ville millénaire de Miliana

Aïn Defla : Le patrimoine de Miliana, une richesse à valoriser

La ville millénaire de Miliana dans la wilaya de Aïn Defla dispose d’un riche patrimoine qui lui a valu d’être classée secteur sauvegardé et qui attend d’être valorisé, affirment des experts dans le domaine. « A la faveur du riche patrimoine dont dispose cette cité de citadins par excellence, peuplée de descendants d’Andalous, de Kourouglis et de Berbères du Zaccar, Miliana, cité antique érigée durant la période romaine, et dont la prospérité lui a valu, plus tard, le nom de -Meliana- (emplie de richesses), ne pouvait qu’être classée en tant que secteur sauvegardé », affirme l’ex-directeur du musée de la ville, Abass Kébir Benyoucef. Auteur de plusieurs livres dont notamment « Abdelmoumen Ibn Ali, Le Chevalier du Maghreb », « L’Histoire de l’Algérie », « Rais Hamidou, le corsaire d’Alger », « Figures héroïques du Maghreb » « El Kahina, la reine des Aures » et « 17 octobre 1961, il s’est attardé sur l’aspect histoire de la ville. Il a, à ce propos, noté que Miliana a longtemps abrité l’Emir Abdelkader qui s’y était établi une bonne partie de sa vie, et dont l’ancienne demeure, un édifice de style mauresque situé en plein centre-ville, a été restauré et aménagé en musée. Le musée comprend plusieurs salles d’expositions sur l’histoire de la région telle que des vestiges archéologiques d’époques romaine et musulmane, les résistances populaires pendant la conquête de l’Algérie par la France ainsi que des objets ethnographiques du Sud algérien, détaille-t-il. Outre les illustres Ibn Khaldoun et El Idrissi (période médiévale) qui y ont séjourné, la ville a connu le passage de l’écrivain Alphonse Daudet (1840-1897) qui, dans « Les lettres de mon moulin » (1869), a consacré une nouvelle intitulée « A Milianah », où il a notamment cité l’horloge, les remparts ainsi que le mausolée du saint patron de la ville, relève-t-il. Ayant travaillé sur le classement de Miliana en tant que secteur sauvegardé depuis 2014, M. Benyoucef, également designer, illustrateur, dessinateur, musicien et archéologue, s’est, par ailleurs, intéressé au Rekb de Miliana, une tradition de la tribu berbère des Beni Farh et de la région, consistant en un pèlerinage annuel dans l’enceinte du mausolée de Sidi Ahmed Benyoucef. « Tradition incontournable dans le calendrier des événements de la région, le Rekb des Beni Farh est le rendez-vous des Milianais avec des centaines de pèlerins venus de plusieurs régions du pays, lesquels entameront leur longue procession à partir de la ville de Mousselmoune (Tipaza) pour se retrouver dans l’enceinte du mausolée de Sidi Ahmed Benyoucef », détaille-t-il. Relevant que Miliana recèle des vestiges dont la valeur et la réputation sont reconnues au plan international, le président de l’association « les amis de Miliana », Lotfi Khouatmi, a soutenu que le classement de la ville sur la liste des secteurs sauvegardés la dotera d’outils à même de lui permettre de protéger son patrimoine urbain et d’assurer son développement. Tout en relevant l’importance du débat sur les moyens susceptibles de faire du patrimoine « une source de richesse et de développement économique », ce chirurgien-dentiste a mis l’accent sur la nécessité de l’implication des collectivités territoriales et l’adhésion de la société civile au processus de protection du patrimoine matériel et immatériel de la ville.

Un plan permanent de mise en valeur, une action vitale
Relevant qu’un patrimoine est une ressource non renouvelable, le directeur de la Culture de la wilaya de Aïn Defla, Hasnaoui Mahmoud, a estimé que la préservation de ce capital permet la valorisation de l’identité d’une population donnée et, par ricochet, l’amélioration de la vie locale. Cet archéologue de formation ayant à son actif une grande expérience dans ce domaine (il a notamment pris part au classement de la ville de Ténès (Chlef) en tant que secteur sauvegardé), a noté que l’existence d’unités patrimoniales stables dans un espace homogène au niveau de la ville de Miliana a plaidé pour la création d’un secteur sauvegardé de cette cité. Il a noté que les principaux objectifs recherchés par le classement de la ville de Miliana consistent à éviter la disparition (ou une atteinte irréversible) aux quartiers historiques (par l’institution de mesures juridiques de protection) ainsi qu’à requalifier le patrimoine historique, architectural et urbain. L’opération de classement vise, par ailleurs, à associer « sauvegarde » et « mise en valeur » dans une démarche d’urbanisme qualitatif où, tout en préservant architecture et cadre bâti, on permettrait une évolution harmonieuse des quartiers anciens, observe-t-il. Selon lui, l’action la plus importante à mettre en place après le classement de la ville de Miliana consiste en la mise en place du Plan permanent de sauvegarde et de mise en valeur du secteur sauvegardé de la vieille ville (PPS MDSS), une opération qui, a-t-il fait savoir, ne peut être entreprise à l’heure actuelle car touchée par le gel. « Il y a 4 ans, nous avions bénéficié de 15 millions de dinars en vue de lancer l’étude inhérente à ce plan mais comme la ville n’était pas classée, on ne pouvait réaliser pareille opération dont l’exécution est faite par un bureau d’étude spécialisé dans le patrimoine, ayant de surcroît un agrément délivré par le ministère de la Culture », a-t-il fait remarquer. « Aujourd’hui que la ville a été classée en tant que secteur sauvegardé, nous nous retrouvons dans l’impossibilité de mettre en place ce plan dont la concrétisation est tributaire de son dégel », a-t-il confié