Les violences perpétrées par les colons et les forces d’occupation se sont multipliées ces dernières heures en Cisjordanie occupée, faisant plusieurs blessés, entraînant des arrestations et provoquant des destructions de biens et de cultures palestiniens. À El-Khalil, 10 Palestiniens ont été blessés hier, dont deux par balles réelles, tandis que plusieurs autres ont été agressés lors d’attaques menées par des colons et les forces d’occupation.
Dans le même temps, des familles palestiniennes continuent d’être assiégées à Qusra, au sud de Naplouse, alors que Madrid a dénoncé les violences et appelé à mettre fin à l’impunité des auteurs. Cette escalade intervient sur fond de multiplication des attaques dans les territoires palestiniens occupés. Les chiffres communiqués par la Commission palestinienne de résistance au mur et à la colonisation font état de 3 488 attaques de colons durant le premier semestre 2026, ayant fait 17 morts palestiniens, tandis que 42 nouveaux avant-postes coloniaux ont été établis et 4 379 dounams de terres palestiniennes confisqués.
10 Palestiniens blessés à El-Khalil
Dans plusieurs secteurs d’El-Khalil, les attaques de colons et les opérations des forces d’occupation ont fait 10 blessés hier. Le Croissant-Rouge palestinien a indiqué que ses équipes avaient pris en charge les victimes dans le quartier d’Al-Jaâbari, dans le secteur d’Al-Ras. Deux Palestiniens ont été touchés par des tirs à balles réelles. Un homme de 60 ans a été atteint au dos et à la main, tandis qu’un autre, âgé de 46 ans, a été blessé par balle avant d’être arrêté par les forces d’occupation. 8 autres Palestiniens ont été blessés après avoir été frappés, parmi eux une femme de 66 ans. Plusieurs victimes ont été transférées vers des établissements hospitaliers. Dans le secteur de Beït Aïnoun, à l’est d’El-Khalil, des colons ont également attaqué la famille Zalloum et agressé plus d’une vingtaine de Palestiniens. Les forces d’occupation ont, de leur côté, arrêté une douzaine de jeunes hommes et les ont conduits vers un avant-poste voisin pour les interroger. À Tarqumyah, des opérations de perquisition ont également été menées dans plusieurs maisons palestiniennes. Trois habitants ont été blessés et soignés sur place par les équipes du Croissant-Rouge. À Beït Ummar, au nord d’El-Khalil, les forces d’occupation ont arrêté un jeune Palestinien de 20 ans, Malek Ahmed Youssef Brighith, après avoir perquisitionné le domicile familial et endommagé son contenu.
À Qusra, des familles palestiniennes toujours encerclées
La situation demeure également particulièrement tendue à Qusra, au sud de Naplouse, où des familles palestiniennes sont soumises, depuis plusieurs jours, au siège de colons. Les familles Abdel Salam et Abou Rida sont toujours encerclées, tandis que les colons ont bloqué les accès avec des pierres et installé une tente à proximité des habitations. Des équipes médicales et des militants étrangers de solidarité ont également été empêchés d’atteindre les familles. Face à cette situation, l’Espagne a fermement condamné les violences. Madrid a appelé les autorités de l’entité sioniste à assumer leurs obligations en tant que puissance occupante, à protéger la population palestinienne et à traduire en justice les auteurs des violences. L’Espagne a également réaffirmé son opposition à toutes les activités de colonisation dans le territoire palestinien occupé, les considérant contraires au droit international, et renouvelé son soutien à la solution à deux États.
Des terres agricoles et des biens palestiniens ciblés
Ailleurs en Cisjordanie, les attaques se poursuivent contre les biens et les terres palestiniens. À Sinjil, au nord de Ramallah, des colons ont pénétré dans une carrière située dans la zone de Gharaba et sectionné les câbles électriques d’une machine destinée à la taille de la pierre. Ils ont également volé une carte électronique dont la valeur est estimée à 60 000 shekels. Dans la même localité, des colons ont fait paître leurs troupeaux sur des terres agricoles palestiniennes dans la zone de Shurya, causant des dégâts aux cultures. Un nouvel avant-poste colonial pastoral y aurait été établi il y a environ deux semaines et servirait, selon des sources locales, de point de départ à des attaques contre les habitants et leurs biens. À Burqa, au nord-ouest de Naplouse, des colons issus d’un avant-poste pastoral établi sur les terres de Masoudiya ont également agressé trois habitants. Selon le responsable du Comité de défense des terres de Masoudiya, les victimes ont été frappées et aspergées de gaz poivré, tandis que l’avant d’un véhicule a été endommagé. À Deïr Ballut, à l’ouest de Salfit, les autorités d’occupation ont, par ailleurs, ordonné à un Palestinien de suspendre les travaux sur un bâtiment en construction dans la zone d’Al-Marij. Le maire de la localité, Jihad Qassem, a dénoncé une mesure s’inscrivant dans les restrictions imposées aux habitants et dans les tentatives visant à les empêcher d’exploiter leurs terres et d’y construire.
