Affaire Sonatrach 1 : ce qu’il faut déjà retenir du procès

Le procès de l’affaire dite «Sonatrach 1» qui s’est ouvert le 27 décembre dernier au tribunal criminel d’Alger en présence, cette fois-ci, de la majorité des témoins de ce gigantesque scandale de corruption qui a éclaboussé la compagnie pétrolière publique, reprendra aujourd’hui avec l’audition des de témoins liés aux marchés de télésurveillance, GK3 et de réhabilitation du siège de Ghermoul. Tous les moyens ont été mis en œuvre pour que cette 3e ouverture du procès pour corruption, impliquant 15 anciens dirigeants du groupe pétrolier national Sonatrach ainsi que quatre sociétés étrangères dont les compagnies allemande Funkwerk et italienne Saipem, puisse se tenir jusqu’au bout. Au premier jour du procès, le juge Mohamed Reggad, du tribunal criminel d’Alger, en charge de l’affaire avait exigé le recours à la force publique pour faire venir trois témoins clés n’ayant pas répondu à ses convocations. Sur les 111 témoins cités à comparaître, 82 étaient présents à l’ouverture et deux sont décédés avait constaté le greffier à la suite de l’appel. Seulement, notons que la fin de l’audition de la centaine de témoins dans le procès de l’affaire Sonatrach 1 est attendue pour ce lundi. Or, il n’est quasiment pas évident de respecter ce planning, vu les complications de l’affaire, et l’importance de cette étape pour les accusés et leurs avocats. Il n’en demeure pas moins que le passage des différents témoins à la barre n’a pas permis de faire toute la lumière sur cette affaire. Malgré cela, les mis en cause affirment tous que «les ordres sont venus des responsables» ou encore «l’urgence de la situation».

Trois marchés frauduleux à la loupe
La première journée du procès a été consacrée à la lecture de corruption dans la conclusion de trois marchés publics douteux entre Sonatrach et des compagnies étrangères. Il s’agit en l’occurrence du marché d’acquisition d’équipements de télésurveillance et de protection électronique entre Sonatrach, dirigée alors par Mohamed Meziane, et le groupe allemand Contel Funkwerk Pletarc, via sa filiale algérienne. Le deuxième marché porte sur la réalisation d’un gazoduc devant relier l’Algérie à l’Italie (Sardaigne) obtenu par le groupe italien Saipem Contracting Algeria. Enfin, le troisième marché est relatif à la réhabilitation du siège de Sonatrach à Ghermoul (Alger). Il est à noter que cela fait 3 semaines que des accusés (dont principalement l’ancien P-DG Mohamed Meziane et ses fils) et des témoins citent, sans cesse, le nom de l’ex ministre de l’énergie et des Mines, Chakib Khelil comme étant le véritable patron de cette grande entreprise nationale. Dans un autre sillage, il est à rappeler que Mohamed Meziane a, tout au long de son audition par le tribunal criminel, affirmé qu’en sa qualité de gestionnaire il n’avait pas à interférer dans les choix de ses services, mais juste à valider ou pas leurs demandes de lancement de projets après que ces derniers aient été étudiés, vérifiés et validés à tous les niveaux.
Ce dernier va soutenir qu’en sa qualité de haut cadre soumis à une obligation de réserve, il ne pourra pas parler des pressions subies de la part du DRS, mais il insinuera que les agents de ce service ont fait pression sur lui pour impliquer l’ex- ministre de l’énergie, Chakib Khelil. Il dira également que le bureau d’études CAD de Meliani Nouria lui a été recommandé du ministère mais aussi de «plus haut». «Je suis un enfant du peuple et je défendais Sonatrach» , indiqua-t-il.
Il se défend en avançant : « Je n’ai jamais pris une décision sans consulter les cadres ou le comité exécutif. » Il expliquera aussi que c’est lui qui a donné les délégations de signature pour les contrats, mais sur la base des dossiers que lui transmettaient les responsables en charge de l’examen des documents, des projets. Mais aussi conformément à la charte des responsabilités qui existe depuis 1963 dans l’entreprise. « De plus, j’ai exécuté les ordres de mon ministre. Des ordres que je ne conteste pas par, respect de l’organisation et de la hiérarchie », détaillera-t-il. Association de malfaiteurs, passation de marchés illégaux, corruption, blanchiment d’argent, dilapidation de deniers publics, surfacturation… Le magistrat instructeur a la main lourde. Inculpé, Mohamed Meziane est placé sous contrôle judiciaire. Malgré cela, la stratégie de défense de Mohamed Meziane repose, donc, à nier tout en bloc. Notons enfin que l’audition des témoins se poursuivra aujourd’hui. La plaidoirie de la partie civile interviendra juste après et sera suivie par celle du procureur de la République.
Lamia Boufassa