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9e MARDI DE MOBILISATION DE LA FAMILLE UNIVERSITAIRE : Les étudiants au cœur du mouvement populaire et citoyen

Le troisième mois de la mobilisation pacifique des citoyens contre le système politique en place, déclenchée le 22 février dernier, a été entamé, hier, par les étudiants avec leur 9e mardi successif de manifestations à travers toutes les régions du pays.

À Alger, comme dans les autres villes universitaires, la famille estudiantine reste unie autour de son objectif primordial : «le départ du pouvoir politique». Le caractère pacifique des manifestations a été maintenu, malgré la répression, Vu que l’entrée au tunnel des facultés, à Alger, leur a été interdite par les forces anti-émeute présentes en force.D’ailleurs, pour faire disperser la foule, les forces de l’ordre ont usé de bombes lacrymogènes afin d’empêcher les étudiants d’emprunter le tunnel des facultés.
Encore une fois, les étudiants prouvent leur maturité et leurs conscience, par rapport à tout ce qui se passe dans le pays. Au niveau de la Grande-Poste à Alger, lieu emblématique du «Hirak», les jeunes étudiants ont rendu un vibrant hommage aux cinq personnes décédées dans l’effondrement, la veille, d’un immeuble à la Casbah d’Alger. Après avoir récité la « Fatiha » du Coran, suivie par une minute de silence à leurs mémoires, les étudiants ont scandé de nouveaux slogans à la mémoire des victimes,mais aussi hostiles au pouvoir «La Casbah Chouhada» (Les martyrs de la Casbah), «Zaoualia Eddoula Katlethoum» (Les démunis, l’État les a tués), «Kolo las sarakine, Maranach Habssine» (dites aux voleurs qu’on ne va pas arrêter les protestations), ces slogans inédits ont été longtemps scandés par les étudiants. La future élite du pays a annoncé qu’elle ne reprendrait pas les cours tant que le changement n’a pas encore eu lieu. «Nous sommes déterminés. Nous sommes prêts à sacrifier notre année pour l’avenir du pays», soutiennent ces étudiants réunis pour prendre cette importante décision. «Si les Bensalah et consorts sont têtus, nous le sommes encore plus», ajoutent-ils avec beaucoup de détermination.Un étudiant en génie civile nous confie «nous sommes capables de bâtir une nouvelle Algérie, parce que c’est nous les futurs ingénieurs», tout en soulignant : «notre domaine est corrompu, comme tous les secteurs et le votre notamment ! Ce système politique ne veut plus de nous, le pouvoir oblige les ingénieurs à accepter leur règle du jeu, sinon ils ne sont pas les bienvenus. Je dirais que la corruption est devenue, chez eux, comme une culture», dira l’étudiant avec beaucoup d’émotions.
Pour la 9e semaine consécutive, les étudiants ont déferlé dans les rues des villes du pays comme une seule personne pour dire au système : «dégage». Le mouvement estudiantin a fait une nouvelle démonstration de force comme celles des mardis précédents.Ils pensent même à aller vers des manifestations quotidiennes si les autorités continuent dans leur autisme. «On est les seuls à pouvoir maintenir la pression quotidienne. Nous pensons alors à des marches continues pour faire plier le pouvoir», argumente une étudiante pour justifier cette décision. Pour sa part, Professeur Cherbal Farid, enseignant à l’USTHB de Bab Ezzouar, dira que «le mouvement des étudiants est désormais à l’avant-garde du mouvement populaire, et a donné une dimension particulière à la mobilisation citoyenne», tout en précisant que «c’est le retour du mouvement estudiantin à travers les 48 wilayas du pays, sur la scène politique. Il y a une maturité politique chez les étudiants algériens.Quand ils réclament une Algérie démocratique sociale et l’édification d’un État de droit, cela veut dire que nos enfants sont en marche pour écrire l’histoire en lettre d’or», a fait savoir notre interlocuteur.
Med Wali

La Moudjahida  Bouhired invitée par un policier à quitter les lieux
Lors du 9e mardi de manifestation des étudiants, qui réclament «le départ de tout le système politique en place», la moudjahida emblématique de la Révolution algérienne, Djamila Bouhired, a été invitée par un policier à s’éloigner et à quitter les lieux de l’action de protestation. Ceci intervient en plein déploiement d’un dispositif sécuritaire qui a empêché énergiquement les étudiants de se rendre à la Place Maurice-Audin. Au moment même où la femme symbole de la Guerre de libération s’est rapprochée des policiers pour leur demander de ne pas réprimer l’action des étudiants et de ne pas leur barrer la route. Mais, contre toute attente, un agent de l’ordre l’a invitée à quitter les lieux.
M. W.