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DES ACTEURS ÉTRANGERS JOUENT LEURS CARTES ET ENTRENT EN SCÈNE : Le spectre d’une guerre redoutable plane sur la Libye

À  l’heure où les tensions font rage, et où la crise libyenne se dirige vers une escalade redoutable, après que le pays et son peuple ont vécu une guerre par procuration, depuis l’effondrement précipité de l’État libyen, avec l’intervention de l’Otan, en 2011, la Libye s’apprête à accueillir, le 7 janvier prochain les ministres des affaires étrangères d’Italie, d’Allemagne, de Grande-Bretagne et de la France ainsi que du haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Josep Borrell.

Le ministère des Affaires étrangères du gouvernement d’union nationale libyen (GNA) a annoncé, dans un communiqué, que le ministre Taher Siala a reçu une communication téléphonique de Josep Borrell durant laquelle ils ont abordé les derniers développements, en Libye, pays risquant de plonger dans une guerre géopolitique, entre acteurs étrangers, après huit ans de guerre par procuration.
L’annonce du déplacement des ministres des affaires étrangères de quatre pays de l’Union européenne, membres de l’Otan, intervient dans un contexte marqué par les violents combats aux portes de Tripoli, entre le Gouvernement d’union nationale et l’armée libyenne du général à la retraite, Khalifa Haftar, situation qui a conduit, ces derniers jours, des acteurs étrangers, membres de l’Otan et leurs alliés, en confrontation d’intérêts sur le sol libyen, à brandir la menace de mener leur guerre sur le territoire libyen, risquant de déstabiliser davantage la région maghrébine et le Sahel. L’annonce du déplacement, le 7 janvier prochain, en Libye, des MAE des pays européens précités et de Joseph Borrell, est intervenu, après le déplacement non annoncé, du président de la Turquie, en Tunisie, après sa décision annoncée, de l’envoi de ses soldats en Libye, mais aussi faut-il le souligner, suite à la visite éclair du ministre italien des Affaires étrangères Luigi Di Maio, mardi dernier, en Libye, la première depuis sa nomination. Durant ce déplacement, le ministre Luigi Di Maio a rencontré le président du GNA, Fayez Al-Sarraj puis a été à la rencontre du général à la retraite, Khalifa Haftar. Autre acteur devant peser de tout son poids sur la scène libyenne et donc dans le traitement du dossier libyen, par des pays de l’UE et hors de l’UE, dont la Turquie, la Fédération de Russie, dont le président, Vladimir Poutine, s’est entretenu, par téléphone, avec le Premier ministre italien Giuseppe Conte, jeudi dernier. À cette occasion, Moscou et Rome ont réaffirmé leur attachement à la solution politique en Libye, le même jour où Erdogan annonçait dans un discours, que son parlement «  allait voter début janvier 2020, l’envoi de soldats turcs en Libye » , en réponse, selon lui,  «  à la demande du gouvernement d’union libyen » affirmant que son pays « va présenter toutes les formes de soutien au gouvernement de Tripoli, a-t-il affirmé. Le responsable de la politique étrangère de l’UE, Joseph Borrell a dit, à son homologue Libyen, Taher Siala son intention de se rendre en Libye, le 7 janvier prochain, « pour s’entretenir avec des responsables libyens » sans plus de précisions dans le communiqué du ministère libyen. Après avoir plongé le pays, depuis 2011, dans un véritable chaos politique et sécuritaire, avec l’intervention de l’Otan, laissant depuis, les libyens dans l’enfer des luttes internes, que des membres de l’alliance atlantique nourrissaient directement et indirectement, par leurs interférences et ingérences, en vue de bloquer le processus politique inter-libyen et orienter ainsi le cours des évènements, pour assurer uniquement leurs intérêts, géopolitiques et géostratégiques, fixés, lors de leur décision prise en 2011 d’intervenir militairement en Libye. Ce pays risque de se transformer, dans les semaines qui viennent, en poudrière avec l’implication des forces étrangères, car ce qui se passe est une véritable poudrière, par la guerre que voudront mener des acteurs étrangers, sur le sol libyen, dans leur course et souvent leurs guerres pour les ressources énergétiques et le contrôle des voies d’approvisionnement en énergie, comme c’est le cas, pour la Turquie, à titre d’exemple, qui veut s’assurer un couloir maritime, partant de ses frontières jusqu’aux côtes Est de la Libye, et l’exploitation des ressources gazières que renferme l’Est libyen. Moscou a annoncé que l’intervention d’une troisième partie dans le dossier libyen, n’aidera pas à parvenir à une solution à la crise dans ce pays, saluant les efforts visant à aider les Libyens à parvenir à une solution. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a déclaré lors d’une conférence de presse, jeudi dernier, que la situation en Libye « suscite une inquiétude générale, y compris, la nôtre », signalant que la Russie « est pour un règlement pacifique du conflit le plus tôt possible, et l’arrêt de l’effusion de sang » en Libye, selon la presse russe.