3 chauffeurs d’aide arrêtés à Ghaza
La répression ne se limite pas à la Cisjordanie. Dans la bande de Ghaza, les forces d’occupation ont arrêté, hier, trois chauffeurs de camions transportant de l’aide humanitaire à proximité du point de passage de Kerem Shalom, au sud-est de Rafah. Les trois chauffeurs, Iyad Marish, Zayed Abdel Aal et Ibrahim Abou Jarad, ont été arrêtés alors qu’ils participaient à l’acheminement de l’aide destinée à la population de la bande de Ghaza. En Cisjordanie, 7 autres Palestiniens ont été arrêtés lors de plusieurs opérations menées à Bethléem et à l’est de Ramallah, notamment à Al-Minya, Kisan, Beïtin et Silwad.
À l’est d’El-Qods, une maison démolie par son propriétaire
À Silwan, au sud de la mosquée Al-Aqsa, les autorités d’occupation ont contraint, hier à l’aube, un habitant de Jérusalem-Est, Mamoun Salem Shiyoukhi, à démolir lui-même son logement dans le quartier d’Al-Aïn al-Fawqa. La maison, d’une superficie d’environ 70 mètres carrés, avait été construite il y a près de deux ans. Le propriétaire y vivait avec son épouse et leurs trois enfants. Les autorités d’occupation ont invoqué l’absence de permis de construire pour justifier la démolition. Dans le même secteur, trois nouveaux ordres d’évacuation ont été délivrés contre des logements palestiniens. L’un concerne une maison construite en 1966 et occupée par quatre personnes. Un autre vise une partie du logement d’une famille palestinienne, tandis que le troisième concerne deux femmes, Inam Maragha et sa sœur Rabia, dont le logement doit être partiellement évacué alors qu’elles souffrent de problèmes de santé et d’une incapacité totale à se déplacer. Le gouvernorat d’el Qods occupée dénonce une politique visant à accentuer la pression sur les Palestiniens d’El-Qods-Est et à les pousser à quitter leurs maisons et leurs terres.
Londres dénonce des « actes de terrorisme » des colons
Le nouveau ministre d’État britannique chargé du Moyen-Orient, Stephen Doughty, a également condamné les violences commises par les colons en Cisjordanie occupée. Dans un message publié sur le réseau social X, il a dénoncé des « violences horribles et effrayantes » ainsi que des «actes de terrorisme» commis par des colons, appelant à leur cessation. Ces déclarations interviennent alors que les attaques contre les Palestiniens et leurs biens se poursuivent à un rythme élevé. La Commission palestinienne de résistance au mur et à la colonisation estime que ces attaques comprennent notamment les agressions physiques, les tirs, les incendies de maisons, les attaques contre les routes et les véhicules, l’établissement d’avant-postes coloniaux et la prise de contrôle de terres palestiniennes.
Les journalistes palestiniens sous pression
À cette escalade des violences s’ajoute une pression croissante sur la presse palestinienne. Le Syndicat des journalistes palestiniens a recensé 192 cas de détention et d’empêchement de couvrir les événements par les forces d’occupation durant le premier semestre 2026. Le rapport de la Commission des libertés du syndicat fait également état de 27 arrestations, 29 cas de tirs à balles réelles, 78 tirs de grenades lacrymogènes ou assourdissantes, 22 cas de saisie ou de destruction de matériel, ainsi que sept perquisitions de domiciles ou de sièges d’organes de presse et trois fermetures d’institutions médiatiques. Le syndicat estime que ces pratiques s’inscrivent dans une politique plus large visant à empêcher les journalistes palestiniens de documenter et de transmettre les événements.
Une pression qui s’aggrave
Les cas de détention et d’empêchement de couverture recensés par le Syndicat des journalistes palestiniens sont passés de 314 en 2023 à 396 en 2024, puis à 425 en 2025. Pour la Commission des libertés, empêcher la couverture d’un événement ne signifie pas seulement empêcher la diffusion de l’information au moment des faits, cela peut aussi compromettre, des années plus tard, la possibilité de documenter une violation et d’en établir les preuves. Le président de la Commission des libertés, Mohamed Al-Laham, estime que les chiffres recueillis ne correspondent pas à une succession d’incidents isolés, mais témoignent d’un «schéma récurrent» reposant sur des moyens militaires, sécuritaires et judiciaires destinés à limiter l’accès à l’information, sa documentation et sa diffusion. Il dénonce également la combinaison des meurtres, détentions, menaces, destructions et entraves à la couverture, ainsi que l’interdiction faite à la presse internationale indépendante d’entrer dans la bande de Ghaza. Selon lui, cette situation justifie une enquête internationale indépendante et systématique sur la nature de cette politique, sa légalité et ses objectifs.
Ben Gvir : des propos dénoncés comme une incitation au génocide
Dans ce contexte de violences continues, le Centre de Ghaza pour les droits de l’Homme a condamné les dernières déclarations du ministre extrémiste sioniste Itamar Ben Gvir, estimant qu’elles révèlent une volonté préméditée de déplacer et d’exterminer la population palestinienne de Ghaza.
Le Centre a notamment dénoncé son appel à intensifier les frappes aériennes nocturnes contre la bande et sa déclaration selon laquelle les forces d’occupation pourraient «tuer 30, 40 ou 50 terroristes» chaque nuit. Il a également condamné le fait que Ben Gvir ait décrit les habitants de Ghaza comme des personnes qui «ne sont pas des êtres humains» et qui « n’ont pas besoin de vivre». Pour le Centre, de tels propos constituent une incitation publique et directe au génocide. Il les replace dans une série de déclarations et de prises de position de Ben Gvir et d’autres responsables sionistes en faveur du déplacement des Palestiniens et de la colonisation de la bande de Ghaza.
Ania N.
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