Le 6 novembre 1975, le Makhzen avait mobilisé des parias, des prostituées, des prisonniers condamnés à de lourdes peines pour constituer les colonnes qui avaient déferlé sur le Sahara occidental dans ce qu’il avait présenté comme la marche verte pour récupérer les territoires abandonnés par l’Espagne.
C’est une ruse qu’il a toujours utilisée pour mettre ses voisins en difficulté. Les 30 et 31 juillet derniers des cohortes de clandestins avaient déferlé sur l’enclave de Ceuta dans une opération frappée du sceau des services de sécurité marocains. Les nombreux rapports des services de sécurité espagnols avaient fait état de la présence, parmi les envahisseurs, de soldats des FAR. Et aujourd’hui, une dépêche de Reuters qui raconte le calvaire des migrants encore présents dans l’enclave fait état de la présence de marocains de conditions sociales précaires, d’homosexuels, et de nombreux sujets de M6, qui n’ont pas le profil d’opposants politiques, mais de parias ayant fui les conditions sociales qu’ils vivent dans la Suisse de l’Afrique.
L’agence cite le cas de Fatna, une marocaine toujours présente dans l’enclave, enceinte et accompagnée de son mari et de son fils âgé de trois ans handicapé. Elle espérait être en tête de liste des autorités pour obtenir de l’aide. « Près de trois mois plus tard, alors que son nouveau-né souffre de problèmes rénaux, Fatna, et sa famille ont un besoin urgent de rejoindre l’Espagne continentale pour un traitement hospitalier spécialisé. Fatna et son mari Mohamed désespèrent de rester en Espagne, craignant pour le nouveau bébé et convaincus que leur fils handicapé de 3 ans mourra au Maroc. Nous faisons tout pour notre fils », a déclaré Mohamed.
De nombreux clandestins marocains qui sont restés dans l’enclave attendent le traitement de leurs demandes d’asiles qui vont leur permettre de rejoindre l’Europe. Toutefois l’administration espagnole, submergée par leur nombre et tenue de respecter les résolutions de l’Union européenne en matière de droit d‘asile et d’émigration n’a traité que quelques dossiers. L’agence Reuters fait part de la crainte des autorités de Madrid que la majorité des demandeurs sont en réalité des migrants économiques et non de véritables demandeurs d’asile pour des considérations politiques. Et là une parenthèse s’ouvre pour dénoncer la politique du Makhzen et ses mouches électroniques qui vantent la qualité de vie dans le royaume alors que ses sujets n’hésitent pas à affirmer qu’ils y vivent dans une misère sans soins, sans une alimentation qui répond à leurs besoins vitaux ou encore sans les moyens les plus élémentaires pour une vie décente. Le gros des demandeurs d’asile est constitué de mineurs non accompagnés, de marocains LGBT, de prostituées et d’individus condamnés à de lourdes peines et qui craignent d’être remis en prison s’ils revenaient au Maroc. Reuters rapporte le cas de Rayane, un Marocain homosexuel de 19 ans en attente de nouvelles concernant sa demande d’asile dans le centre d’accueil de San Antonio. Rejeté par sa famille et incapable de vivre ouvertement au Maroc où les actes sexuels entre personnes de même sexe sont poursuivis, il désespère de se rendre en Europe continentale. « Je ne peux même pas m’imaginer retourner au Maroc. Je me tuerais avant même de franchir la frontière, » a-t-il déclaré aux journalistes de l’agence.
Le chef du gouvernement espagnol Pedro Sanchez, l’un des rares dirigeants de gauche restants en Europe, a déclaré cette semaine que l’Espagne gérait l’afflux de dossiers « de manière responsable, avec un sens de la solidarité et en respectant les droits humains des migrants ». Mais cela reste insuffisant quand on sait que le Makhzen, habitué à ce genre de « coups fumeux » pourrait revenir à la charge pour monter une autre colonne de parias et l’envoyer à l’assaut de l’Europe. L’histoire de la marche verte de 1975 s’’est répétée les 30 et 31 juillet derniers et le Maroc qui a perdu sur tous les plans et qui est aujourd’hui reconnu comme la puissance coloniale qui occupe le Sahara occidental pourrait avoir une réaction de bête blessée pour tenter de nuire à ses voisins.
Slimane B.