Le gouverneur tunisien de Tataouine anticipe et craint de voir entre 25 000 et 50 000 Libyens et autres nationalités fuir vers la Tunisie
Sur l’intention de la Turquie d’envoyer des forces en Libye, le responsable russe a souligné que Moscou « considère que toute ingérence d’un autre pays dans l’affaire libyenne n’aidera pas à parvenir à un règlement » et que la Russie salue, néanmoins, a-t-il poursuivi « toute tentative d’autres pays à même de contribuer à trouver une solution et à aider les parties en conflit à sortir de la crise ». Nombreux sont les observateurs qui tout en espérant de voir la Conférence de Berlin, sur la Libye, être l’occasion pour sommer des acteurs étrangers à cesser leurs interférences et ingérences, dont a fait part le chargé de l’ONU du dossier libyen, Ghassan Salamé, pour que les Libyens puissent eux-mêmes dégager, à travers un processus de dialogue, la solution politique. Mais pour ces mêmes experts, il est à craindre aussi de voir la conférence de Berlin connaître les échecs des précédentes rencontres et conférences internationales sur la Libye, si ce n’est se tenir pour dépasser les tensions des divergences des pays étrangers influents sur la scène libyenne, évitant ainsi la guerre géopolitique qui plane sur le ciel libyen, notamment, depuis l’annonce du Président turc de l’envoi de ses troupes militaires en Libye. La Tunisie, qui assure la sécurité de ses frontières avec la Libye, non sans rencontrer des difficultés, anticipe, déjà, notamment dans la région de Tataouine. Hier, le gouverneur de Tataouine a averti sur un déferlement de réfugiés en provenance de la Libye, pouvant atteindre les 25 000 personnes, dans une déclaration au quotidien tunisien, Assabah, paru hier. Le responsable tunisien de Tataouine a indiqué que « la commission régionale de prévention des catastrophes, est en train de suivre attentivement la situation en Libye, et est en coordination permanente avec les ministères de l’Intérieur et des Affaires étrangères, ainsi qu’avec le Haut -Commissariat des réfugiés (HCR/ONU) » rapporte la même source. Poursuivant, Il a assuré que la partie tunisienne « est totalement disposée à toute évolution en Libye », faisant savoir que la zone frontalière de Bir Fatnassia, de Remada « va abriter le nouveau campement qui permettra d’accueillir les arrivants, côté libyen ». Il dira également que le HCR « prendra en charge l’aspect logistique de ce campement, et les autorités en assureront l’organisation et la supervision, y compris la couverture sanitaire » Selon des informations rapportées par Assabah, citant ses propres sources, « entre 25 000 et 50000 réfugiés entre Libyens et autres nationalités arriveraient en Tunisie, suite aux évolutions sécuritaires en Libye. et pour revenir à Moscou, au sujet d’une éventuelle présence de mercenaires russes qui combattent en Libye, le porte-parole du Kremlin a souligné que « les territoires libyens sont devenus un terreau pour les mercenaires issus de plusieurs pays et d’éléments terroristes », indiquant que « la situation que traverse la Libye est le résultat d’interventions très connues de pays connus pour détruire l’État libyen » a-t-il affirmé.
Karima Bennour