se limite pas aux manifestations et aux rassemblements. Les universités et les centres de recherche sont également appelés à prendre part aux débats sur les droits humains, le droit international et la responsabilité des institutions académiques face aux crises humanitaires. Dans cette perspective, le Conseil latino-américain des sciences sociales (CLACSO) organise, le vendredi 9 octobre, une rencontre virtuelle intitulée « L’engagement académique envers la Palestine ». Des chercheurs et des représentants d’institutions universitaires de plusieurs pays de la région, notamment du Brésil, doivent y participer. Les échanges porteront sur le rôle des universités, des intellectuels et de la recherche scientifique dans l’analyse des violations liées à la question palestinienne, ainsi que sur les moyens de renforcer sa présence dans les milieux intellectuels et académiques. Cette dimension universitaire prolonge le mouvement de solidarité sur le terrain des idées et de la réflexion. Elle vise à inscrire les événements de Ghaza dans un débat plus large sur la justice internationale, les droits humains et les responsabilités des institutions face aux violations du droit international.

Un appel à mettre fin aux livraisons d’armes
Cette mobilisation internationale intervient alors que le troisième anniversaire du début de la guerre génocidaire contre la bande de Ghaza met en lumière l’ampleur des pertes humaines, les destructions massives et les déplacements forcés de population. Les violations se poursuivent également en Cisjordanie occupée et à El-Qods occupée. Selon les organisateurs, les actions prévues en octobre visent à transformer la solidarité populaire en exigences concrètes adressées aux institutions nationales et internationales. Parmi les principales revendications figurent l’arrêt des transferts d’armes à l’armée d’occupation israélienne, le réexamen des accords concernés et le renforcement des mécanismes de responsabilité pour les violations du droit international. La participation de syndicats, d’universités, d’organisations de défense des droits humains, de collectifs culturels et de mouvements populaires traduit la volonté de dépasser les frontières nationales pour construire une mobilisation coordonnée. L’Amérique latine apparaît ainsi comme l’un des espaces où la solidarité avec le peuple palestinien continue de s’exprimer à travers une pluralité d’acteurs et de modes d’action. Ces initiatives contribuent à maintenir la question palestinienne au centre des discussions sur l’autodétermination, la justice et les droits fondamentaux.

En Occident, la Palestine s’impose dans le débat culturel et politique
Au-delà de l’Amérique latine, la question palestinienne a progressivement investi de nouveaux espaces de discussion dans les sociétés occidentales. Longtemps abordée principalement sous l’angle diplomatique et militaire, elle occupe désormais une place importante dans les mobilisations étudiantes, les débats culturels, les prises de position des artistes et les discussions politiques. Une analyse publiée par le magazine américain Newsweek met en lumière cette évolution, estimant que le slogan « Palestine libre » a dépassé le cadre des manifestations pour devenir, dans certains milieux militants et parmi une partie de la jeunesse, une expression de l’engagement moral et de la contestation de l’injustice. Cette évolution s’est particulièrement accentuée au cours des trois dernières années, parallèlement à la guerre génocidaire menée par l’entité sioniste contre Ghaza. Les conséquences du conflit ont dépassé le terrain militaire pour alimenter des controverses sur la responsabilité des institutions, les relations économiques avec Israël et la place des droits palestiniens dans les sociétés occidentales.

Les artistes sous pression face à la guerre à Ghaza
Le monde culturel constitue l’un des espaces où ces tensions se manifestent avec le plus de visibilité. Les manifestations et les occupations universitaires s’accompagnent désormais de débats sur la responsabilité des personnalités publiques et sur la nécessité de prendre position face aux événements de Ghaza. L’analyse de Newsweek évoque notamment les divergences entre la chanteuse britannique Paloma Faith et le chanteur Ed Sheeran au sujet de la responsabilité des artistes face à la situation dans la bande de Ghaza. Elle mentionne également la polémique entourant l’exclusion du rappeur Macklemore de la tournée américaine de Sheeran, suivie de prises de position et de retraits contestataires. Ces controverses illustrent les pressions auxquelles sont confrontées certaines personnalités publiques, sommées par une partie de leur public de clarifier leur position sur la guerre et les souffrances des Palestiniens. Dans les milieux militants, le silence peut lui-même être interprété comme une forme de désengagement face à une crise considérée comme majeure sur le plan humanitaire et moral. Cette évolution ne signifie pas que l’ensemble du secteur culturel partage une position uniforme. Elle révèle toutefois que la question palestinienne est devenue un sujet susceptible d’influencer les relations entre artistes, institutions et publics.

