AMINATOU HAIDAR

AMINATOU HAIDAR : L’hommage de la presse américaine à la «Gandhi Sahraouie»

Pour son combat inlassable pour porter haut la lutte de son peuple pour sa liberté et son indépendance, l’icône du peuple sahraoui, Aminatou Haidar, ne cesse d’être reconnue pour ses luttes et sa résistance sans concession et ses nombreux sacrifices.

Ainsi un journal américain vient de lui consacrer un long portrait retraçant son parcours de militante et la distinction populaire de « Gandhi » du Sahara occidental. Dans sa dernière livraison, le journal « OZY » revient avec un long article sur cette l’icône, Aminatou Haidar, qui est la présidente de l’Association des droits de l’Homme des Sahraouis (CODESA).
« Tard dans la nuit de 1987, la police marocaine est arrivée dans une maison de la ville d’El-Ayoun (occupée), la capitale du Sahara occidental, et a demandé à parler à Aminatou Haidar. Cela ne prendrait que 10 minutes, ont-ils dit à la famille terrifiée, mais ces minutes se sont prolongées en jours, semaines, mois et années », a écrit le journaliste Ruairi Casey dans son article. « La fillette de 20 ans a disparu sans procès dans une installation secrète non loin de chez elle, où les gardes l’ont torturée, la soumettant à la faim et aux menaces de viol, le prix à payer pour des graffitis et la distribution de brochures pour demander un Sahara occidental libre et indépendant ». « Le jour de sa libération, plus de trois ans plus tard, elle ne pouvait plus se tenir debout, son corps était presque brisé par la terrible expérience », a-t-il ajouté.
Mais Mme Haidar n’a pas été dissuadée de l’activisme et est depuis devenue l’un des principaux porte-parole de la résistance sahraouie face à la répression marocaine sur le territoire occupé, considéré comme la dernière colonie en Afrique. « Cela m’a rendu plus forte et plus déterminée, et j’étais encore plus consciente de la nécessité de mener une lutte pour l’autodétermination », a-t-elle déclaré.
Pour les Sahraouis, souligne l’auteur, Haidar est le « Gandhi du Sahara occidental », un défenseur infatigable de la résistance pacifique qui accorde une attention internationale à sa difficile situation oubliée. À 53 ans, elle est devenue une voix de modération face à une nouvelle génération de militants sahraouis. Haidar craint qu’ils ne soient trop désireux de déclencher une guerre à grande échelle, avec des tensions croissantes sur la plus longue frontière militarisée du monde.

« Je ne vais pas nier qu’une guerre peut commencer à tout moment. »
Depuis que le Maroc a envahi le territoire en 1975, déclenchant une guerre de 16 ans avec le Front Polisario, le mouvement de libération sahraoui, qui soutient l’indépendance, est confronté à une discrimination et à une répression. Selon Amnesty International, la police interdit les manifestations et agresse les manifestants. Les militants sont condamnés à l’issue de procès « très inéquitables ».
Plusieurs milliers de Sahraouis vivent en exil dans des camps de réfugiés dans le sud-ouest algérien, séparés de leur patrie et de leurs familles par la plus longue fortification du monde: un mur de 1 700 km traversant la frontière du Sahara occidental. Un cessez-le-feu sous l’égide des Nations unies en 1991 a promis un référendum pour décider de l’avenir du Sahara occidental. Le référendum d’autodétermination ne s’est pas encore concrétisé.Une lueur d’espoir est apparue, lorsque l’ONU a nommé l’ancien président allemand Horst Kohler en tant qu’envoyé spécial pour le Sahara occidental. En quelques mois à peine, le Polisario et le Maroc se sont rendus à la table des négociations pour la première fois en six années.
Toutefois, après deux réunions à Genève, Köhler a brusquement démissionné en mai, invoquant des problèmes de santé, faisant de lui le quatrième envoyé à ne pas parvenir à un accord politique. Les jeunes collègues activistes de Haidar dénoncent le cynisme marocain épuisé et disent que les négociations politiques sont dans une impasse. « Je ne nierai pas qu’une guerre peut commencer à tout moment », a déclaré Haidar. « Ce n’est vraiment qu’une question de temps, surtout si la communauté internationale et l’ONU ne désignent pas un nouvel envoyé spécial rapidement pour faire pression sur le Maroc » afin de reprendre les négociations.
Haidar reste cependant optimiste, même aux jours les plus sombres, la vision d’un avenir meilleur ne l’abandonnait pas et ses pensées se tournaient parfois vers les autres militants arrêtés le soir même de 1987.Avec les séquelles des tortures et sa grève de la faim qui a fait céder le Maroc qui prétendait lui interdire de rentrer à El Ayoun occupée, la santé de Haidar reste fragile. Elle souffre d’arthrite et de problèmes de la colonne vertébrale. Mais abandonner l’idée de se retirer de la lutte pour mener une vie plus calme n’effleure même pas son esprit, tant que sa patrie ne sera pas indépendante.
Mokhtar Bendib