Investissement en Algérie

SUR 4 125 PROJETS LANCÉS, 20 INVESTISSEMENTS SEULEMENT SONT PROPRES A DES ÉTRANGERS : Les IDE au ralenti en Algérie

À vouloir «trop» protéger la préférence nationale par l’adoption d’une politique protectionniste, l’Algérie risque de refouler à la porte un bon nombre d’investisseurs étrangers désireux de lancer des projets plus ou moins rentables à l’économie du pays. Si, jusque-là, de grosses cylindrées s’y sont installées ; comme les constructeurs automobiles, les cimentiers ou encore les sociétés pétrolières, les PME/PMI sont moins visibles sur le terrain de l’investissement.

Preuve à ce constat, le bilan de l’Agence nationale de développement de l’investissement (ANDI) communiqué hier par l’APS. Ainsi sur un total de 4 125 projets lancés en 2018, pour un montant de 1 676 milliards de dinars, seuls 20 investissements d’un montant de 146 milliards de DA reviennent à des partenaires étrangers. Soit 9% de l’ensemble des investissements consentis durant l’exercice écoulé. Quoiqu’ils promettent la création de près de 10 000 postes d’emploi, ce qui n’est pas à négliger, ces projets restent en deçà des objectifs assignés par le gouvernement et l’assiette des IDE dans le pays demeure inférieure à la norme.
C’est en tout cas un avis des spécialistes partagé par Mohamed Sayoud, expert et consultant international en investissement industriel. Pour notre interlocuteur, joint hier par téléphone, le gouvernement doit encourager la naissance de petites et moyennes entreprises, qui s’avéreraient économiques et plus rentables dans le cours terme, que de consentir notamment des investissements colossaux, dont les fruits doivent attendre des années. Plus explicite, «on ne pense qu’aux gros projets alors qu’une grande société étrangère ne vient pas tout de suite pour s’installer dans le pays. Il lui faut un temps minimum de 5 ans, voire plus au-delà. Ce qui n’est pas le cas pour une PME ou PMI qui sont moins couteuses et plus rentables dans le temps. Et l’occasion s’y prête aujourd’hui. Regardez en Europe, des sociétés baissent rideau. Et pourquoi pas ne pas en profiter ! C’est-à-dire penser à les encourager pour les faire venir s’installer

en Algérie», suggère Sayoud comme solution qui pourrait inverser la donne en faveur d’un investissement étranger plus visible et plus consistant sur le terrain. D’autre part, et interrogé sur les raisons qui ont fait que les investisseurs étrangers, parmi les porteurs de projets à fort valeur ajoutée dans des créneaux bien ciblés, ne se bousculent pas devant le portillon, Sayoud estime qu’il n’y a pas «une bonne volonté de faire». Sinon, avance-t-il comme argument, comment expliquer le fait que, pour investir, il faudrait, pour un opérateur, fournir un dossier lourd auprès de l’ANDI qui passe, cite-t-il, l’élaboration une étude prévisionnelle technico-économique de 10 à 15 ans ? Pour notre interlocuteur cette démarche administrative est «contraignante», d’autant plus qu’«on n’est pas en train de rendre service aux investisseurs étrangers puisqu’ils viennent investir leur propre argent. sommes-nous maintenant mieux que les pays étrangers dans ce domaine ?», s’interroge ce consultant en investissement, spécialiste du domaine industriel. «Il faut faciliter la démarche administrative. Par exemple, ne pas exiger de l’opérateur de fournir un bilan prévisionnel, ce qui nécessite beaucoup de temps. D’ailleurs pendant ce temps qui coule, le projet deviendra obsolète au moment où d’autres pays vont vite et tirent profit de telles opportunités.
À la question de savoir si ce genre d’exigences a cours dans d’autres pays parmi ceux qui ont réussi à mobiliser des investissements étrangers, Sayoud pense à une exception algérienne.
Farid Guellil