Des répercussions sur les débats économiques et électoraux
Les répercussions de la guerre s’étendent également aux discussions sur le capitalisme, le commerce des armes et la responsabilité des entreprises entretenant des relations avec Israël. Selon l’analyse de Newsweek, la mobilisation autour de la Palestine contribue à remettre en question certains choix économiques et institutionnels, particulièrement auprès d’une partie de la jeunesse. Le magazine cite notamment un sondage réalisé auprès d’étudiants de l’Université Harvard à l’automne 2025. Selon les chiffres rapportés, la proportion de jeunes Américains âgés de 18 à 29 ans favorables au capitalisme serait passée de 45 % en 2020 à 39 % en 2025. Ces données ne permettent pas, à elles seules, d’établir un lien direct entre l’évolution des opinions économiques et la guerre à Ghaza. Elles sont néanmoins mobilisées dans l’analyse pour illustrer un contexte de remise en question plus large des structures économiques et politiques, dans lequel les débats sur la Palestine prennent une place croissante. Au Royaume-Uni, la question palestinienne s’est également invitée dans les discussions partisanes. L’article relève la progression du Parti vert dans les sondages au cours de la période ayant suivi octobre 2023, parallèlement à ses prises de position sur Ghaza. La Palestine figure aussi parmi les préoccupations d’une partie de l’électorat musulman britannique. Selon un sondage cité par le magazine et portant sur vingt sujets, un quart des participants auraient placé l’occupation et Ghaza parmi les trois principales questions susceptibles d’influencer leurs prochains choix électoraux. Ces éléments témoignent de la capacité de la question palestinienne à s’inscrire dans les débats nationaux, en influençant les priorités de certains électeurs et en interrogeant les positions défendues par les partis politiques.

La bataille des récits et de la légitimité
L’élargissement du mouvement de solidarité s’accompagne toutefois de controverses persistantes sur les limites de la critique d’Israël, la distinction entre opposition aux politiques israéliennes et antisémitisme, ainsi que sur les différentes interprétations du sionisme. Ces débats mettent en évidence les divergences entre les institutions occidentales, les mouvements militants et les personnalités publiques sur la manière d’aborder la guerre et les droits des Palestiniens. Ils témoignent également d’une bataille autour de la légitimité des revendications, de la liberté d’expression et de la place accordée à la question palestinienne dans l’espace public. Pour autant, l’évolution décrite par Newsweek ne traduit pas un consensus occidental sur Israël ou sur le mouvement de résistance palestinien. Les opinions demeurent diverses et les positionnements politiques varient selon les pays, les générations et les courants idéologiques. Elle indique néanmoins que la guerre à Ghaza a produit des répercussions qui dépassent largement le champ militaire. En investissant les universités, les partis politiques, les espaces culturels et les réseaux militants, la question palestinienne s’est imposée dans des débats qui portent aussi sur les droits humains, la justice, les relations économiques et la responsabilité des acteurs internationaux.

Une solidarité qui dépasse les frontières
Des rues de São Paulo aux universités occidentales, en passant par les manifestations organisées au Mexique, au Pérou et en Uruguay, les initiatives de solidarité avec la Palestine témoignent de la persistance d’une mobilisation internationale diversifiée. Les actions programmées en Amérique latine du 9 au 11 octobre traduisent la volonté de coordonner les efforts des organisations sociales, syndicales, étudiantes et culturelles pour défendre les droits du peuple palestinien et réclamer des mesures concrètes contre les violations du droit international. Parallèlement, les évolutions observées dans les sociétés occidentales montrent que la cause palestinienne occupe une place croissante dans les débats publics, sans pour autant faire disparaître les divergences politiques et idéologiques. Au-delà des rassemblements ponctuels, l’enjeu consiste désormais à transformer cette mobilisation en engagements durables, notamment en matière de protection des civils, de cessation des transferts d’armes et de responsabilité internationale. La question palestinienne apparaît ainsi comme un sujet qui dépasse les frontières du Moyen-Orient et s’inscrit dans des débats mondiaux sur la justice, la liberté et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.
M. Seghilani